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Chronique Livre

V2 Sur Mes Souvenirs - A La Recherche De Daniel Darc


Auteur: Pierre Mikaïloff
Editeur: Le Castor Astral
Date de sortie: 6 février 2014
"Histoire de Taxi Girl et biographie de Daniel Darc"
Pierre D, le 04/02/2014
( mots)
Avec un peu de cynisme on tendrait à déplorer que des ouvrages consacrés à Daniel Darc ne paraissent en masse qu'après sa mort. Mais foin de postures, d'autant que Pierre Mikaïloff avait publié Cherchez Le Garçon, consacré à Taxi Girl, le premier groupe de Darc, en 2008.
On n'est pas revenu sur Daniel Darc depuis la parution de son dernier disque de son vivant La Taille De Mon Âme. Depuis son décès le 28 février 2013 un double disque d'inédits Chapelle Sixteen a apporté la dernière pièce à l’œuvre de Darc qui n'était réellement devenue passionnante qu'à partir de Crèvecœur en 2004 avec son ironique Victoire de la Musique dans la catégorie "Révélation de l'année". Il y a aussi eu un livre tiré d'entretiens du chanteur avec Bertrand Dicale intitulé Tout Est Permis Mais Tout N'Est Pas Utile, un ouvrage passionnant, divertissant mais souffrant des tics d'écriture vaguement beat/gonzo qui empoisonnaient déjà les écrits de Darc dans le défunt magazine Best. Ce type était définitivement plus doué pour écrire des chansons que de la prose. En voyant arriver le livre de Mikaïloff A La Recherche De Daniel Darc on attend donc un travail qui permettra de combler les zones d'ombre de la carrière atypique de l'ex-chanteur de Taxi Girl : gloire éclaire avec le groupe à 20 ans à peine, séparation acrimonieuse, carrière solo erratique, drogue et prison et pour finir renaissance artistique et médiatique en 2004 jusqu'au décès en 2013.

La couverture annonce V2 Sur Mes Souvenirs - À La Recherche De Daniel Darc. "V2 Sur Mes Souvenirs" est le titre d'une chanson de Taxi Girl et fait ici office de déclaration d'intentions. Pierre Mikaïloff a, semble-t-il, vécu comme adolescent l'époque Taxi Girl soit la fin des années 70 et le début des années 80. Il a officié comme guitariste de Jacno (ex-Stinky Toys) sur scène dans les années 90 et a auparavant expérimenté l'impact de la musique punk sur une partie des jeunes hommes en France, l'attrait que représentent les nouveaux synthétiseurs, l'étrange sensation d'ennui d'une frange de la population française en ces temps de quasi plein emploi...
Le point de vue de l'auteur en tant que témoin de l'époque apparaît d'abord tout à fait pertinent, notamment pour inscrire l'histoire de Taxi Girl (car la première partie du livre V2 Sur Mes Souvenirs ne parle pour ainsi dire que du groupe) dans une perspective socio-économique, historique et surtout culturelle. Parfois cela fonctionne et on suit avec attention les pérégrinations d'un jeune groupe au sein du business musical français du début des années 80. On y croise Alexis Quinlin, manager de Taxi Girl, personnage flamboyant assez proche d'Andrew Loog Oldham (The Rolling Stones) ou Malcolm McLaren (The Sex Pistols), fonctionnant au culot, à l'attitude et à l'arnaque. On se trouve plongé dans les différentes embrouilles qui émailleront le parcours de Taxi Girl, les questions d'argent, les divergences quant aux orientations musicales à prendre... V2 Sur Mes Souvenirs confronte les témoignages des différents protagonistes du soap opera que fut l'existence du groupe, de l'enregistrement des premiers singles à la mouture finale en duo Darc/Mirwais en passant par la tournée anglaise en première partie des Stranglers.

Le problème c'est que Mikaïloff a vécu la période justement, et ne s'embarrasse pas beaucoup pour tenter de rendre les événements clairs pour les néophytes. On passe donc beaucoup de temps à distinguer les acteurs de cette histoire les uns des autres, souvent nommés par le prénom seul. La compréhension n'est pas facilitée par le choix qu'a fait Mikaïloff d'éclater sensiblement la chronologie alors que l'intrigue se déroule sur 6 petites années et fait intervenir un grand nombre de personnes. Mais surtout, on trouve dans V2 Sur Mes Souvenirs une succession d'attrape-nigauds enfilés comme des perles sur 143 pages. La fin des années 70 et le début des années 80 vécus comme un purgatoire fait d'ennui et de peur atomique ? La place de la drogue décrite ainsi : "ils ont découvert le smack en même temps que la poésie beat – ça valait toujours mieux que de devenir adulte – et pressentent que le futur ne va pas leur plaire". Sérieusement ? Si ce genre d'inepties a une vague place dans les écrits de l'époque, on aurait pu penser que les 30 années écoulées depuis auraient permis de prendre un peu de distance vis-à-vis de ces constats à l'emporte-pièce. Le gloubiboulga gonzo à deux balles sur la drogue, la mort et le rock 'n' roll on en a soupé depuis bien longtemps. "Rockänroll est encore la façon la moins absurde qu'on ait trouvée de brûler sa vie", vraiment ? On voit bien la référence aux notes de pochette de l'album de Darc Sous Influence Divine : "Rockänroll baise cinéma, théâtre, littérature, peinture". Sauf qu'il s'agissait là d'un effet de manche un peu ridicule de la part de Darc qu'il aurait été plus intéressant de mettre en perspective plutôt que de le reprendre tel quel.
En effet, le souci posé par l'absence de prise de distance pose problème dans la mesure où le sujet traité, Daniel Darc, a développé une appréhension particulière du cliché. Le chanteur a en effet aimé du rock 'n' roll tous les clichés : le cuir, les bottes de moto, la dope, vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre. Mais ses interviews depuis Crèvecœur ont montré autre chose : un type qui a vécu tous les lieux communs de la mythologie rock, les assume et en rit aujourd'hui. Ce positionnement entre implication très juvénile au 1er degré et point de vue distancié, c'est cela qu'il fallait mettre en valeur et tenter d'expliquer. Pour parler d'un homme qui carbure au mythe il était judicieux d'adopter un angle privilégiant l'analyse froide.

