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Critique d'album

Pluralone


I don't Feel Well


(16/10/2020 - Org Music - Indie Pop-Rock - Genre : Pop Rock)
Produit par Eric Palmquist

1- Red Don't Feel / 2- The Nigh Won't Scare me / 3- Carry / 4- The Report / 5- Steal Away / 6- Mother Nature / 7- Knowning You / 8- Don't Have To / 9- I Hear You
Note de 3.5/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Vous avez aimé la carrière solo de John Frusciante ? Vous adorerez celle de Josh Klinghoffer !"
Maxime L, le 03/05/2021
( mots)

Mars 2020. La France a peur, le monde s'arrête et nous nous apprêtons toutes et tous à affronter un premier (vrai) confinement. Souvenez-vous, il s’agit de cette période où chaque artiste, plus ou moins talentueux, et plus ou moins légitime, a cru bon de nous raconter comment appréhender cet isolement forcé.


Pour ce qui est de la littérature, les librairies, essentielles ou pas, virtuelles ou non, verront débarquer toute une tripotée de livres axés sur cet isolement, ses conséquences et ses enjeux. Mais il y eut pire, au tout départ, avec ces « journaux » de confinement où certains écrivains sevrés de mondanités nous expliquaient depuis leur résidence secondaire en bord de mer à la Baule, comment vivre ces instants anxiogènes.


Pour ce qui est du cinéma, c’est du côté des plateformes VOD qu’il a fallu se rabattre, et si les catalogues sont copieusement remplis de classiques à voir ou revoir, certains réalisateurs se sont crus obligés d'aller aussi vite que l’actualité et de nous proposer des comédies sur le confinement, à grands coups de vidéoconférence et d’écrans partagés. Le Covid, très tôt, ne nous aura définitivement rien épargné.


Et à bien y réfléchir, ce sont peut-être les musiciens qui se sont le mieux sortis de ce hiatus aussi inédit que déstabilisant pour la culture au sens large, et qui s’est avéré par effet de ricochet être une réelle source d’inspiration. Et à défaut de pouvoir s’exprimer devant un public en chair et en os, certains se sont transformés en requins de studios, par contrainte davantage que par choix, pour s’occuper, créer, expérimenter, mais aussi partager de la musique et in fine, des "émotions".


Et ce I Don't Feel Well, second album de Pluralone ; s'il est sorti en octobre 2020, fut intégralement écrit et conçu lors de ce confinement.


Avant d’aller plus loin, il convient de faire une brève présentation de ce qu’est Pluralone. Derrière ce nom de médicament (Pluralone, en gélules, matin midi et soir, mais qu'il faut prononcer "Plural-One"), se cache en réalité un seul homme. Guitariste, multi-instrumentiste de talent, chanteur, et touche à tout : Josh Klinghoffer. Si le nom vous évoque quelque chose, c’est que vous êtes un.e fidèle d’albumrock, et que vous vous êtes délecté des longues chroniques consacrées à John Frusciante, dont Klinghoffer fut le solide et fidèle lieutenant, avec qui il a co-écrit, co-signé ou co-interprété une palanquée de morceaux dans la discographie solo du « nouveau » guitariste des Red Hot Chili Peppers (et ont également partagé un projet, sous le nom d'Ataxia).


Ce Josh Klinghoffer là même qui lui succèdera à ce poste en 2009 (il en était jusque là "simple" guitariste additionnel en concert) avant de se faire gentiment poussé vers la sortie pour le retour du fils prodigue, en 2019 à la surprise générale. Jusqu’à l’épilogue de ce jeu de chaises musicales qui manque autant d’originalité que de classe, il parait assez inévitable de dresser un parallèle évident entre leurs deux trajectoires. Les deux sont évidemment d'excellents musiciens, et sans être les meilleurs guitaristes du monde, ils ont su tous les deux être très bons, très jeunes. Frusciante était un fervent admirateur et ami de feu Hillel Slovak avant de prendre sa place au sein de Red Hot Chili Peppers tous plus âgés que lui (John Frusciante a alors 19 ans quand Kiedis Flea et Smith ont la trentaine), tout comme le jeune Klinghoffer (de 9 ans son cadet) était un ami de Frusciante avant de lui succéder.


