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Compte-rendu de concert

Alcest


Date : 07/11/2016
Salle : CCO (Lyon - Villeurbanne)
Première partie : Mono

En cette fin 2016, le post-rock de Mono s’unit de façon improbable avec le blackgaze d’Alcest le temps d’une tournée commune dans toute l’Europe. Une affiche résolument atypique pour ces groupes, tous deux outsiders timides de leurs genres respectifs, mais qui nous promet une folle soirée au vu de la réputation scénique qui les accompagne depuis maintenant des années.

Valentin, le 22/11/2016
( mots)

Mono, ou pourquoi le post-rock tourne en rond depuis 10 ans

 

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N’étant pas en mesure d’analyser correctement la prestation de Syndrome à cause des joies du trafic lyonnais, nous voilà directement en compagnie de Mono, définitivement l’inconnue de cette tournée commune pour un bon nombre d’individus. En effet, le public semble être venu spécialement pour les français d’Alcest et connait donc très mal le répertoire des Japonais : il faut dire que Mono reste un groupe de niche, assez connu dans les cercles de sympathisants post-rock grâce à leurs influences shoegaze et noise-rock, mais plutôt anonyme en dehors de cela. Les quatre membres du groupe débarquent alors face à cette foule curieuse et interpellent déjà par une caractéristique assez déroutante : celle, pour les deux guitaristes, de jouer assis sur un tabouret pendant la quasi-totalité du concert. Même si on est conscient du nombre de guitaristes jouant de cette manière et arrivant tout de même à transcender les foules (Ben Harper joue lui-même assis avec la 6 cordes sur les genoux), le fait reste tout de même assez rare, ce qui refroidit donc très rapidement le public et le fait douter sur la capacité de ces musiciens à investir la scène qui leur est donnée. Un seul morceau suffira pourtant à convaincre les sceptiques que les japonais sont loin d’être des amateurs en la matière : le doux crescendo de "Ashes in the Snow" est une puissante démonstration de cohérence et dévoile ainsi des musiciens plus qu’habités par leur musique. En particulier, la bassiste Tamaki Kunishi, seule musicienne sur pieds du show, fait preuve d’un jeu plutôt subtil mais surtout d’une élégance rare. Takaakira Goto, quant à lui, ne néglige jamais une seule note en tant que lead guitariste et atteste alors d’une présence insensée malgré une posture initialement peu expressive. Possédé, il finira même par se lever pour marteler ses cordes lors du final ravageur et bruitiste de "Pure as Snow", assénant alors un coup violent à un public ébahit qui ne s’attendait surement pas à autant d’énergie. Le son est d’ailleurs tout à fait correct dans cette salle du CCO, et cela se ressent autant pour ces nappes de guitares en delay typiques du post-rock que pendant les tornades bruyantes de fin de morceau. Malgré toutes ces qualités, un certain sentiment de lassitude s’empare de nous au fil du concert, la faute à des composition souvent interchangeables, reprenant toujours la même structure et tombant ainsi dans les pires travers du style musical exercé par ces japonais.