Pour cela il faut attendre la deuxième partie du livre À La Recherche De Daniel Darc. Ici sont publiées les ébauches d'un projet avorté de collaboration entre le chanteur et Pierre Mikaïloff. Il était alors question de faire son I Need More en référence à l'autobiographie d'Iggy Pop coécrite avec la journaliste Anne Wehrer. À la lecture des extraits d'entretiens publiés dans le livre, on regrette que ce projet soit demeuré lettre morte, tant la moindre des questions/réponses se révèle plus passionnante que la bonne centaine de pages qui l'a précédée. On n'y apprend pas forcément grand-chose pour peu que l'on soit familier avec les interviews de Daniel Darc. La fascination pour Elvis et James Dean, l'arrivée du punk rock vécue comme une révélation... Mais ici Pierre Mikaïloff pose les bonnes questions et rend enfin justice au titre de son livre. Daniel Darc expose son point de vue : "il faut arriver à admettre – en ce qui me concerne, c'est fait depuis longtemps – que le rock 'n' roll et tous les clichés qu'on aime, c'est un truc d'adolescents et qu'on ne le retrouvera pas". Mikaïloff soulève de vraies interrogations : "revenons sur l'événement qui va modifier ta vision romantique du voyou" et Daniel Darc de digresser longuement sur son séjour en prison.
Les clichés tombent enfin pour laisser place à une lucidité teintée d'humour, une réflexion de l'homme sur son rapport au mythe dont il se nourrit. Flamboyance du taulard, virilité du voyou, des obsessions qu'il rapproche très justement de Jean Genet. On voit alors s'articuler la fascination bien réelle de Darc pour les mythes du rock 'n' roll, l'enracinement de sa fascination dans une culture littéraire et artistique, la manière dont il a pu vivre ces clichés pleinement et le regard lucide et serein qu'il porte sur tout cela au moment des entretiens en 2007. Mikaïloff parvient alors à saisir de manière plus rigoureuse et plus intéressante le personnage atypique qu'a pu incarner Daniel Darc dans le paysage musical français, un personnage qui n'a pas le cynisme de Gainsbourg, l'exaltation de Ferré, le détachement affecté de Biolay ou le romantisme purement juvénile de Cantat.

Les entretiens de Darc avec Pierre Mikaïloff permettent peut-être de répondre à une question que l'on s'était posée à l'époque de La Taille De Mon Âme : après tant d'années à parler grosses guitares stoogiennes, pourquoi la notoriété et la liberté artistique n'ont-elles pas poussé Daniel Darc à concrétiser ces envies exprimées ? Fatigué de voir des supposés codes musicaux rock détournés et vidés de leur sens, notamment le recours systématique à la guitare électrique saturée, Darc semble avoir considéré que jouer du rock 'n' roll ne passait pas par les codes en question. Il a choisi de citer explicitement des lignes de Céline ou de Drieu La Rochelle ou plus discrètement d'insérer une référence aux Kinks au détour d'un pont musical ("Mes Amis (Tour A Tour)"). La suggestion plutôt le littéral. Mettre en valeur des textes tentant de perpétuer la lignée de Johnny Cash avec une instrumentation violoncelle/claviers plutôt que faire hurler des guitares en vain.

Se pose alors la question du rock en tant qu'esprit, le genre d'interrogations qui conduit à des gimmicks idiots tels que "Qu'est-ce que c'est être rock en 2014 ?" Comme si le rock, qui est certes, au-delà de la musique, une culture avec ses codes et ses mythes, était devenu une essence. On se gardera de trancher la question ici, se bornant à dire que Daniel Darc avait fait un choix : "Ce que je fais maintenant, c'est plus forcément du rock 'n' roll. Le rock'n'roll je l'ai avec moi."
Le titre du livre de Pierre Mikaïloff et sa structure en deux parties bien distinctes sont parfaitement justifiés mais on se permettra de préférer largement la seconde partie où Mikaïloff mène réellement un travail permettant d'appréhender de manière plus claire la personnalité et l’œuvre de Daniel Darc, à l'inverse de la première où l'auteur semble parfois se présenter comme aussi important que le sujet qu'il traite.

Site de l'éditeur : Le Castor Astral
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