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Critique d'album

Haken


Affinity


(29/04/2016 - Inside Out Music - British Prog - Genre : Rock)
Produit par Jens Bogren

1- affinity.exe / 2- Initiate / 3- 1985 / 4- Lapse / 5- The Architect / 6- Earthrise / 7- Red Giant / 8- The Endless Knot / 9- Bound by Gravity
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Un disque incroyable, foisonnant, intelligent, qui redonne toutes ses lettres de noblesse au metal prog moderne. Un incontournable de 2016."
Nicolas, le 22/12/2016
( mots)

Si 2016, de l’avis général de la rédaction, n’aura pas marqué outre mesure les esprits sur le plan du rock mainstream, certaines chapelles n’auront fort heureusement pas connu une fortune aussi pauvre. En particulier celle du rock progressif qui, il faut bien le dire, a été particulièrement gâtée avec les bijoux de The Pineapple Thief et d’Opeth ainsi que tout un tas de disques vraiment intéressants, chroniqués ou non sur Albumrock d’ailleurs. Citons en vrac Anderson-Stoltz, The Dear Hunter, Dream Theater, Cosmograf, Wolverine, Marillion, Airbag, Frost, Shearwater, Big Big Train, and so on, vous voyez qu’il y a amplement de quoi trouver son bonheur, le listing ci-dessus témoignant par ailleurs de la vitalité d’un genre qui, de quasi-moribond il y a vingt ans, n’en finit pas de se renouveler et de nous étonner. Mais s’il y en a un qu’il ne faudrait surtout pas oublier cette année et que l’on avait omis de vous mentionner, c’est le quatrième album de Haken. Et ne vous laissez pas duper par son artwork quelconque qui évoquerait vaguement une espèce de pub pour Spotify, car Affinity se pose de but en blanc comme un bijou de metal prog moderne.


Haken, ce sont cinq jeunes londoniens qui se sont associés en 2007, principalement autour de Ross Jennings (chant), Matthew Marshall (guitare rythmique) et Richard Henshall (guitare lead), le trio directeur. Initialement signés chez Sensory, ils ont bien vite gagné leurs lettres de noblesse en débarquant en 2013 sur Inside Out avec un troisième album particulièrement remarqué, très orienté hard 70’s mais mâtiné de complexité yessienne et d’élans jazzy, The Mountain. Considéré par beaucoup comme le meilleur disque de rock progressif de cette année-là, La Montagne a placé la barre très haut dans l’idée d’un éventuel successeur à venir. Un pari que le quintette a relevé en changeant au passage de bassiste, Thomas MacLean s’étant fait la malle car effrayé par le succès et ayant été suppléé par Conner Green. Après un EP retravaillant de vieilles compositions, Restoration, Affinity efface l’ardoise et redistribue presque totalement les cartes, un volte-face étonnant qui fait montre tout à la fois de la curiosité du quintette mais aussi de sa singulière capacité à se renouveler.


The Mountain et Affinity n’ont en effet pas grand chose en commun, hormis une qualité de composition à toute épreuve et une technicité à flanquer le vertige. Haken est d’ailleurs probablement le groupe le plus technique à avoir vu le jour depuis Dream Theater, ce qui n’est pas peu dire, et la simple focalisation alternée de l’écoute sur chacun des instrumentistes a de quoi époustoufler. Sauf que contrairement à leurs aînés amerloques, les londoniens n’érigent pas leurs prouesses au rang d’Everest indépassable. Si l’on reproche à Dream Theater d’en faire des caisses et de délaisser le songwriting au détriment d’un étalage tape à l’oeil de coups de médiators et de frappes de toms, le même grief ne peut être opposé à Haken, un groupe qui n’hésite pas au contraire à privilégier la mélodie et les ambiances à la technique. Par ailleurs, si le logiciel créatif du Théâtre à Rêve semble bloqué sur une approche musicale uniciste et grosso modo inchangée depuis leurs débuts, la variété de la jeune discographie des anglais force d’ores et déjà le respect. Notamment sur ce quatrième opus qui ouvre leur rock progressif lourd à des influences tout à la fois antiques - en particulier 80’s, tendance Rush / Spock’s Beard - mais aussi très modernes avec l’incorporation de sonorités djent et d’allants space rock que ne renieraient pas TesseracT. Un grand écart casse-gueule sur le papier mais parfaitement naturel sur sillons.