Ce constat est malheureusement généralisable à la plupart des groupes de post-rock encore en activité aujourd’hui. En effet, quid de ce genre et de ses dérivés en 2016 ? Depuis presque 10 ans, la scène ne semble pas avoir bougé d’un iota. Même ses acteurs les plus fédérateurs comme Godspeed you ! Black Emperor sont tombés dans cette réitération infinie et lassante de build-up impersonnels, transformant alors un code caractéristique de cette troisième vague en un gimmick éreintant. Là où les albums fondateurs se distinguaient par une volonté manifeste de déconstruire les codes et les structures de la musique rock, voilà que plus de 20 ans plus tard, tout le travail est à refaire. Et si certains groupes tels que Sigur Ros, Mogwai ou encore Russian Circles arrivent tout de même à se distinguer de la masse, notamment en piochant des éléments extérieurs à cette base (cf les derniers albums de Mogwai, à dominante clairement électronique), nous sommes forcés d’admettre que Mono ne fait aujourd’hui pas parti de ceux-ci. Le groupe semble ne jamais avoir vraiment réussi à se renouveler ou à porter le genre vers de nouveaux horizons, se posant alors simplement dans la lignée de groupes comme God is an Astronaut, This Will Destroy You, Explosions in the Sky ou Yndi Halda. Il n’a en plus pas soumis d’albums véritablement intéressants depuis Hymn to the Immortal Wind sorti en 2009, or, tous les morceaux de la setlist de ce soir font curieusement partis de celui-ci ou d’albums postérieurs. Nous avons donc malheureusement droit à des compositions assez faibles et redondantes comme "Death in Rebirth" et "Recoil, Ignite", unilatéralement constituées d’une ascension mélancolique vers un climax bruyant et ravageur dont la dimension libératrice empêche toute forme de résistance, même lorsque l’on en perçoit les ficèles. On regrettera alors que Mono ait choisi la voie de la facilité pour ce concert en optant pour des titres certes efficaces mais tout de même assez génériques, alors que la partie la plus ancienne de leur catalogue contient de vraies merveilles ("Com( ?)", "Halycon (Beautiful Days)"). Le public semble malgré tout conquit par le talent d’interprétation des japonais, mais on ne peut pas retirer ces quelques regrets lorsque ces derniers quittent la scène, puisque ce soir, Mono n’était pas loin de sonner comme n’importe quel autre groupe de post-rock.

Setlist : 1) "Ashes in the Snow" / 2) "Death in Rebirth" / 3) "Dream Odyssey" / 4) "Pure as Snow (Trails of the Winter Storm)" / 5) "Recoil, Ignite" / 6) "Requiem for Hell"

 

Retour réussi au blackgaze pour Alcest

 

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Moins de 30 minutes plus tard, c’est au tour des gardois d’Alcest de prendre les guitares pour venir défendre Kodama, leur cinquième album sorti en septembre dernier. Un disque dans la moyenne des productions du groupe mais qui marque un retour certain au blackgaze de leurs premières années après l’échec critique de Shelter. Petite parenthèse obligatoire et rappel des faits : au moment de sa sortie, c’est-à-dire début 2014, cela fait déjà quelques mois que Deafheaven a traumatisé toute la scène metal en imposant son deuxième opus auprès de la presse spécialisée, au point où ce fameux Sunbather deviendra même le premier disque de musique extrême à obtenir la meilleure moyenne de l’année, et ce tous genres confondus, sur le site metacritic. Or, il se trouve que Deafheaven est clairement inspiré par Alcest et que les deux groupes se placent donc plus ou moins dans la même mouvance musicale, pratiquant ainsi un black metal "soft" imprégné par le post-rock ou le shoegaze et s’inscrivant alors dans l’héritage direct des norvégiens de Burzum. Les français, qui auraient dû naturellement s’enfoncer dans la brèche ouverte par Sunbather pour réaffirmer leur statut de pionnier, décident cependant de prendre tout le monde de court en optant pour un virage drastique vers la dream-pop et le shoegaze, annihilant donc la plupart des composantes dites "metal" de leur musique. Le disque fut, sans surprise, très largement ignoré par les communautés metal malgré des qualités évidentes d’un point de vue mélodique et atmosphérique. En plus de cela, il faut compter sur le fait que sa sortie ne fut pas relayée là où elle aurait dû, c’est-à-dire dans les médias indie rock traitant des genres concernés. Alcest n’est pas le premier cas de groupe subissant l’imperméabilité du monde du metal - on pense chaudement à Anathema qui a continué à être invité aux festivals extrêmes tout en ayant clairement éloigné sa musique de ces univers - et on ne peut que s’attrister du fait que ce genre de phénomène n’ait pas encore trouvé de remède.

