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Eclosion, sortie d'une pépite du rock expérimental français des seventies


Steven Jezo-Vannier, le 12/05/2015
Avec son embryologique label, le célèbre disquaire Monster Melodies nous offre une plongée à bout de souffle dans le rock underground et expérimental français avec l'improbable sortie de l'album Eclosion. Enregistré à l'automne 1972, ce LP poétique et halluciné a réuni trois artisans des souterrains post-soixante-huitards : Léon Cobra, l'auteur du Tréponème Bleu Pâle, fanzine emblématique des seventies, Bernard Stisi, guitariste et meneur du groupe Primitiv's, et leur compère chanteur et batteur Marc Blanc, ancien membre d'Âme Son. Oublié depuis plus de quatre décennies, le LP voit le jour en édition vinyle colorée, limitée et numérotée (1000 exemplaires), accompagnée de sa pochette psychédélique originelle, dessinée par Henri Aspic, contributeur du Tréponème. Le disque est accompagné d'un collage de Léon Cobra et d'un numéro anniversaire du fanzine, qui ressuscite exceptionnellement en version papier pour fêter ses quarante ans.
 
Retour sur la genèse de cet album avec Léon Cobra.


SJV : Comme souvent dans ce genre d'histoire, tout commence avec une bande de copains, sur les bancs du lycée et avec la découverte du rock...


LC : C'est toujours la même rengaine.


Le début des années 60, les Chaussettes Noires contre les Chats sauvages puis la découverte des originaux Eddie Cochran contre Gene Vincent ensuite les Beatles contre les Stones.


Dans la cour du Lycée Rodin, un lycée pilote, dans le treizième arrondissement de Paris, chacun défendait ses favoris. L'environnement était favorable : un club de jazz, un ciné-club, un club photo, une troupe de théâtre, un club de poésie mais la vieille génération tenait le terrain. Les stars du bahut, c'étaient les Haricots Rouges, un groupe de New Orleans ; le clarinettiste sortait avec la fille du proviseur et les profs respectaient cette musique dixieland. Le rock, c'était un truc de sauvageons. Quant au twist, c'était une danse et rien d'autre...


En fait, tout a vraiment bougé quant Hector, le Chopin du twist, est venu faire un intérim d'études dans le lycée.


On avait jamais vu ça. Un dandy avec des cheveux super longs portant la redingote et vociférant sur des paroles de Jean Yanne à la Screamin' Jay Hawkins.


SJV : Dès 1965, vous créez le groupe Primitiv's au sein du bahut.


LC : Bernard et Marc ont monté les Primitiv's. Bernard venait du New Orleans, il jouait du banjo dans le Rodin'Jazz Band au départ mais bien vite il s'est mis à la guitare électrique. Le premier concert a eu lieu dans la salle de théâtre du lycée. Moi je présentais le spectacle avec des parodies de Nino Ferrer et d'Antoine. Ils jouaient uniquement des reprises des Stones, Yarbirds ou Pretty Things.


Dès le deuxième morceau, le proviseur a quitté la salle, marquant sa désapprobation. Moment culte !



SJV : Noël 1966, c'est le moment du pèlerinage londonien, de rigueur pour tous les frenchies dont les oreilles traînent déjà vers Carnaby Street et sur les disques du Swingin' London. C'est la révélation pour tous les trois ?


LC : Ouais, c'était pas notre premier voyage. On avait l'habitude du train et du ferry pour aller acheter des fringues et des disques à Londres. Je devais en être à mon troisième séjour linguistique consacré principalement à la consommation de films d'horreur de la Hammer (2 par séances) et de concerts au Marquee Club ; à Wardour Street, on avait déjà vu les Move, les Moody Blues, etc...


Mais ce coup là, on a changé de planète et on tombé en plein UFO avec les Soft Machine et Family.


On a croisé Jeff Beck à Chelsea et respiré le parfum de Jimi Hendrix au Zebra Club. Incroyable !!!


J'ai écrit un texte qui relate cet épisode : une nuit à UFO.


SJV : Retour au pays, les Primitiv's sont déterminés à percer, mais le contexte n'est pas le même des deux côtés de la Manche...


LC : Le groupe était maintenant vraiment au point avec Bernard Lavialle toujours au solo, Patrick Fontaine comme bassiste, et un nouveau chanteur, Michel Fillon, tous deux issus de Rodin. Ils écumaient les clubs parisiens et tournaient dans les rallyes mondains. J'ai fait quelques frimes comme chanteur avec eux mais j'avais un trio de jug band. On faisait du folk, des reprises de Ferré Grignard, Dylan, Jim Kweskin et bien sur Hughes Aufray. En plus, je passais mon bac philo et j'allais le réussir en juin 1967. C'était pas une mince affaire : 30% de reçus à l'époque...!


