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Critique d'album

Marilyn Manson


Antichrist Superstar


(08/10/1996 - Nothing - Metal industriel - Genre : Hard / Métal)
Produit par Trent Reznor

1- Irresponsible Hate Anthem / 2- The Beautiful People / 3- Dried Up, Tied and Dead to the World / 4- Tourniquet / 5- Little Horn / 6- Cryptorchid / 7- Deformography / 8- Wormboy / 9- Mister Superstar / 10- Angel With the Scabbed Wings / 11- Kinderfeld / 12- Antichrist Superstar / 13- 1996 / 14- Minute of Decay / 15- The Reflecting God / 16- Man That You Fear
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Succès commercial=pertinence culturelle ?"
Pierre D, le 16/02/2012
( mots)

Quoi?! Marilyn Manson encensé sur Albumrock? Ce phénomène de foire marketing qui a volé son maquillage à Alice Cooper, sa mise en scène à David Bowie et sa musique à Trent Reznor ? Oui, Marilyn Manson c'est effectivement tout cela et on peut en rester là si on considère que la valeur d'un disque ne se mesure qu'en termes de pertinence artistique. Car soyons honnêtes, avec Antichrist Superstar Manson n'invente rien et semble surtout mener une grande OPA opportuniste sur le public rock qui se tourne alors (1996) vers le metal après la faillite du grunge. Mais Antichrist Superstar s'est vendu à 7 millions d'exemplaires de par le monde. Certes le succès commercial ne fait pas l'artiste, loin de là. Néanmoins comme le dit le critique Chuck Klosterman "le succès commercial n'implique pas l'importance musicale, mais il légitime l'importance culturelle". Le succès en dit long sur la pertinence culturelle d'un musicien pop à un moment donné. Alors pourquoi Marilyn Manson a-t-il été pertinent pour un certain nombre de personnes (dont moi) à un instant T ? Et pourquoi Antichrist Superstar est-il toujours écoutable aujourd'hui ?

Marilyn Manson c'est d'abord une image. Avant même d'avoir entendu une note de l'album Antichrist Superstar, la découverte de son principal architecte peut se faire par des photos, des clips et des extraits de concerts. Selon l'âge qu'on a à ce moment, ça peut faire peur. Sérieusement. En regardant la pochette d'Antichrist Superstar on s'aperçoit des efforts que fait Manson pour ne pas avoir l'air humain. Au-delà du fait que la thématique de l'album est justement le dépassement de soi et de sa condition humaine, l'aspect physique de Manson est important pour comprendre ce qui peut être si fascinant pour quelqu'un de 14 ans. Le chanteur endosse le rôle du déviant ultime, tellement bizarre que son aspect n'a plus grand-chose d'humain. Ses sourcils sont rasés, il porte une lentille de contact blanche et le maquillage dégouline sur son visage. Il n'est pas un être humain fait de chair et d'os, il est un personnage artificiel dont même le nom est faux. C'est ainsi que Marilyn Manson peut apparaître comme une figure presque mythique vivant dans un monde particulier. Comment un être qui ressemble à ça pourrait-il avoir le moindre lien avec la réalité de la vie de l'auditeur adolescent ?

