
Manowar
Kings of Metal
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Chronique risquée pour public compréhensif - Hot Take dirait-on en 2026, unpopular opinion en 2025 : je ne crois pas que Kings of Metal soit le banger qu’il prêtant être.
Je m’inscris ainsi en faux avec à la majeure partie du public de Manowar qui voit dans ce sixième album du combo, une machine de guerre metallique capable de faire triompher avec steel la geste du True Metal (sans savoir à l’époque, que le grunge attendait patiemment son tour pour ringardiser en un claquement de doigts les vikings de la Baie d’Hudson). Un public qui regarde la discographie du groupe comme une progression culminant avec le couronnement des rois du Metal au son d’hymnes surproduits, débordant de puissances et d’hormones comme un bœuf blanc bleu belge au seuil de la fièvre aphteuse.
Ma position n’est pas non plus très originale : les puristes parmi les purs, ceux pour qui Manowar se résume aux quatre premiers albums, considèrent que le groupe s’était déjà fourvoyé avec Fighting the World (1987) en adoptant des accents FM tout en manquant d’inspiration lors des moments épiques. Le mal nommé Kings of Metal ne serait alors qu’un pas de plus dans la décadence d’un combo devenu la caricature de lui-même.
Il faut néanmoins être honnête en reconnaissant à l’album plusieurs titres remarquables. L’enthousiasme n’est pas feint face à l’énergie contagieuse du refrain d’"Hail and Kill", de ses chœurs virils et de sa ligne de guitare à la mélodie imparable. Même son introduction arpégée (dans le style de "The Trees" de Rush) et son riff musclé (à l’image du groupe) ont quelque chose d’addictif. Plus loin, les lancées guitaristiques qui inaugurent l’épique "Blood of the Kings" annoncent une épopée de plus de sept minutes mais, même si les plans sont très efficaces, la longueur s’explique surtout par sa répétitivité et par un final interminable de deux minutes.
D’autres pièces ne manquent pas de charmes, à défaut d’originalité, même s’il est vrai qu’elles compensent souvent le manque d’inspiration par des effets de style bombastiques. Car en définitive, "Kings of Metal" ne fait que croiser le riffing de Judas Priest période British Steel (1980) à celui d’AC/DC, tandis que "Wheels of Fire" se saisit du thème éculé des grosses cylindrées (ronflement de moteur introductif en prime). Certes, le morceau est prenant et son refrain aguicheur, mais était-il judicieux de revenir à ce sujet déjà vu et revu que Saxon mettait en musique en 1981 ? Ne pouvait-on pas trouver plus original, vingt ans après l’hymne de Steppenwolf, que de mettre au goût du jour la passion des motos dans un registre metallique à la limite du Thrash sans grande inventivité ?
Du reste, nous sommes assez peu émus par les orchestrations kitsch d’"Heart of Steel", une ballade aux mélodies faciles et dépourvue de dynamisme, qui a néanmoins le mérite d’apporter un peu plus de tendresse que l’immonde "Pleasure Slave", un midetempo sordide dont la misogynie crasse peine à faire sourire, même avec un sens aigu du second degré. L’Europe y avait heureusement échappé à l’époque puisque le morceau n’apparaissait pas sur les éditions du vieux continent. Moins grave, la gêne est d’ordre esthétique à l’écoute du très FM "Kingdom Come" qui dépasse de loin les errements du genre audibles Fighting the World (1987) – à la limite, nous entendons qu’il puisse rester un plaisir coupable.
Comme toujours, DeMaio souhaite faire une démonstration de virtuosité. Cette fois-ci, il reprend Korsakov sur "Sting of the Bumblebee" : cet instrumental, bien qu’impressionnant, n’a comme seule utilité d’informer qu’il était possible de jouer du surf rock à la basse. Ceux qui y trouveront de l’intérêt devraient peut-être écouter Emerson Lake & Palmer pour apercevoir comment il était possible de rendre pertinent le mélange des genres avec les musiques savantes. Enfin, Kings of Metal produit un sentiment d’ennui lors du titre entièrement narratifs et interminablement répétitifs comme "The Warriors Prayer" voire même de "The Crown and the Ring (Lament of the Kings)", où la grandiloquence épique des claviers, des cloches et des chœurs n’y fera rien.
La critique peut sembler sévère au sujet d’un album qui est loin d’être une catastrophe, et qui s'avère même plutôt convaincant sur la moitié des compositions. Néanmoins, il est très loin d’être suffisant pour qualifier ses auteurs de rois du Metal, malgré le couronnement du succès populaire à sa sortie. Ou alors, il devient urgent d’instaurer une république, d’autant plus qu’à sa sortie, Ross the Boss est honteusement renvoyé par DeMaio après huit années de bons et loyaux services.
À écouter : "Hail and Kill", "Blood of the Kings", "Kings of Metal", "Wheels of Fire"


















