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Compte-rendu de concert

Exsonvaldes


Date : 27/04/2014
Salle : le Divan du Monde (Paris)
Première partie : Haiku Salut, Fiodor Dream Dog, Sound Sweet Sound, Robi
Raphaëlle, le 30/04/2014
( mots)

Parfois, la nuit parisienne offre l’opportunité de se rendre dans une petite salle pour apprécier le travail de défricheur de passionnés de musique. Les balades sonores, les organisateurs de la soirée, sont un disquaire auto-désigné comme étant « atypique », comprendre : pointu.


A 18h30, la salle est encore un peu vide et calme. Il faut dire que ce n’est pas Haiku Salut qui va brusquer le public. Les trois jeunes filles multiplient les instruments : guitare, ukulele, accordéon (des anglaises à l’accordéon, tout arrive!), un mélodica, un synthé, xylophone, boîte à rythme, diverses pédales en tous genres, une grosse caisse, une caisse claire… Elles ne cessent de passer de l'un à l’autre, jusqu’à ce moment un peu délirant où l’accordéoniste joue aussi de la grosse caisse, la claviériste  tape sur la classe claire de sa main libre pendant que la trompettiste utilise les pédales. Toujours est-il que leur musique distille subtilement une atmosphère poétique et fragile. On entend parfois du Yann Tiersen (accordéon oblige), on ferme les yeux et le temps est comme suspendu.

Maintenant, soyons honnêtes, l’ensemble est tout de même très austère. Il y a un mois, je trouvais que Shaka Ponk en faisait un peu trop… Eh bien là je suis tombée sur l’extrême inverse ! Il n’y a pas une seule partie vocale, exception faite d'un moment où l’une des trois s’empare d’un micro pour lancer une note aigue d’une voix puissante, presque inquiétante. Entre les morceaux, elles se déplacent les yeux baissés entre leurs instruments, comme intimidées par le public pourtant plutôt clairsemé. Ou bien considèrent-elles que c’est la musique qui doit être mise en avant, et non leurs personnalités? Cachées sous leurs franges, les discrètes Haiku Salut regardent à peine le public, ne lui parlent pas et se gardent bien d’annoncer leurs chansons aux titres pourtant originaux (mention spéciale à "Sounds Like There’s A Pacman Crunching Away At Your Heart"). Conclusion, tout ça est un peu trop minimaliste pour moi.


Mon estomac me ramenant brutalement sur terre, après les envolées mélancoliques d’Haiku Salut, je passe Fiodor Dream Dog à regret. De retour à 20h30, l’atmosphère a changé du tout au tout. Six musiciens occupent désormais la scène qui semble tout d’un coup bien petite. Le groupe Sound Sweet Sound, puisque c’est d’eux dont il s’agit, a pris possession de la scène de façon assez impressionnante. Emporté par une section rythmique impeccable, la chanteuse porte à bout de bras une reprise inspirée de "la Chanson de Prévert". Reprendre du Gainsbourg, c’est culotté, mais avec Sound sweet sound, ça vire carrément à l’incantation mystique. Sacré choc! Les chansons se succèdent dans cette ambiance totalement surréaliste, un son lourd qui s’abat sur vos épaules, vous hypnotise, vous emporte dans leur transe. Détail nec plus ultra, au milieu de cette formation rock (batteur, bassiste, deux guitaristes, une chanteuse), un flûtiste se dresse comme un charmeur de serpent.

C’est particulièrement frappant sur le morceau "Death is on the way" qu’un chanteur visiblement ému nous a gentiment introduit. La mélodie à la flûte ouvre et ferme le morceau, invoque petit à petit la voix ensorcelante de la chanteuse pour une montée en puissante grandiose. A la fin, c’est le délire total, le bassiste est tellement plié en deux que la basse touche quasiment le sol, le batteur tape comme un forcené, la chanteuse pousse des hurlements tout en entamant une danse de la pluie tandis qu’imperturbable, le joueur de flûte continue sa mélopée. Le contraste visuel entre le groupe en transe et le joueur de flûte immobile est saisissant. Et moi, je suis carrément séduite ! Pour nuancer un peu, j’avoue qu’une demi-heure de ce show habité laisse pantelant(e). La chanteuse pourrait probablement tenter d'instiller plus en subtilité dans son chant. Leur album est sorti depuis mi-avril, affaire à suivre.