Son autobiographie Long Hard Road Out Of Hell paraît en 1998, juste après le succès d'Antichrist Superstar. Un type qui vient à peine d'arriver sur la scène médiatique a-t-il tant de choses à raconter sur sa vie ? Non, mais son alter-ego oui. Long Hard Road Out Of Hell n'est pas l'autobiographie de Brian Warner, jeune homme originaire de Canton dans l'Ohio, mais celle de Marilyn Manson rockstar planétaire. Ce livre construit, au même titre qu'Antichrist Superstar, le personnage de Marilyn Manson. Le chanteur n'y parle presque pas de sa musique mais il en fait des tonnes pour affirmer sur caractère de freak. Son environnement familial, son entourage et ses agissements ne valent que pour leur étrangeté, incluant généralement drogues, poires à lavement, stars du porno et diverses matières organiques (vomi, excréments). Tout ceci fait de Long Hard Road Out Of Hell un livre totalement divertissant. Il contient une des phrases les plus importantes de Manson (du moins pour un adolescent) : "Si vous voulez être considéré comme une rockstar il faut vous comporter comme tel". En reprenant à son compte nombre de gimmicks et clichés (sexe, drogues, blablabla), Manson nous apprend ce que doit être une rockstar et ses concerts en sont une illustration. Une rockstar porte des fringues bizarres (au hasard des porte-jarretelles et des plateform boots), brise ses instruments à la fin du concert. Une rockstar hurle ses paroles pour être repris par 60 000 personnes s'époumonant. Une rockstar fait plein de choses étranges quand elle est en tournée et sur scène parce que ça fait partie de sa vie aux allures mythologiques. Dans la mesure où Manson vole son maquillage à Alice Cooper il admet qu'un concert de rock se doit d'être un spectacle. Comme pour David Bowie, les concerts sont mis en scène et ne laissent pas de place au hasard. Ils revêtent une apparence premier degré (un homme sur scène hurle des refrains sur fond de grosses guitares et de batterie martiale) mais ne prétendent pas être autre chose qu'une mascarade. Même s'il embrasse les clichés du concert de rock basique, Manson montre qu'il n'est pas dupe de tout cela en exacerbant les aspects fascisants du spectacle rock jusqu'à ce qu'ils apparaissent dans tout leur ridicule (podium décoré du symbole de l'électricité qui tient lieu de croix gammée). Il y a ce qu'il faut de démonstration de puissance pour faire rêver un public à peine pubère et assez de prise de distance ironique pour ne pas être une simple entreprise de racolage en direction de la jeunesse.

La musique de Marilyn Manson sur Antichrist Superstar s'organise elle aussi autour de cette dualité. D'un côté le groupe veut concasser le cerveau de l'auditeur à coups de rythmes abrutissants. De l'autre Manson remet en question la musique jouée par des textes plus malins que la moyenne. Ultraviolence musicale et invitation à la réflexion. "Irresponsible Hate Anthem" est un défouloir hormonal à vivre le volume à fond en braillant "FUCK IT !" en chœur comme un demeuré. Mais le titre du morceau ("L’Hymne à la Haine Irresponsable") indique clairement une prise de distance ironique vis-à-vis de ce refrain crétin. Sur "The Reflecting God" la basse martèle le riff, soutenue par la guitare qui crache des distorsions sinueuses. Avec ses samples de cris de foule ce morceau porte la marque du mentor de Marilyn Manson et producteur d'Antichrist Superstar : Trent Reznor. Il est bien possible que Manson ait pompé une bonne part de sa musique sur celle de Nine Inch Nails mais la présence de Reznor au poste de producteur met en lumière le lien incestueux entre Antichrist Superstar et The Downward Spiral de NIN sorti deux ans auparavant. The Downward Spiral se terminait sur "Hurt" et son "I hurt myself today to see if I still feel" auquel Manson répond par un triomphant "When I'm God everyone dies". Antichrist Superstar se présente comme l'envers positif de l'album de NIN, The Upward Spiral.