Ce qui est sidérant avec Haken, c’est leur propension à rester pertinent sur les longues distances et à savoir ménager des oasis de respiration tout au long de leur œuvre. Même sur leurs morceaux les plus colossaux, on retrouve des mélodies fortes et des refrains fédérateurs qu’encadrent des allants solistes intelligents, des divagations planantes et du gros son quand il le faut. À commencer par “1985”, et parlons-en, justement, car ce titre constitue un parfait résumé de l’esprit Haken. Hommage assumé aux 80’s (d’un autre côté, avec un titre comme ça… hein, bon), il permet au groupe de jouer au jeu des ressemblances et d’actionner la machine à remonter le temps, en particulier lorsque Ray Hearne fait sonner ses batteries comme à la vieille époque, avec un son sec et réverbéré, avant de rebasculer d’un seul coup d’un seul sur un jeu puissant et mat. Les claviers de Diego Tejeida y tutoient ceux des cadors du genre, Jordan Rudess ou Ryo Okumoto lorsqu’ils avaient 30 ans de moins, tandis que Richard Henshall en remontrerait très certainement à John Petrucci en terme de shreds compulsifs. Et pourtant la voix de Jennings, aussi suave que puissante, a quelque chose de presqu’adolescent, les odes cosmiques versent dans le futurisme radieux, tandis que les basses épousent des distorsions électroniques glaçantes en fin de refrain. Un entrechoquement de styles, de couleurs et de sons qui, quoique dissemblables en théorie, se marient vraiment à la perfection.


Et la perfection - ou tout comme - se poursuit par ailleurs, quel que soient les styles envisagés : space rock enflammé (“Initiate”), musique robotique fortement teintée de Radiohead (“Red Giant”), djent carnassier (“The Endless Knot”) ou interlude spatial habité par des digressions jazzy délicieuses (“Lapse”), les anglais ne sont jamais pris en défaut. “Lapse” qui a d’ailleurs la lourde tâche de réaliser la transition entre les deux monstres d’Affinity, “1985” donc et “The Architect”, ce dernier culminant à 15 minutes 30 au compteur et voyant se disputer introduction metal touffue, ode pop d’un naturel désarmant, intermède déréalisé en apesanteur et coup de fouet braillard (avec la participation gueularde remarquée - et remarquable - du frontman de Leprous, Einar Solberg) permettant de rebasculer sur le thème principal. Magnifique. Là-dessus, on peine à croire que Haken soit capable d’un tel dépouillement, de tant d’émotion peinte avec délicatesse sur le conclusif “Bound By Gravity” qui achève le disque dans le calme. Haken réalise ici un véritable sans faute, un album roboratif, poignant, à l’exécution remarquable de technicité, de pertinence et de finesse. Une découverte parfaitement accessible à toute oreille profane un tant soit peu curieuse et que l’on ne peut que vous conseiller avec force, sans doute plus accessible que ses petits frères d’arme mais non moins superbe. À l’évidence, cette nouvelle génération du metal progressif anglais a tout pour s’imposer sans peine dans n’importe quelle discothèque, à condition d’aimer l’éclectisme et la complexité formelle. Et on attend déjà la suite avec la bave aux lèvres...

Commentaires
Nicolas, le 09/01/2017 à 07:56
A ton service !
Erwan, le 08/01/2017 à 16:27
Découvert à retardement, mais bon dieu qu'est-ce que c'est fort. The Architect et sa deuxième partie juste incroyable, du gros gros level. Énorme. Merci boss ;)