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Critique d'album

The Black Keys


El Camino


(06/12/2011 - Nonesuch - Blues Rock - Genre : Rock)
Produit par

1- Lonely Boy / 2- Dead and Gone / 3- Gold on the Ceiling / 4- Little Black Submarines / 5- Money Maker / 6- Run Right Back / 7- Sister / 8- Hell of a Season / 9- Stop Stop / 10- Nova Baby / 11- Mind Eraser
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Comment ça, vous n'avez pas encore acheté le dernier Black Keys ?!"
Nicolas, le 28/12/2011
( mots)

Comme on arrive un peu tard pour nous épancher sur le dernier Black Keys, on ne peut que prendre acte du triomphe critique qui l'a accueilli. Oui, clairement, El Camino a séduit l'intelligentsia rock et a déclenché des torrents de félicitations un peu partout sur le globe. Il n'existe pas un canard, pas un site web traitant de près ou de loin de l'actualité musicale qui n'ait participé au concert de louanges adressé au duo d'Akron fraichement relocalisé à Memphis. Remarquez, on est tout prêt à comprendre le phénomène. Et d'une, les Keys, tout au long de leur courte carrière jalonnée déjà de sept productions studios, n'ont jamais accouché d'un mauvais album, et ce ne sera pas encore cette fois qu'on tirera à boulet rouge sur la paire Carney - Auerbach. Et de deux, El Camino réussit insolemment le vieux fantasme de tout bon groupe rock vintage qui se respecte : aligner les tubes imparables sans se prostituer sur l'autel du formatage audio commercial. Et de trois, il est effectivement très, très difficile de résister à la bonne humeur communicative et au côté remuant, frais, catchy et flambeur des pièces de cet album ; il est très difficile, voir impossible, de ne pas succomber à l'excellence inouïe d'un titre de la trempe de "Lonely Boy" avec ses riffs balaises, son refrain pop sexy et son monstrueux soutient rythmique ; il est très difficile, voir impossible, de ne pas se pâmer devant les succès mélodiques évidents de morceaux comme "Sister" (le côté disco en plus), "Run Right Back" (gigoteur et ultra-trépidant), "Money Maker" (riff imparable et batterie syncopée dans les gencives) ou "Gold On The Ceiling" (de l'entertainment en barre). Après ça, clairement, la messe est dite. Si vous n'avez pas encore acheté El Camino, vous allez devoir corriger cette erreur fissa, et on ne veut rien entendre. D'ailleurs ceux qui affirment le contraire ne sont que de vieux aigris qui rechignent à voir l'un de leurs groupes fétiches devenir enfin accessible à la populace inculte. Bref, achetez El Camino, vous ne le regretterez pas. Il fallait que cela soit dit. Néanmoins...

Néanmoins, puisque la tribune est ouverte, nous allons oser quelques menues remarques. Oh, trois fois rien, à peine de quoi émettre une petite protestation. On espère que vous ne nous en tiendrez pas rigueur.

En premier lieu, et très honnêtement, on ne peut qu'être heureux du plébiscite critique des Black Keys, un groupe que nous suivons tous, pour la plupart d'entre nous à la rédaction, depuis de nombreuses années, un groupe franc, intègre, honnête et besogneux, un groupe comme on n'en voit malheureusement plus beaucoup. Chaque album des Keys est attendu comme le messie, chacune de leurs apparitions publiques captive l'attention, chaque prestation live suscite le respect le plus absolu. En plus les types sont intelligents et drôles, il n'y a qu'à savourer leurs truculentes interviews promos ou mater leurs récents vidéo-clips, plus marrants les uns que les autres, pour nous en convaincre. Oui oui, les dinosaures, la drague loose-destroy au jardin d'enfant de "Tighten Up", la parodie de western à la Roberto Rodriguez de "Howlin' For You", et donc récemment la danse débridée de l'afro-américain de "Lonely Boy". C'est plus qu'amusant, c'est proprement hilarant. Donc les Black Keys, on les aime, et on risque de les aimer encore longtemps.

En second lieu, on commence à en avoir marre, vraiment marre, des comparaisons foireuses qui sont faites entre les Black Keys et les White Stripes. Plus idiot encore, le fait de lire un peu partout qu'El Camino est considéré comme l'Elephant des Keys, d'autant que comme les Stripes se sont officiellement séparés tout récemment, ils "déroulent un boulevard" au duo D'Akron, duo qui, comme par hasard, vient de se construire un studio d'enregistrement à Memphis, la ville d'attache de Jack White. Non mais franchement, comme si personne n'avait noté que les Stripes étaient déjà morts et enterrés depuis 2007... quant à Elephant, il ne correspond en rien à la démarche d'El Camino : Elephant, ça n'est rien d'autre que White Blood Cells avec un "Seven Nation Army" dedans. Cet album ne constitue absolument pas une rupture vis-à-vis de l'oeuvre antérieure du surdoué de Detroit et de son ex-femme. Simplement, la vague garage est passée par là, les White Stripes avaient du talent, et l'armée des sept nations a fait le reste, il n'y a pas à chercher plus loin. Quant à un succès identique à celui du disque rouge en terme de ventes et d'aura auprès des foules, on ne peut que le souhaiter à l'album paré de l'ancien van de tournée pourrave des Keys, mais jusqu'à preuve du contraire, c'est encore aux consommateurs de décider s'ils sont prêts à délaisser Justin Bieber et Lady Gaga pour s'intéresser de nouveau à un rock bluesy populaire. So don't act, et arrêtons de dire n'importe quoi.

