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Compte-rendu de concert

Whitesnake


Date : 09/08/2016
Salle : Z7 Konzertfabrik (Pratteln)
Première partie : The Answer

Whitesnake tire sa révérence, avec lui l'un des plus grands chanteurs de rock de tous les temps.

Etienne, le 16/08/2016
( mots)

Il est des formations qui ne meurent jamais. En dépit d’un virage ultra-FM entamé en 1987 avec le ré-enregistrement de ses titres cultes sur une sorte de compil’-album paresseux du nom de son animal géniteur, Whitesnake reste une valeur sûre du hard rock britannique. Car avant de sacrifier son rock ’n roll serpentant de groove et aux guitares vénéneuses sur l’autel mercantile de la conquête américaine, Amérique alors en pleine crise Hard FM peroxydé à grands coups de Mötley Crüe, Def Leppard et bientôt Guns ’N Roses, Whitesnake était un grand groupe doté d’un chanteur tout bonnement exceptionnel, David Coverdale. Jeune loup encore inconnu du grand public, il supplante Ian Gillian au sein de Deep Purple - alors en pleine gloire - le temps de trois albums aussi magistraux qu’honteusement effacés des tablettes par l’actuelle mouture du Pourpre Profond. Le temps de l'électrique Burn (1974), de l'extraordinaire Stormbringer (1974) et du funky Come Taste The Band (1975), il allait apposer le sceau d’une tessiture vocale hors-norme, à la fois grave et sensuelle, d’une amplitude et d’une profondeur sans franche concurrence. Bien plus à l’aise que son prédécesseur, ce dans tous les registres, et doublé d'un compositeur hors-pair, il jouit d’un organe totalement singulier, mélange acerbe de graves malfaisants et d’aigus surpuissants sans égaux.

Après un passage express d’à peine trois ans dans la bande à Blackmore et deux concerts mythiques à Graz et à Paris en avril 1975, il fonde en 1978 le Serpent Blanc sur les cendres du Purple et emmène avec lui Jon Lord, seigneur parmi les seigneurs des claviers. Le supersonique Ian Paice se joindra même à la bande le temps de trois albums, Lovehunter (1979), Ready an’ Willing (1980) et Come an’ Get It (1981). Une filiation assumée qui déclenchera les railleries des critiques de l’époque, ne voyant dans la bande à Coverdale qu’un piètre ersatz blues-rock de Deep Purple. N’empêche et n’en déplaise à certains, Saint & Sinners sorti en 1982 est un des derniers grands disques de hard-rock, le vrai, avant l’abondante et débordante déferlante glam californienne. Un rappel historique qui nous fait prendre conscience de la portée de l’oeuvre de Whitesnake, groupe pas si anecdotique que ça et qui pâtira toujours d’une image ternie par une fin de carrière ultra formatée radio (Whitesnake et Slide It In). Et c’est de cette fin de carrière dont il est question aujourd’hui. Car plus de vingt-cinq ans après son dernier album notoire, David Coverdale semble enfin prêt à tirer un trait sur son immaculé reptile.

Les signes de la retraite sont légions: un Purple - et plutôt bon - Album sorti l’an dernier reprenant tous les titres phares de ses premiers émois rock ’n rollesques, des interviews sans équivoque où le maître annonce qu’il songe sérieusement à boucler la boucle en 2017 soit 30 ans après son album le plus vendu, et un Greatest Hits Tour qui a tout d’un dernier baroud d’honneur en bonne et due forme. Le serpent blanc a depuis longtemps terminé sa mue mais ne pouvait pas s’en aller décemment sans affronter la jungle de la scène une dernière fois. Au Z7 de Pratteln, les tickets se sont écoulés depuis plusieurs mois en dépit d’un prix de vente exorbitant (plus de 67€ pour une simple fosse là où les tarifs varient en général de 30 à 40€) et le hangar est déjà plus que bondé au moment où The Answer ouvre le dernier bal du grand Coverdale.

