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Chronique Livre

Life


Auteur : Keith Richards, en collaboration avec James Fox Editeur : Robert Laffont Date de sortie : 26 octobre 2010

"Un peu de sexe, pas mal de drogue, mais surtout beaucoup de rock 'n' roll."
Alan, le 25/02/2014
( mots)

Comme beaucoup de gens, c’est mon anniversaire tous les ans. Comme beaucoup de gens, je mets quelque temps avant d’assimiler mon nouvel âge et réponds alors « vingt-et-un » là où je devrais dire « vingt-deux ». Et enfin, comme beaucoup de gens, je profite toujours de cet instant où je m’époumone à souffler des bougies magiques qui se rallument (quand nos proches comprendront-ils que ce concept est à chier ?) pour faire un bilan, une sorte d’état des lieux : où en suis-je ? Je vais le faire ici de manière légèrement prématurée : ma vie s’articule autour de la superbe maxime qu’est le "métro, boulot, dodo" de Pierre Béarn, et je suppute qu’il en sera de même pour les quatre prochaines décennies à venir. Ainsi, lorsque j’aurai moi aussi soixante-sept ans, je pourrai écrire une autobiographie qui ne sera cependant guère plus épaisse que le manuel d’utilisation d’une brosse à dents électrique. Pas comme d’autres.

Pas comme Keith Richards, le célèbre guitariste des Rolling Stones, qu’on ne présente plus (je viens de subtilement le faire pour les plus ignares d’entre vous). Lorsque Life devient enfin disponible en octobre 2010, c’est l’aboutissement de cinq années de travail réalisées en collaboration avec le journaliste James Fox. Oui, comme beaucoup, Keef a recours à un nègre. Notons néanmoins la décence qu’il a eue de le citer, chose dont s’abstiennent de nombreuses personnalités (quoi, vous n’avez jamais vu The Ghost Writer ?). Leur relation débute en 1973, lorsque Fox réalise une interview avec Richards qui les conduira à devenir bons amis. C’est alors tout naturellement que les deux compères s’associent pour la rédaction des mémoires de Keef. Fox passa plusieurs centaines d’heures à interviewer le bougre dans sa maison caribéenne, ce-dernier racontant ses pérégrinations tout en gratouillant les cordes de son instrument. C’est probablement cette méthode de travail qui donne au texte cette illusion de proximité avec son narrateur : ne cherchez pas de phrases sophistiquées embellies de différentes figures de style, il n’y en a tout simplement pas. Fox a compilé les interviews dans un ordre cohérent sans en modifier le contenu, et l’effet est saisissant : à la lecture, on s’imagine en face-à-face avec un Keith Richards nous racontant son histoire avec ses mots. Ne soyez donc pas choqués à la lecture des "Putain, dégage de là !" et autres "Ce fils de pute de Bill Chenail".

À la lecture du premier chapitre, qui raconte un bref épisode de 1975 et sert de mise en bouche, on réalise qu’à partir d’un certain degré de démesure, tout ce qui gravite autour de celle-ci est susceptible de partir en mindfuck le plus total : cette arrestation dans l’Arkansas, mettant en scène un coffre débordant de drogues, un shérif haineux et un juge ivre mort, part tellement en vrille que c’en devient hilarant, digne d’une scène de film. Ajoutez à cela une autre anecdote impliquant le roi de l’ananas à Hawaii, et vous réalisez peu à peu que la vie de Keef était alors ponctuée d’évènements hasardeux au moins aussi barges que lui, bien qu’il se soit visiblement calmé et assagi depuis. Pour preuve : ces histoires surréalistes laissent place à sa recette des saucisses-purée dans les dernières pages. Mais avant les saucisses-purée, il y a son enfance, sa découverte de la musique au travers de sa mère Doris et de son grand-père Gus… et aussi plein d’autres choses. Il est difficile de résumer toute l’histoire, aussi me contenterai-je d’en énoncer les grandes lignes.

Life propose la légende des Stones racontée de l’intérieur. Keef raconte tout, sans occulter le moindre épisode : de la rencontre impromptue avec un Mick Jagger trimbalant des disques de Chuck Berry sous son bras sur un quai de gare aux tournées colossales des dernières années, toute l’histoire des Stones est passée au peigne fin. Il est d’ailleurs surprenant de voir que malgré le nombre d’années, le récit est loin d’être plat et superficiel. Il est au contraire truffé de nombreux détails le rendant plus vivant et plus vraisemblable, pour ne pas dire réaliste : il ne faut tout de même pas oublier qu’il peut bien raconter ce qu’il veut, peu de personnes seront aptes à vérifier la véracité des faits. Ceci dit, quand bien même certains segments seraient légèrement romancés, peut-on réellement critiquer le fait d’embellir une légende pour qu’elle n’en soit que plus exceptionnelle ? Ce serait se mentir que de prétendre que nous, lecteurs, ne lisons ce Life que pour sa dimension historique.