A 21h15, c’est l’heure de Robi d’entrer en scène. A mon sens, techniquement parlant, elle et ses musiciens sont les meilleurs de la soirée. Sa musique délivre une cold wave pointue, un croisement subtil entre Joy Division pour la basse et Portishead pour la voix hypnotisante. Robi maîtrise sa voix rauque et sait regarder la scène en face. Sa gestuelle, saccadée et chaotique, est étonnamment très charismatique. Le bassiste et le guitariste/claviériste/homme-à-tout-faire délivrent des solos parfaits. Elle dit que ça fait un an qu’ils sont sur la route et qu’ils se sont aguerris, on les croit sens hésiter. Alors, contente ?

Eh bien, non, je ne suis pas contente : où sont les textes ? A chaque chanson, elle est à peine lancée sur le refrain qu’elle garde sa phrase en boucle : "On Ne Meurt Plus d’Amour", "Je Te Tue Encore", "Où Suis-Je"... C’est sûrement sensé alimenter l’esthétique minimaliste du groupe et c’est surtout flagrant quand Robi se lance dans des reprises. En reprenant les textes des autres, l'étendue de son talent peut enfin s'exprimer. Elle entame notamment le fascinant "Il Se Noie" de Trisomie 21 (décidément, entre Trisomie 21 et Exsonvaldes (l’Exxon Valdez est un cargo qui a provoqué une marée noire en Alaska, bonjour la référence), c’est la soirée des noms douteux). Le must de la prestation de Robi est sa reprise passionnée du "Lolita Nie En Bloc" de, est-il besoin de le rappeler, Noir Désir. Le talent de parolier de Cantat trouve ici une interprète parfaite, portée par ses musiciens.


Ultime groupe à passer ce soir, Exsonvaldes arrive sur scène à 22h15. A Albumrock, les avis sont pour le moins partagés envers ce groupe dont on a applaudi l’album Near the Edge of Something Beautiful pour descendre en flammes l’album suivant, Lights. Nicolas n’avait même pas hésité à les traiter de hipsters, insulte suprême s’il en est. Ce soir-là au Divan du Monde, pas de risque de ce côté-là : apparemment, seuls les hipsters parisiens avaient eu vent de ce concert. Les membres du groupe eux-mêmes portent tous la barbe de quatre jours de rigueur dans le milieu. Bon, et la musique dans tout ça?

Eh bien, moi qui voulais voir ce que ça donnait sur scène, j’en ai eu pour ma longue attente! Ce soir-là, Exsonvaldes fait preuve de sa maîtrise de la scène et ouvre en beauté avec "Let Go", histoire de réveiller tout le monde. Tout en décontraction, ils enchaînent leurs tubes ciselés dans une pop délicate, tour-à-tour nerveuse ("Nineties"), rêveuse ("Seahorses"), lumineuse ("L’Inertie"), ou carrément explosive ("On n’a rien vu venir"). Entre ces deux titres en français, ils intercalent un nouveau morceau, en anglais (Fini le français? Dommage...), qui se place dans la veine des autres titres de Lights. Mais à mes yeux, aucun de leurs morceaux ne possède la grâce de leur "Aérotrain", qu'ils jouent judicieusement au milieu du set, juste avant "Seahorses". Alors qu'ils entament leur hymne sous les applaudissements du public, c’est rapidement la panique à bord, le guitariste change de guitare, puis de sangle, qu’il déclipse pour la raccrocher à la première guitare… Moment de flottement. La foule, soudain électrisée par cet événement inattendu, manifeste son excitation en criant. Le batteur et le bassiste tiennent leur rythme, imperturbables, tandis que le guitariste finit par reprendre les choses en main. Le chanteur se tourne alors vers le batteur et sur un signe de tête, la chanson repart sous les clameurs. Cet interlude basse/batterie rend d’autant plus éclatantes les guitares qui portent le morceau. Chapeau bas au groupe pour avoir gardé leur calme! Le groupe clôt le concert par l’excellente "Days", qui finit de conquérir la foule. Conclusion, les hipsters barbus savent aussi délivrer de bons shows. A quand un vrai concert d'Exsonvaldes en France? Ces messieurs ont pris l'habitude de tourner en Espagne, où ils rencontrent un succès bien supérieur à celui qui leur est réservé dans l'hexagone... A nous de changer les choses pour avoir l'occasion de les voir plus souvent chez nous!

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