Le disque de Manson hérite du metal industriel ce son crade où la saturation permanente n'est pas liée à un quelconque amateurisme mais est au contraire totalement maîtrisée. La place des instruments dans la musique est différente du positionnement classique dans la musique rock. La guitare ne fonctionne jamais par riff (sauf peut-être sur le pont de "Deformography" qui sonne comme Queen sous mauvais acide), elle est tout en aigus qui vrillent les oreilles, rythmiques de scie circulaire, hachures distordues au son de ferraille ("Dried Up, Tied Up And Dead To The World", "Wormboy"). La basse de Twiggy Ramirez prend en charge les mélodies à la place de la guitare ("The Minute Of Decay") et se trouve mixée très en avant, loin du bourdonnement habituel des bassistes. Ici Ramirez, sans doute le seul réel musicien de la formation et le seul à avoir réussi à se trouver un job après son départ (chez NIN et A Perfect Circle), fait tout le boulot avec ses riffs de basse ultra saturés et le reste du groupe suit. Les rythmiques mêlent batterie organique ("The Beautiful People") et machines industrielles ("The Angel With The Scabbed Wings"). Et Marilyn Manson, entre croassements inhumains et hurlements rageurs, va au-delà de l'instrumentation tout de même assez bourrine pour proposer des textes autoréflexifs sur la construction personnelle inspirés d'Aleister Crowley et de Friedrich Nietzsche. Il n'est pas le premier ni le dernier musicien de rock à se placer sous le patronage de ces deux figures mais il est peut-être celui qui le fait avec le plus de perspicacité. Au satanisme bon enfant de Jimmy Page il répond par une ébauche de morale fondée sur l'individualisme comme libération. Il n'est pas question d'asséner quoique ce soit mais plutôt de pousser l'auditeur à questionner la musique qu'il écoute (Tool fait exactement la même chose).

À cause de son ultraviolence, la musique de Marilyn Manson est une musique que les parents ne peuvent pas aimer. Alors que toute personne née à partir de 1970 se retrouve à écouter des groupes que ses parents ont aimés, Antichrist Superstar constitue une ligne de rupture, tout en étant un album parfaitement écoutable passé 18 ans. Aimer la même musique que ses parents n'est pas un problème en soi mais si Antichrist Superstar est la bande-son de votre adolescence il y a de fortes chances que vous y placiez beaucoup d'affect voire une dimension presque œdipienne (rompre avec l'environnement musical parental). Cela ne fait que renforcer la place que peut tenir l'album dans la vie culturelle de l'auditeur.
Les parents avaient les vinyles et pestaient souvent contre le compact-disc comme étant un objet sans âme qui privait l'acheteur d'admirer les pochettes en grand format. Marilyn Manson (comme NIN ou Tool) donne ses lettres de noblesse au CD en tant qu'objet discographique à part entière. Avec Antichrist Superstar on trouve le même plaisir que celui qui pouvait être celui des amateurs de vinyle : passer plusieurs semaines à écouter religieusement un album en scrutant et en disséquant la pochette et le livret. La musique gravée touche le bas-ventre, les paroles et le CD touchent l'intellect. Le livret est rempli de symboles (chiffres romains, schémas médicaux...) qui fonctionnent comme un jeu de pistes culturel, un ensemble de références faisant appel à la réflexion et à l'imagination de l'auditeur. La quatrième de couverture du disque nous apprend la division de l'album en trois cycles ("The Hierophant", "Inauguration Of The Worm", "Disintegrator Rising") et achève de faire d'Antichrist Superstar un album pensé et structuré du début jusqu'à la fin, un objet culturel complet. En cela Marilyn Manson apprend à aimer la pop et à la considérer non pas comme un assemblage branlant de bonnes chansons, mais comme une œuvre finie qui peut se prêter à l'interprétation, à l'exégèse et à la discussion.

Il est tout à fait possible que l'ensemble n'ait été qu'une tentative mercantile et cynique destinée à soutirer leurs deniers à tous les adolescents mal dans leur peau. Mais le rock n' roll est-il autre chose ? Dans la mesure où Marilyn Manson hurlait comme un possédé et finissait la moitié de ses concerts à l'hôpital ou sous une tente à oxygène, on peut admettre que pour un poseur il donnait sacrément de sa personne. Pour le reste, Antichrist Superstar n'a peut-être pas une grande place dans l'histoire de la pop mais il est assurément important pour un certain nombre de personnes, pour les raisons citées ci-dessus et sans doute pas mal d'autres.

Commentaires
Yann, le 10/09/2016 à 19:03
Très bonne analyse mais je ne trouve pas que Marilyn Manson soit juste une star "pour ados", et dire qu'il à tout piqué à Alice Cooper, David Bowie et Trent Reznor est un non sens car chaque artiste mélange ses influences pour créer son propre style...
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