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Compte-rendu de concert

Magma


Date : 22/11/2016
Salle : Laiterie (Strasbourg)
Première partie :

Les Gardiens de la Galaxie

Etienne, le 05/12/2016
( mots)

Il faut croire que le Zeuhl a la cote en 2016: même après 47 ans de carrière, la Laiterie de Strasbourg affiche quasi-complet au moment d'accueillir Magma dans le cadre de sa tournée sans fin, son "Endless Tour" spatial venu présenter à une assemblée de bipèdes aliénés "la musique des Forces de l'Univers". Assumant depuis ses débuts l'inintelligibilité d'un concept haut perché - musique inclassable aux confins du jazz et du rock progressif, langage inventé et prestations scéniques azimutées - Magma fédère une communauté de mélomanes fidèles, aussi hétérogène que les composants gazeux d'une supernova, prêts à embarquer pour une épopée galactique de plus de deux heures sans pareille.

Sans première partie - on imagine à peine le casse-tête pour choisir un groupe digne et cohérent en guise de pré-Zeuhl - la scène est directement investie par le collectif sous des lumières tamisées, unicolores, statiques. Sans artifice, le groupe créé lui-même sa propre dynamique, opère une construction minutieuse des reliefs de son concert et densifie ses ambiances magnétiques par le seul biais de sa musique. Alors que les rythmes valsent frénétiquement dans l'air échaudé d'une Laiterie studieuse, que les mélodies tourbillonnent au gré des vocalises accentuées d'Hervé Aknin et que les choeurs s'entremêlent à des fins d'harmonies cosmiques, Magma fige l'espace, suspend le temps et laisse le son se mouvoir jusqu'à l'oreille de chacun. Ce soir, la musique a les pleins-pouvoirs. Une prouesse rare, inimaginable sans une technicité confinant à la virtuosité.

Plus de 150 musiciens se sont succédé au sein de Magma en plus de 45 ans de carrière, soit une nébuleuse totale entourant l'indéboulonnable pilier du groupe, chef d'un orchestre de l'ombre, Christian Vander. La mouture moderne de Magma n'a pourtant pas à pâlir d'une quelconque comparaison face à ses illustres devancières (celle qui a triomphé à Montreux en 1971 en tête) tant la sobriété d’exécution, l'acuité mélodique et la pureté technique du "Magma ascendant 2016" forcent l'admiration. Des choeurs angéliques, un chant martial, des claviers métronomiques, un xylo en feu, une guitare élégante - un poil sous-estimée au mixage, dommage - et une basse démentielle, l'oeuvre volcanique du groupe français est interprété avec une juste énergie, frôlant l'abysse de la démesure et du délire musical pour mieux emprunter l'arête friable d'un rock progressif réfléchi et sophistiqué. Une seule marque de suffisance pourrait suffire à faire la bascule. Elle n'a pas lieu et Magma honore avec humilité le répertoire d'un groupe majeur, honteusement mésestimé et fièrement guidé par l'un des 100 meilleurs batteurs de tous les temps selon Rolling Stone - quand même - Christian Vander.

Camouflé par une batterie minimaliste et des cymbales en lévitation à une hauteur indécente, Christian Vander mène de ses mains robustes et charpentées l'entreprise Magma avec un sens du rythme unique, frénétique, habité. Les yeux levés au ciel, quasi-révulsés, l'homme est transcendé par la musique et bat la mesure avec cette approximation simulée qui a fait sa légende. Vander semble ailleurs, dispersé, satellisé dans la stratosphère; il est pourtant parfaitement au fait de la mécanique complexe de son interprétation, calibrant le reste du groupe à sa musicalité hors du temps, jetant quelques regards autoritaires pour aiguiller la mue rythmique et mélodique permanente qu'opère le groupe. Se fendant de quelques vocalises cosmiques entrecoupant ses frappes martiales virtuoses, Christian Vander reste sans aucun doute le colosse ineffable de Magma, conférant par sa seule autorité le statut énigmatique et prophétique d'une formation plus que jamais culte, en atteste un concert tout bonnement magistral.

En près de deux heures de show, Magma s'est "contenté" de délivrer quatre titres, condensé idéal si tant est qu'on puisse résumer la carrière du groupe à ce chiffre minimaliste. Ouvrant les hostilités par deux morceaux très en voix ("Theusz Hamtaah" et "Zombies") osant des longs passages chantés, le groupe abat la première carte d'un brelan imbattable qui va chercher l'adhésion primaire par une construction mélodique délicate et des intonations enchanteresses. Une introduction éclairée - de près d'une heure - avant d'entamer un morceau de bravoure épique, totalement allumé, pièce progressive magistralement menée naviguant entre instants de groupe fusionnels et parties solistes de haute voltige. "Mekanïk Destruktïw Kommandöh" ravit les fans de la première heure n'ayant pas mis bien longtemps à reconnaître ce titre culte dans lequel Vander se lève de son siège comme l'autocrate s'avance à la tribune, délivrant sa poésie abscons avec aplomb, préambule à une envolée musicale rêveuse obligeant chacun à l'abandon le plus total, martelant les mêmes cycles organiques jusqu'à ce que toute notion de conscience se soit évanouie dans les méandres de l'univers infini. L'ultime rappel réclamé à plein poumon pour une salle en fusion, "Kobaïa", parachève l’odyssée stellaire d'un soir, une exode à bord de la navette Magma qui atterrit sous les acclamations fournies d'une salle contemplative.

Impossible d'ôter à Magma son caractère personnel marqué, sa vocation à évoquer chez chacun d'entre-nous des sentiments variés, de l'extatisme le plus exubérant à la méditation la plus occulte. Son concert à la Laiterie de Strasbourg en est l'exemple parfait. Alors que chacun se dirige vers une sortie commune, il est un fait que tous ont vécu un moment différent, interpellant les coeurs et les esprits sans commune mesure. Un peu comme si Magma était le gardien de la galaxie de chacun d'entre-nous...

Setlist: 1. Theusz Hamtaahk / 2. Zombies / 3. Mekanïk Destruktïw Kommandöh Rappel: 4. Kobaïa

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