Les musiciens, et plus particulièrement les guitaristes, apprécieront l’approche de la guitare par le personnage, qui raconte ses découvertes, ses expérimentations, ses méthodes de composition, à savoir l’open tuning sur cinq cordes principalement. Sachant cela, on prend alors sa guitare en main pour en triturer les mécaniques (c’est ce que j’ai fait pour ma part) et essayer de jouer toutes les chansons des Stones à sa manière. Nombre d'entre elles sont d’ailleurs passées au crible, qu’il s’agisse du sens qu’ont certaines paroles, des conditions dans lesquelles elles ont été composées ou enregistrées, ou de l’importance qu’elles représentent dans le catalogue du groupe. Ainsi, Keef aurait composé "Satisfaction" dans son sommeil, "Gimme Shelter" a été enregistrée en loucedé, de nuit, dans un studio où le groupe n’était pas censé se trouver, et "Jumpin’ Jack Flash" ne traite nullement de l’héroïne mais simplement du jardinier de Keef à Redlands, Jack, affectueusement surnommé Jumpin’ Jack.

Keef profite aussi de l'occasion pour transformer son récit en tribune et donner sa version de l’histoire, vider son sac, et rendre des comptes : Brian Jones, Anita Pallenberg, mais surtout Mick Jagger. Le charismatique chanteur du groupe en prend ici pour son grade, comparé à un despote essayant de faire main mise sur le groupe au fil des années. Keef appelle ça le "syndrome du chanteur lead", un syndrome dont étaient sûrement atteints Axl Rose et Iggy Pop. Il met en avant la complexité de leur relation : amis au départ, ils sont aujourd’hui comme des frères, s’aimant de par le lien qui les unit, mais se détestant de par des disputes de plus en plus violentes au fil des années. Je dis bien aujourd’hui, car aussi surprenant que cela puisse paraître, les Glimmer Twins n’ont visiblement jamais totalement résolu leurs différends : ils se sont contentés d’enterrer la hache de guerre, et de poursuivre l’épopée fantastique tout en évitant de passer trop de temps ensemble. En cet honneur, les loges de Mick et Keith sont dorénavant toujours les plus éloignées possible l’une de l’autre lors d'un concert.

Enfin, last but not least : il est évidemment impossible d’aborder l’histoire des Rolling Stones sans parler de dope. Tout commença avec quelques joints, rien de bien méchant dira-t-on. Puis peu à peu, les vices deviennent plus grands : herbe, coke, puis finalement dope. Keef ne s’en cache pas : c’était un junkie. Quel paradoxe que d’être à la fois au sommet de la gloire tel le roi du monde tout en se retrouvant esclave d’une substance destructrice. Cette vision est la mienne, et non la sienne : bien qu’il assure que la dope est une connerie qui vous détruit et à laquelle il ne faut pas toucher, il ne fait pour autant pas de procès à la chose. Mais il n’en fait pas un éloge non plus. Au travers de Life, Keef propose un témoignage de ce qu’est la dope. Rien de plus, rien de moins. Il explique ainsi comment elle l’aidait à supporter les séances d’enregistrement, l’inspirait pour composer, et l’envoyait parfois six pieds sous terre. Au début des seventies, les journaux placent Keef en premier sur la liste de "ceux qui vont y passer à coup sûr" à cause de ses excès. Jusqu’à ce qu’il parvienne à se désintoxiquer "grâce à une boîte noire et au Jack Daniel’s".

Ce fut un réel plaisir que de se plonger à l’intérieur de ce Life totalement hypnotique. J’aurais souhaité pouvoir vous en dire plus, mais ce livre reste trop épais pour pouvoir être résumé en quelques lignes. Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas assez les Rolling Stones, redirigez-vous plutôt vers le très réussi Crossfire Hurricane de Brett Morgen dans un premier temps : plus digeste et moins dense que Life, il offre un parfait résumé de ce que sont les Rolling Stones. Pour les autres, n’hésitez pas une seconde : ce voyage dans le temps aux côtés de Keef himself est soutenu par un récit superbement arrangé (merci James Fox), une narration franche et honnête, expurgée de tout tabou, et surtout des témoignages de tierces personnes qui offrent un recul malgré tout nécessaire à cette folle histoire qu’est la vie de Keith Richards.

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