Ils partagent en outre une liste de collaborations respectives aussi longue que prestigieuse, et piochant dans tous les styles : Gnarls Barkley, Perry Farrell, Tricky, Warpaint ou Sophie Hunger pour Klinghoffer ; Johnny Cash, Omar Rodriguez-Lopez, Dave Gahan ou Wu-Tang Clan pour Frusciante. Les deux ont également en commun le fait d'avoir des oeuvres solo aux antipodes des riffs funky-pop de stade des piments du Chili. On retrouve aussi chez les deux Américains ce même goût pour le bricolage musical, artisanal, parfois bancal, mais toujours très inspiré. Et aucun n'est tombé dans la facilité de proposer des disques de "guitariste".


Et pendant qu'en octobre dernier, John Frusciante sortait Maya, un énième album de musique électronique (no offense envers les geeks de la boite à rythme, nous préférerions juste qu’il retrouve le chemin d’une guitare), Josh Klinghoffer nous délivrait une petite perle d’indie-rock foutraque, habitée, et hélas passée complètement inaperçue.


Séance de rattrapage.


Le visuel, sous ses allures inoffensives, peut d'abord prêter à réflexion. On y voit un homme (Josh ?), le visage caché derrière un ballon de baudruche qui semble tout droit sorti du "Cri", la célèbre toile de Munch. Ajoutons à cela un titre désabusé et on pourrait aisément croire qu'il s'agit d'une de ces oeuvres sombres et dépressives comme on en trouve tous les vendredi dans mon algorithme Spotify.


Alors non, ni le titre de l’album, ni l’artwork ne respirent la joie de vivre. Mais une fois n'est pas coutume, ne nous fions pas aux apparences.


Imaginé et conçu en mars 2020, en lieu et place d'une tournée en ouverture de Pearl Jam, annulée pour les raisons que vous connaissez, I Don't Feel Well est un témoignage de cette période frustrante mais néanmoins créative. Et contrairement à ce que laissent penser la pochette et le nom du disque, Klinghoffer a voulu en faire une oeuvre positive :


Même si une grande partie du monde semble actuellement se nourrir et prospérer d'un régime constant de négativité, de dégoût et de colère, j'ai essayé de me rappeler que je voulais vraiment faire quelque chose que les gens pourraient trouver beau. Et si, d’une manière ou d’une autre, ça pouvait se rapprocher de la musique que j’aime faire pour moi, alors non seulement je me sens reconnaissant et honoré, mais je suis peut-être aussi, d’une certaine manière, en train de faire ce à quoi je suis destiné".*


L'oeuvre s'ouvre sur "Red Don't Feel", un morceau au piano chaloupé sur une voix qui peut déplaire de prime abord. Un peu accentuée sur certaines syllabes, voire maniérée, mais on est heureusement vite happé par un refrain pop d'une simplicité désarmante et d'une efficacité redoutable. A l'instar de Frusciante, Klinghoffer n'est pas un excellent chanteur, mais il a le mérite d'avoir une voix qui dénote, fragile, androgyne, mais qu'on parvient à apprivoiser sans soucis.


Et le bougre avait raison sur la couleur de l'album : ses tonalités, sans être complètement enjouées, semblent empreintes d'un certain espoir. C'est en tout cas une excellente entrée en matière, confirmée par le second titre et premier single, "The Night Won't Scare Me", (dont le squelette initial était destiné aux Red Hot Chili Peppers) entre bidouillages bourdonnants et accalmies soutenues par un piano, instrument qui sera presque un fil rouge tout au long des 45 minutes de l'album.


"The Night Won't Scare Me", qui court sur plus de 5 minutes, est un formidable exemple du talent de Klinghoffer pour trousser des lignes mélodiques qui se laissent découvrir patiemment au fil des écoutes. Par ici une ligne de guitare passée au travers initialement, par là une harmonie vocale, du vrai bel ouvrage que ce début d'album.


Rappelons surtout que Josh Klinghoffer est un musicien polyvalent, et qu'il joue ici de presque tous les instruments (quelques parties de batteries sont signées Jack Irons). Cette volonté de contrôle ne résulte pas seulement de la situation en mars 2020. C'est un souhait, émis par Klinghoffer d'avoir une implication à 100% chevillée au corps de ce second opus forcément spécial (à plus forte raison après un premier disque accompagné d'autres musiciens, dont Flea ou Eric Avery de Jane's Addiction).


