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Billet Albumrock

Edito décembre 2016 : happy birthday my arse


Nicolas, le 07/12/2016

On avait consacré un précédent édito aux réseaux sociaux pour vous dire toute la difficulté qu’il y avait, pour un pauvre webzine amateur, à exister par-delà les machines à faire du like et à créer du buzz que sont les structures professionnelles. On en avait consacré un autre à déplorer cette tendance du monde du rock actuel à délaisser le présent pour se complaire dans une vénération certes compréhensible mais béate et exagérée de ses gloires ancestrales. Sans doute l’un des travers les plus singuliers et compulsifs de nos confrères spécialisés, qu’ils soient numériques ou physiques, est-il de verser dans le remplissage passéiste le plus éhonté, faisant feu de tout bois et créant une matière boursouflée et superflue à partir de rien, alimentant ainsi des threads Facebook ou Twitter qui, sans cela, se réduiraient à leur portion congrue, celle que l’on attendrait avant tout de relais informatifs : une authentique actualité. Or ce n’est pas vraiment le cas actuellement, au point même que l’on se demande encore à quoi bon suivre ces authentiques déversoirs à vacuités.

 

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Exemple parmi tant d’autres repéré le jour où cet édito fut rédigé : Rolling Stone consacre fièrement l’un de ses posts, coïncidence sans doute, aux Rolling Stones (avec un s) qui, incroyable, ont sorti Beggars Banquet ce même jour il y a quarante-huit ans. Et d’y aller de la vidéo qui va bien expliquant, à qui veut encore l’entendre, à quel point les Stones ont changé le rock avec cet album, etc etc. D’ailleurs, NME n’est pas en reste et relaye exactement la même info. Diantre. Mais ce n’est pas tout. Metal Hammer nous informe que le Show No Mercy de Slayer est sorti il y a trente-trois ans jour pour jour. Un peu plus loin, le compte Facebook de Pearl Jam lâche que Merkin Ball, l’EP enregistré par le gang de Seattle avec Neil Young, est paru ce même 5 décembre en 1995. Vous pensez qu’il s’agit là d’une exception ? Détrompez-vous, c’est même souvent pire. Vérifiez-le par vous-même : il ne se passe pas une journée sans qu’une poignée plus ou moins généreuse de disques (du sérail, la plupart du temps) ne soient ainsi imposés à notre intellect sans aucune autre pertinence qu’une opportune congruité du calendrier, ce qui est probablement l’une des raisons les plus ubuesques de nous pousser à réécouter voire à découvrir un disque.

 

 

Bon, qu’on ne nous fasse pas dire ce que nous ne souhaitons pas dire : il n’est évidemment pas vain de fêter dignement quelques anniversaires, en particulier pour certains albums et à certaines dates rondes. Etienne, dans sa rubrique “Pas de bougies bougies” - actuellement en pause -, a d’ailleurs pu vous faire revivre quelques bons souvenirs passés dans nos colonnes. Mais entendons-nous bien. Un anniversaire doit rester une exception, un événement marquant, et surtout une occasion de réjouissance et de commémoration d’une œuvre véritablement majeure, le tout à une date symbolique qui, elle aussi, se doit d’être porteuse de sens. Nous avons d’ailleurs été les premiers à fêter dignement les vingt ans de Nevermind en 2011, occasion idéale de revenir sur l’un des disques majeurs de la sphère rock, un de ceux qui ont véritablement bouleversé le monde musical à leur époque. En ce sens, Beggars Banquet, l’un des albums les plus réussis et adulés des Stones, n’est sans doute pas le bon exemple pour étayer cette diatribe, mais à quoi bon nous seriner que la galette est sortie il y a quarante-huit ans ? Que représente cette date ? Rien, absolument rien. Dès lors, que pourra-t-on dire de plus lorsque les cinquante ans de Beggars Banquet devront être célébrés, cette fois-ci avec tout l’apparat de rigueur ? Quant à Merkin Ball, et malgré toute l’affection que nous pouvons porter à la clique d’Eddie Vedder et au Loner, qu’est-ce qu’on en a à carrer de savoir que l’EP fête ses vingt-et-un ans ? Franchement ? Si c’est le propre de Twitter de relayer strictement n’importe quoi aux followers, de l’information la plus essentielle à l’idiotie la plus affligeante, avec la même force de frappe numérique et sans le moindre discernement - le prisme de retweets permettant heureusement de ne pas passer à côtés des posts les plus marquants -, on aimerait en revanche que Facebook puisse rester un domaine d’exception, filtrant l’essentiel de l’actualité et se recentrant en priorité sur les publications de nos amis. Pure science fiction.

 

 

Petite parenthèse opportune. Les anniversaires, parlons-en puisque semble-t-il les majors se sont emparées de cette mode pour nous la faire ingurgiter à toutes les sauces. Si l’on a ainsi été heureux de fêter successivement les vingt ans de Definitely Maybe puis de (What’s The Story) Morning Glory, les deux œuvres phares d’Oasis, quelle n’a pas été notre surprise en apprenant que Sony avait sérieusement l’intention de nous ressortir les mêmes trémolos vibrant d’intensité pour Be Here Now, un disque dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’aura pas outre mesure marqué les esprits. Et pourtant, ce troisième LP des frères Gallagher a lui aussi eu droit à tous les honneurs le 14 octobre dernier, avec réédition remasterisée, B-Sides, démos, Mustique sessions, titres live et même un remix de “D’you Know What I Mean” dont on se demande bien ce qu’il apporte à l’original, sans parler d’une grosse campagne sur les réseaux sociaux et d’une batterie d’interviews pour emballer le tout. Là où l’entreprise est devenue franchement désopilante, c’est lorsqu’il a fallu faire cracher quelques amabilités à Noel Gallagher himself, lequel n’a pas mâché ses mots à propos de ce qu’il a vécu a posteriori comme un cuisant échec : en vrac, les anglais n’auraient pas dû enchaîner sur ce troisième LP aussi vite, n’auraient pas dû en assurer eux-mêmes la production et le mixage, n’auraient pas dû consommer autant de coke durant l’enregistrement, le grincheux de Manchester avouant même que Be Here Now était l’un des albums d’Oasis qu’il appréciait le moins. Dammit, allez vendre des disques avec une promo pareille. N’en doutons pas, cette campagne de réédition a sérieusement de quoi nous inquiéter : va-t-on devoir s’enquiller, dans trois ans, un pathétique merchandizing visant à nous faire croire que Standing On The Shoulders Of Giants, l’un des pires albums de rock anglais à avoir vu le jour, vaudrait lui aussi d’avoir les honneurs d’une réédition en grande pompe ?