SJV : Tu prends la route des freaks à destination des mystères de l'Orient, des spiritualités de l'Inde et du Népal. Peut-être un souvenir, une émotion sur ce voyage, à l'heure où le pays pleure ses morts et ses ruines ?


LC : Là, tu vas trop vite. Tu oublies le tournant décisif : mai 68 !


J'étais étudiant (droit & lettres) et j'ai vécu ces deux mois avec passion, frénésie, rage et dépit. Tout le monde ne parle que de mai 68. Normal, c'était la fête, l'espoir mais le plus terrible fut juin 68, la déception, la répression, l'évacuation des facs et des usines. En septembre, mon père est mort. Ce fut le second déclic. J'ai décidé d'appliquer le slogan : TOUT, tout de suite, une variante militante du poétique « carpe diem ».


Après, j'ai progressivement abandonné mes études, je me suis mis a écrire, à voyager, Amsterdam, Copenhague, la Turquie, puis le grand saut, la Grande Route jusqu'à Katmandou en 1970.


En voyant les images de la capitale du Népal dévastée, je suis vraiment abattu. J'ai beaucoup de compassion pour les habitants car l'ambiance dans les seventies était vraiment très cool ; aucune agressivité dans ce pays, aucune embrouille contrairement à bien d'autres lieux. Un visa pour la paix ! Je sais que la situation avait changé : surpopulation, pollution, industrie du trek mais dans ma mémoire Freaks'Street vit toujours avec ses temples et sa nonchalance...


SJV : Sur la route, tu écris des chansons que tu proposes à Stisi à ton retour. Quelle est l'idée à ce moment-là, un groupe ?


LC : Non. Simplement l'envie de se retrouver et de composer des morceaux orientaux avec guitare et percussions. Ensuite nous avons pensé à un album concept.



SJV : Composition et improvisation vous mènent sur la voie expérimentale et une sorte de dadaïsme musical. Je suppose que la découverte de Soft Machine à Londres n'y est pas pour rien ?


LC : Nous n'oublierons jamais la nuit passée à UFO, c'est sûr, mais au niveau musical, notre démarche n'a rien à voir avec les Soft Machine (même la première formation, celle avec Kevin Ayers). Les influences sont plutôt coté poésie chez Lautréamont et Tzara, coté politique chez Bakounine et Guy Debord, coté musical, vers la musique indienne, orientale, folk et psyché.


SJV : Il y a plus qu'une proximité avec Soft Machine. Après la séparation de Primitiv's en septembre 1967 et un passage dans l'éphémère groupe Expression, Marc Blanc se joint à Daevid Allen pour fonder Banana Moon, tandis que Stisi effectue son service militaire. En 1969, Allen crée Gong et Blanc, Âme Son. L'aventure dure deux ans, le temps de réaliser l'album Catalyse chez Byg Records et d'emporter l'adhésion du public initié et de la critique. Puis, en 1971, Blanc, Stisi et toi formez Eclosion, l'occasion de créer un son. Comment le définirais-tu ?


LC : Chacun amène ses influences. Marc vient d'Âme Son, tu as résumé son parcours mais il change de registre avec la guitare saturée et la flute planante. Bernard est plus acoustique, folk et oriental avec sa 12 cordes. Moi, j'apporte des bruits, un écho poétique, des percussions dans le lointain, une voix d'outre tombe qui dénonce. C'est un trio original utilisant la langue française. C'était assez rare dans l'underground musical.


SJV : Peux-tu nous raconter la session nocturne qui a vu l'enregistrement de l'album éponyme ? en une prise d'une heure et demie, je crois ?


LC : Non, ça c'est une légende ! On se voyait la nuit parce que Bernard travaillait le jour. Certains soirs, on ne jouait pas. On parlait simplement, quelquefois on faisait des parties de cartes. D'autres fois, on jouait de vieux morceaux Le temps passait, on multipliait les versions différentes de nos compositions. Un soir, on a décidé de boucler l'ensemble. En deux mois, on a enregistré en une prise unique des kilomètres de bande, environ deux heures de musique au total.


SJV : Pourquoi le projet n'aboutit pas à l'époque ?


LC : C'était les années 70. Tu étais dans un trip et le lendemain, tu te branchais sur autre chose. Le truc était réalisé, maintenant il fallait vivre un autre projet.


SJV : Du coup, pourquoi aboutit-il aujourd'hui ?


LC : En grande partie grâce à Serge et à son label qui ressuscite les trésors de l'insurrection musicale underground (1968-1978). Il a bien flashé sur notre démarche, notre concept, le dessin d'Aspic et l'originalité du travail. La nostalgie, camarade...


Mais pour être totalement concret, il reste encore de quoi sortir un autre vinyle. Avis aux amateurs éclairés !!!


 


Merci Léon Cobra et longue vie au Tréponème Bleu Pâle.


Courrez acheter l'album collector d'Eclosion, en vente chez Monster Melodies, 9 rue des Déchargeurs à Paris, quartier des Halles.

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