Si ça n'est toujours "que" de la musique, I Don't Feel Well a aussi pour vocation d'être un exutoire, presque un album "thérapie" d'une certaine façon, pour un artiste qui s'interroge, et qui va paradoxalement pouvoir prendre tout son temps pour traduire l'immédiateté et l'urgence d'un questionnement incessant quant à cette période particulière. Pour certains titres, la "patte" de ses projets avec John Frusciante est encore très reconnaissable, on pense à l'ambiance vaporeuse de "Carry", son chant très aérien à la Kate Bush, et ses variations de rythmes très inattendues. Voilà un titre qui par son atmosphère, n'aurait pas dépareillé sur The Empyrean.


L'ensemble est très homogène, tout en proposant beaucoup de choses, d'un strict point de vue musical, avec des arrangements bidouillés mais néanmoins très propres, et qui parviennent à ne jamais trop faire "disque bricolé à la maison".


Une boite à rythme faussement rudimentaire, des lignes de guitares glissantes, "The Report" débarque sans crier gare et il s'agit sans doute ici d'une des plus franches réussites du musicien Américain. Chanson tout bonnement irrésistible : mille idées à la minute, entre percussions exotiques, rythmiques électro, voix déformées gorgées de mélancolie, avec cette voix perchée pouvant évoquer les hauteurs vertigineuses de Cedric Bixler-Zavala de The Mars Volta.


"Plank" de son côté offre deux ambiances très différentes, d'un piano voix solennel vers des rythmiques plus rondes et groovy, avec une fois encore, énormément de sensibilité, tant dans l'interprétation que dans le choix de l'habillage sonore global. On sent le musicien s'épanouir, se faire plaisir et surtout s'affranchir des codes de la grosse machine qu'étaient les Red Hot Chili Peppers.


Difficile (et inutile) d'analyser toutes les pistes tant les 10 chansons regorgent de charme et de trouvailles, avec toujours en filigrane, la sensation d'écouter une musique à la fois chargée de mélancolie mais aussi empreinte d'une vraie ouverture sur la lumière et le monde. Et si certains textes sont parfois opaques ou très imagés, d'autres offrent une vraie proposition. C'est le cas de "Mother Nature" au thème évident, et qui est l'archétype même de la pop-song parfaite (en plus de posséder une structure couplet-refrain-solo pour une fois assez conventionnelle et accessible) et qui ne nécessite qu'une seule écoute pour s'en imprégner. "Mother Nature" sera même ré-enregistrée dans deux versions différentes sur l'EP du même nom qui vient à peine de sortir à l'heure où sont écrites ces lignes.


Bien courageux celui qui parviendra à coller une étiquette "stylistique" à ce I Don't Feel Well.  Pas franchement rock ni fondamentalement pop, voilà un album de plus qui va être trimballé dans la catégorie fourre-tout "Indie". Indépendant, il l'est, aussi et surtout dans sa propension à être passé sous les radars de beaucoup de monde. Jusqu'à aujourd'hui ?

Commentaires
MaximeL, le 15/05/2021 à 11:16
Merci Franck ! Je t'invite à poser une oreille sur son premier album et sur l'EP fraichement sorti.
FranckAR, le 14/05/2021 à 11:32
Vraiment chouette cet album! Effectivement c'est dans la même veine que John Frusciante. Merci pour la découverte.
MaximeL, le 04/05/2021 à 10:04
Merci ThibaudD et merci Diego pour vos retours, ravi de vous avoir donné envie, et je vous recommande d'écouter également le premier album (et l'EP tout frais).
DiegoAR, le 04/05/2021 à 07:44
L'album regorge de perles ! Merci Maxime pour cette chouette chronique et pour la découverte !
ThibaudD, le 03/05/2021 à 22:14
Merci pour la découverte ! Je l'écoute en ce moment, j'en suis à The Report...p* que c'est bon !
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VOLA


Witness


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Il leur aura fallu le temps, mais on peut désormais l’affirmer sans fard : sur son troisième album, Vola a trouvé tout à la fois son style et sa force de composition. Si les danois avaient su jusqu’ici faire preuve d’éclectisme et d’ouverture d’esprit dans leur metal progressif à accointances électro-djent, on ne les avait encore jamais vus aussi robustes que sur ce Witness qui jette un très gros pavé dans la mare du milieu, au point désormais d’éclabousser à grosses gouttes les cadors du genre, TesseracT en tête. Carrément.

"
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