Dès lors, il est difficile de s’avancer sur les raisons concrètes de cette marche en arrière : était-ce vraiment la direction vers laquelle Neige voulait emmener son groupe ? Si cette question nous inquiète ici, c’est que ce genre de situation peut avoir un fort impact sur la motivation du groupe, et donc sur l’intérêt de le voir sur scène. Pourtant, ce cheminement douteux semble pleinement assumé ce soir : sur ces 1h15 de concert (la même durée que pour le groupe précédent), seulement un morceau du set proviendra de Shelter, le reste étant majoritairement composé du dernier album et des titres les plus emblématiques du groupe comme "Autre temps". Les hostilités commencent alors avec l’excellente "Kodama" tirée de l’album du même nom, qui jouit ici d’une qualité sonore impressionnante. En effet, on distingue clairement tous les instruments et leurs subtilités dans ce mélange pourtant volontairement lourd et vaporeux qu’est habituellement le blackgaze. Impossible, donc, de ne pas se sentir happé par le doux chant de Stéphane "Neige" Paut qui s’intègre au reste avec une finesse inédite, sa voix nous servant de repère dans cet univers houleux qui nous déborderai presque. Le public se montre ainsi plus que réceptif à la prestation d’Alcest, de telle façon qu’on le verra rapidement s’approprier les cœurs lors de ce premier morceau. Le concert continue sur la même lancée avec "Je suis d'ailleurs", un autre titre du dernier album, qui permet en outre de mettre en relief l’aspect daté et éculé du post-rock de Mono avec la manière dont les français se saisissent de ces mêmes codes : au lieu de subir une structure linéaire et déterminée où tout le crescendo semble n’être qu’un simple faire-valoir du climax final, on est ici en présence d’un morceau qui met intelligemment des éléments typiquement post-rock (cœurs, crescendo, effets de réverbération et de délai sur la guitare) au service d’un morceau typé metal, où l’on réentend d’ailleurs le scream de Neige pour la première fois de la soirée. Bien évidemment, le groupe joue très bien et reste toujours en phase avec le public, même sur les morceaux les moins connus du set ("Eclosion", "Delivrance"), et ce malgré une certaine timidité de la part des deux musiciens live Zero et Indria, respectivement guitariste et bassiste. Le batteur surnommé Winterhalter, très efficace derrière ses futs, nous fera une très bonne impression ce soir-là, mais c’est surtout Neige qui récoltera la plupart des éloges : on a beau sentir que le garçon n’est pas vraiment à l’aise en public – il n’y a qu’à voir ses interventions laconiques entre les morceaux -, le leader du groupe reste un excellent musicien et chanteur, en plus de faire preuve d’un magnétisme indéniable. On est satisfait de voir Neige ainsi, surtout sur les morceaux les plus investis émotionnellement comme "Ecaille de lune – Part 1" et "Là où naissent les couleurs nouvelles" où son talent resplendira bien plus qu’ailleurs. On est donc satisfait de voir le leader ainsi, et cette très bonne performance prouve à elle seule que le groupe a su rebondir avec adresse après le semi échec de Shelter.

"Délivrance" conclura en douceur cette belle soirée, qui aura globalement su nous faire vibrer : si la prestation de Mono fut relativement frustrante de par son caractère redondant, on ne peut leur occulter ni la maitrise du crescendo ni le charisme de leurs musiciens. Quant à Alcest, les doutes installés par leurs récents épisodes discographiques ont très vite été balayé, notamment grâce à l'investissement émotionnel du frontman et à une prestation plutôt intelligente. On ne saurait donc que vous recommander d’attraper au moins un de ces groupes lors de leurs prochaines tournées sur le territoire : l’évasion est garantie.

Setlist : 1) "Kodama" / 2) "Je suis d’ailleurs" / 3) "Ecailles de lune – Part 1" / 4) "Autre temps" / 5) "Oiseaux de proie" / 6) "Eclosion" / 7) "Là où naissent les couleurs nouvelles" / 8) "Delivrance"

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