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Critique d'album

Marquis de Sade


Rue de Siam


(19/01/1981 - EMI - New-Wave / Post-Punk - Genre : Rock)
Produit par Steve Nye

1- Back To Curelty / 2- Wanda's Loving Boy / 3- S.A.I.D. / 4- Stairs And Halls / 5- Silent World / 6- Cancer And Drugs / 7- Iwo Jima Song / 8- Final Fog (Brouillard Définitif) / 9- Rue de Siam/Submarines And Icebergs
Note de 4.5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Plus new wave que post-punk, Marquis de Sade trouve sa place... avant de splitter."
Jules, le 08/12/2023
( mots)

Après le succès de leur premier album sorti deux ans auparavant, Dantzig Twist, Marquis de Sade s'est taillé une petite place dans le milieu branché de la musique post-punk, entre les titres de presse spécialisés et les clubs confidentiels. A l'instar du magazine phare de l'époque Actuel qui fait de ce groupe, rennais d'origine, des "jeunes gens modernes qui aiment leurs mamans". 


Cet article est important dans l'histoire de la musique française à l'aune des années 1980. Il dresse le portrait de cette nouvelle scène rock qui fait émerger des jeunes en soif de succès et dont l'ambition musicale n'est clairement pas en reste. On y parle, entre autres, d'Elli et Jacno, des Rita Mitsouko, de Taxi Girl et de Marquis de Sade donc. Le point commun entre ces artistes est le courant post-punk/cold-wave/new-wave qu'ils semblent importer en France. Ses caractéristiques sont à la fois une plus grande maîtrise des instruments, la prédominance du rythme (aidée en cela par un duo basse/batterie souvent mis au premier plan), et des mélodies nappées de synthés et/ou de guitares flanger.


L'image compte aussi énormément. Marquis de Sade en est le meilleur exemple. A l'extrême opposé des punk qui les ont précédés, les gars portent des chemises, toujours, rentrées dans des pantalons bien repassés, souvent, et affublés d'une cravate, parfois. Les cheveux sont courts et le regard est noir. Propres sur eux et bien sages en apparence, ces gens sont décidément modernes.


Ils tiennent également aux références provocatrices dans leurs textes, comme ce fut le cas dans le précédent album. Leur noirceur, leur look et leur comportement, souvent impassible (à l'exception de Philippe Pascal), ont d'ailleurs alimenté les plus folles rumeurs, certaines les faisant passer pour des nazillons. En cause ? Ils font la gueule, chantent des morceaux en allemand dont le texte est plus noir que l'ébène et quelques skinheads, présents dans les concerts, foutent souvent le bordel. 


Mais que les choses soient dites, rien dans la musique de Marquis de Sade ne fait la promotion du régime nazi ou autre fascisme. 


Revenons-en à l'album qui nous intéresse. Là où Rue de Siam se distingue de Dantzig Twist, c'est d'abord par sa production, plus soignée, plus chiadée. On comprend tout de suite que cet album sera moins underground que le précédent et beaucoup plus facile d'accès. C'est d'ailleurs ce qui conduira au split sur lequel je reviendrai en fin de chronique. Dès le premier titre, on sent bien que les morceaux seront plus faciles à jouer en discothèque que les précédents ("Back To Cruelty"). La construction est plus conventionnelle, moins complexe et (trop ?) lisse. 


On retrouve aussi ce qui fait la signature du groupe et ce que l'on avait pris plaisir à écouter sur le précédent opus. L'ambiance qui est installée est souvent angoissante, froide et pleine de tumultes. C'est le cas de "Stairs And Halls" où les guitares stridentes et sombres nous rappellent celles de Joy Division ou encore de "Iwo Jima Song" qui, relatant la bataille du même nom, installe une sorte de malaise dans nos oreilles.


L'ensemble de cet album est d'une remarquable cohérence, singulière aussi. Les titres sont tous différents les uns des autres mais se complètent idéalement de sorte à former une œuvre indivisible. Le saxophone est encore bien présent, sur plus de la moitié des titres ("SAID", "Wanda's Loving Boy" entre autres). C'est ce qui, à mon sens, explique la singularité de Marquis de Sade dans la scène post-punk. Ce qui fait que leurs morceaux sont reconnaissables dès les premières secondes d'écoute. 


Un autre point majeur sur lequel il est indispensable de revenir : Philippe Pascal. Cet homme est un ovni. Je vous invite grandement à regarder les prestations live de Marquis de Sade rien que pour vous trouver ébahis par le charisme de ce chanteur unique en son genre. Grand, fin, gigotant dans tous les sens et étirant ses bras au bord de son visage en criant les morceaux les plus profonds de son cru comme pour exorciser ses propres démons. Auteur du texte de la plupart des morceaux les plus durs, Philippe Pascal est un homme torturé qui nous fera évidemment penser à Ian Curtis.  Décidément, beaucoup de similitudes entre Rennes et Manchester...


La langue déjà. Tous les morceaux sont chantés en anglais à l'exception de deux titres, chantés en français. Plus beaucoup d'allemand ici. "Cancers And Drugs" ironise sur la maladie et la toxicomanie dans le texte pendant que la musique se veut très rythmée et limite funky. Et puis, le morceau le plus "punk" de l'album. "Final Fog (Brouillard Définitif)" est un morceau de référence de Marquis de Sade. Il est d'une énergie folle. Le tempo est très élevé, la tonalité est sombre, le sujet sensible et les guitares déchainées. Morceau à écouter en priorité sur cet album. 


Bien que cet album soit une vraie réussite, il sera aussi la cause de la séparation du groupe quelques temps après. La raison ? La divergence artistique entre les deux leaders Darcel et Pascal. De leurs propres aveux, Darcel souhaitait davantage faire danser en boîte de nuit avec une production "pop FM" proche de Rue De Siam, tandis que Pascal voulait rester dans la ligne plus underground de Dantzig Twist. Les deux volontés n'étant pas conciliables, le groupe se sépare en 1981. 


A partir de là, chacun d'entre eux fera son chemin de côté. Philippe Pascal fondera le groupe Marc Seberg et Darcel produira de nombreux artistes rennais, notamment un certain Etienne Daho, promis à un bel avenir. Marquis de Sade laissera à l'histoire du rock français deux superbes albums en guise de testament.


Pour terminer cette histoire, 36 ans après, le groupe se reforme en 2017 à l'occasion d'un concert au Liberté, salle mythique de Rennes. L'engouement du public est tel qu'une tournée des festivals est faite et qu'un album est en préparation. Mais, un jour de septembre 2019, le chanteur Philippe Pascal décide de mettre fin à ses jours rendant caduque la reformation du Marquis de Sade de l'époque. A l'instar de Joy Division qui livrera aussi deux albums sortis en 1979 et 1981, Marquis de Sade est privé de son chanteur charismatique, décidé à disparaître dans un brouillard définitif... 

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Très bon album
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Culte
Critique d'album

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