En troisième lieu, on l'a noté un peu plus haut : El Camino opère une rupture évidente vis à vis de la disco antérieure de l'équipe Carney - Auerbach, même si une tendance très nette se dessinait en ce sens depuis Attack & Release. Cette rupture n'a évidemment pas été décidée dans le but de "populariser" le groupe, et il est bien évident que nul n'oserait décemment, en toute franchise, taxer les Keys de bassesse vaguement populiste dans le but de remplir leur compte en banque. Non : les deux américains ont juste eu envie de faire un break au beau milieu d'une tournée éreintante, d'entrer en studio sans la moindre chanson en poche et de jouer un rock simple et direct à la mode Rolling Stones, Clash ou Cramps - notez que, pour ces deux dernières influences affichées, on recherche encore des points de similitude. Qui pourrait le leur reprocher ? Or le résultat surprend, dans tous les sens du terme. Il faut bien dire qu'à ce jour, personne n'avait encore noté de qualités mélodiques vraiment époustouflantes chez les Black Keys : on les connaissait rigoureux dans leur appropriation du blues et enfiévrés dans sa délivrance, mais ça s'arrêtait là. Ni Thickfreakness, ni Rubber Factory, ni Magic Potion ne brillaient par leurs tubes à reprendre à tue-tête, à de rares exceptions prêt. La teneur essentiellement mélodique d'El Camino, septième album des Keys, on le rappelle, soulève donc de réelles questions, ce d'autant que les intéressés avouent sans phare que le fidèle Danger Mouse a pris une part considérable dans l'élaboration des airs. Ça plus le fait que certaines facilités d'écriture ressortent bien vite au fil des écoutes : les "ta-daa / whoh oh oh" de "Dead And Gone", les redondances paresseuses du thème repassé en boucle de "Little Black Submarine", les similitudes un peu trop voyantes entre les couplets de "Lonely Boy" et de "Hell Of A Season" (lequel apparaît forcément en trop) ou encore la naïveté du refrain de "Nova Baby". Il n'y a là rien de dramatique, mais on s'interroge forcément sur un processus d'écriture qui dévoile ses propres limites dès son coup d'essai. Et que se passera-t-il si Brian Burton ne se trouve plus aux commandes la prochaine fois ? De là à imaginer El Camino comme un one shot, il n'y a qu'un pas qu'on serait bien tenté de franchir.

Mais le plus gênant aux entournures, c'est le relatif manque de consistance de ce disque. Là où les précédents albums des Keys se bonifiaient au fil du temps, c'est le phénomène inverse qui a tendance à se produire ici pour un opus qui se livre presque entièrement dès la première écoute. Le rock bluesy des Black Keys y gagne en spontanéité ce qu'il perd en profondeur : certains y verront un bien, d'autres n'y trouveront qu'une moins value, sans même compter, encore une fois, quelques morceaux pas réellement inattaquables ("Dead And Gone", "Hell Of A Season", "Nova Baby", tous un peu irritants à leur manière). D'autres pièces ne sont pas non plus exemptes de défaut : "Little Black Submarines" tourne assez vite en rond malgré son final musclé, et "Stop Stop" s'avère être un bon morceau, mais sans plus. On chipote, bien sûr, mais n'oublions pas que nous avons ici affaire à un plébiscite, pas à un petit succès d'estime.

Voilà pour les menues remarques d'un rédacteur ayant pris bonne note de l'enthousiasme débordant qui a accueilli El Camino et se trouvant au regret de ne pas y prendre part de façon pleine et entière, même si, de toute façon, vous avez d'ores et déjà acheté l'album. Comment ça, non ? Allez, hop hop hop, il faut réparer ça ! Et dites-vous bien que, si finalement vous non plus n'appréciez pas autant que cela ce disque, les Black Keys, sur l'ensemble de leur carrière, méritent de connaître enfin le succès, et il est amplement conseillé d'y contribuer sans aucune réserve. En un sens, acheter El Camino relève d'un acte de mécénat militant. Car Dieu seul sait de quoi seront encore capable les blueseux d'Akron dans le futur, et il serait bien dommage de ne pas en faire profiter le plus grand nombre...

 

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