Habitué des rendez-vous manqués, le groupe nord-irlandais n’a jamais confirmé les espoirs placés en lui après un superbe premier album, Rise, sorti il y a tout juste dix ans. Sans réel coup d’éclat depuis et sans aucune constance scénique, The Answer, présenté à l’époque comme le futur Led Zeppelin - rien que ça, n’est plus que l’ombre de lui-même. Des titres sans aucun semblant d’âme se succèdent, peu aidés par un chanteur bedonnant sans entrain. Quelques bouts de riffs titillent les oreilles attentives ci et là ("Never Too Late"), mais rien de suffisant pour adouber la prestation du groupe. Exception faite d’un nouveau morceau poignant à l’harmonisation très irlandaise en fin de set, l’éternelle première partie des grands groupes (ils avaient déjà ouvert pour AC/DC en 2009 au Stade de France) ne convint toujours pas. Sauf au bar où nous retrouverons par la suite un Cormac Neeson parfaitement aviné. Ceci explique donc cela.

Reste que les stars du soir sont attendues de pied-ferme par une fosse grisonnante ultra-compacte. Whitesnake est rare, d’autant plus dans une salle d’envergure moyenne. Le moment se veut donc des plus impressionnants. David Coverdale fait son entrée dans un tonnerre de décibels, son allure de gentleman et son éructation sauvage "Here’s a song for you" déclenchent le frisson ému des grands moments. Les "Bad Boys" ne sont pas de la dernière pluie et même si Tommy Aldridge est dans le sillon de Coverdale depuis la période dorée de 1987, n’empêche que le son est dantesque. Le serpent est rutilant, les guitares rugissantes, la batterie assommante. Même si le répertoire est extrait en quasi-totalité de ce bizarroïde disque éponyme évoqué plus haut - la moitié du set est composé de la moitié de l'album, il est difficile de ne pas être happé par l’aura magnétique du leader Coverdale. Sa sobre démonstration n’en demeure pas moins spectaculaire tant dans les morceaux les plus lancinants et marqués ("The Deeper The Love", "Is This Love") que les plus vigoureux ("Slide It In", "Crying In The Rain"). En dépit d’un timbre plus écorché que celui de ses glorieuses années, David Coverdale est majestueux. Sa charismatique silhouette se meut sur scène en cherchant le regard d’un public qui n’a d’yeux que pour lui. Car même s’il faut reconnaître la virtuosité de ces musiciens - quoique le solo de Joel Hoekstra vira vite au suppliceils n’ont pas un semblant de classe en comparaison du maître chanteur, exception faite de Tommy Aldridge qui fait virevolter ses bouclettes grisées derrière des fûts martyrisés tantôt à coups de baguettes tantôt à coups de paumes. La formation héroïque des 80's n'est plus qu'un lointain souvenir. Même Doug Aldrich (ex-Dio), pourtant émérite guitariste de la période 2000’s du groupe, n’est plus de la partie. Pour les curieux, il est parti former The Dead Daisies avec d'autre vieilles gloires du hard américain (John Corabi, Marco Mendoza), groupe qui vient juste de sortir son troisième album. En bref, l’adieu de Whitesnake n’est en fait que la révérence de David Coverdale, les fans ayant fait le deuil du reptile depuis belle lurette. "Here I Go Again" ne clôturera pas un spectacle bien trop court. Le message aurait été trop inadéquat. "Still Of The Night" suivra le titre culte de Whitesnake comme un dernier mot pour prolonger la fête du rock ’n roll une fois le serpent définitivement retiré.

Le groupe s’avance, sourire en coin, et salue son public tel une troupe de théâtre. De ce spectacle nostalgique mené tambours battants - à peine 1h30 montre en main - on retiendra la prestance intacte d’un des plus grands frontmen du rock. Son répertoire fut exécuté brillamment, suffisamment pour faire de ce Greatest Hits Tour un beau moment pour les fans de la première heure comme pour ceux qui savouraient leur première confrontation émerveillée face à l’animal. Pas vraiment monumental mais certainement inoubliable. Un concert pour prouver une énième fois que Whitesnake est de ces groupes qui ne meurent jamais. Et comme un symbole en cette année 2016, les derniers mots du maître adressés à son public résonnent encore dans les têtes: "Ne laissez personne vous effrayer dans ce monde. Jamais".

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