 

 

Mais revenons à nos moutons sociaux, car à l’évidence, on imagine que l’état de santé de ce bon Alan McGee, ex patron de Creation Records et découvreur d’Oasis, récemment hospitalisé pour colite inflammatoire, n’aurait certainement pas eu droit à tant d’égards de la part de la presse musicale si l’on avait pas fait autant de battage autour de cette grosse farce qu’est la réédition de Be Here Now. On est assez loin de l’embolie pulmonaire presque fatale dont souffre actuellement Michel Polnareff, quoique notre monde ne se serait sans doute pas effondré si nous étions restés dans l’ignorance de la méforme de notre septuagénaire peroxydé national. Et s’il n’y avait que ça… déjà qu’il nous faut composer avec les tombereaux de publicités et les innombrables post conspuant le futur président ricain (au hasard ce 5 décembre, Fiona Apple qui nous gratifie d’un très poétique “Trump’s Nusts Roasting On An Open Fire”, single de Noël impertinent et on ne peut plus “croustillant”), qu’il est difficile de trier le bon grain de toute cette effarante ivraie, d’autant plus lorsque ladite ivraie nous parvient par cinq, voire dix sources différentes. Et cette usine à brasser du vent est réellement capable tourner à vide. La preuve : il ne s’est rien passé ou presque dans la journée ? Qu’à cela ne tienne, déversons des listings. Au hasard ce jour encore : “20 Chansons essentielles de Little Richards” (“Joyeux 84 ans, Mr Penniman !”), “20 célébrités qui sont fans de groupe indie” (NME), “Les 10 meilleures paroles de chanson d’Oasis” (NME), “Les albums de metal les plus attendus de 2017” (Alternative Press), “10 artworks controversés et pourquoi ils se sont fait tacler” (NME), “10 reboots cinéma meilleurs que leurs originaux” (NME !), “5 acteurs dont vous ignoriez qu’ils étaient originaires de Las Vegas” (Rolling Stone !!) ? On ne vous parle bien sûr pas des classements des meilleurs disques et titres de 2016, puisque décembre est traditionnellement la période où de telles publications fleurissent, ni même d’autres classements voulus plus sérieux, comme les “50 plus grands albums live de tous les temps” publiés le même jour par le New Musical Express. Quoique. On connaît les classements du NME, et pas forcément en raison de leur pertinence. Non. Ici, nous n’avons droit qu’à de simples listes, arbitraires ou presque, souvent inadéquates, parfois absurdes, rarement piquantes, mais qui nous sont toujours imposées quotidiennement par pelletées de douze. Fichtre, qu’avons-nous fait pour mériter ça ?

 

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Bref, trêve de sarcasmes. Après tout, en cas de ras-le-bol incoercible, il ne tient qu’à nous de couper le cordon numérique ou de choisir sciemment le contenu auquel nous voulons avoir accès, quoique les mécanismes de discrimination dudit contenu ne font pas preuve d'une folle efficacité. Pour en revenir aux classements de fin d’année, il est désormais temps de nous préparer à tirer un trait sur 2016 et à lorgner du coin de l’œil une année 2017 qui, pour l’heure, ne laisse rien présager de bon ni de mauvais sur le plan purement musical. L’occasion ou jamais, si vous ne l’avez pas encore fait, de voter en masse pour nos Albumrock Awards, car oui, nous aussi, nous voulons essayer d’établir le bilan des douze derniers mois et vous montrer qu’en dépit d’un marché mainstream proprement affligeant, le rock est loin d’avoir dit son dernier mot. N’hésitez pas à faire tourner l’info autour de vous et à venir ajouter votre trio de disques préférés à ceux des autres, afin que le palmarès efférent soit le reflet le plus exact possible de vos goûts, indépendamment de ce que nous autres rédacteurs pourrions penser. Et nous vous invitons également à écouter notre série de podcasts sur Radiohead, l’un des rares groupes unanimement salués cette année pour leur dixième production studio, A Moon Shaped Pool. Le deuxième épisode est en ligne depuis quelques jours et le premier depuis à peine plus longtemps, en attendant très bientôt les numéros trois, quatre et cinq. Enfin, sachez que nous planchons actuellement sur trois dossiers qui n’auront rien à voir de près ou de loin avec le metal - après les travaux récemment consacrés au Sabbath de Ronnie James Dio et à Ozzy Osbourne. L’un d’eux est presque terminé, on espère pouvoir vous le livrer durant les prochains jours, et les deux autres arriveront un peu plus tard. Voilà une façon, avouons-le, un peu plus pertinente de souligner les trésors passés du rock n’ roll que de dérouler une liste de dates de naissance ou de catalogues de Noël sans âme ni substance.

Bonnes fêtes de fin d’année à toutes et à tous, et rendez-vous dans un mois (et des poussières) pour les résultats des Albumrock Awards.

 

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