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Critique d'album

A$AP Rocky


Long.Live.A$AP


(15/01/2013 - RCA - - Genre : Autres)
Produit par

1- Long Live A$AP / 2- Goldie / 3- PMW (All I Really Need) / 4- LVL / 5- Hell / 6- Pain / 7- Fuckin' Problems / 8- Wild For The Night / 9- 1 Train / 10- Fashion Killa / 11- Phoenix / 12- Suddenly / 13- Jodye / 14- Ghetto Symphony / 15- Angels / 16- I Come Apart
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Le renouveau du hip-hop. Le renouveau de la pop?"
Pierre D, le 04/03/2013
( mots)

Du hip-hop sur Albumrock? À vrai dire on ne pensait pas en arriver là, d'autant qu'A$AP Rocky ce n'est pas exactement du rap "rocko-compatible" à la Beastie Boys mais du hip-hop à 100%. Mais lorsqu'on s'aperçoit de l'ambition et de la portée d'A$AP Rocky avec cet album, à savoir révolutionner le hip-hop en toute humilité, on se dit qu'il serait bon d'y jeter une oreille pour savoir s'il n'y aurait pas là de quoi faire avancer un peu la pop en général qui saute de revival en revival et cherche désespérément un électrochoc salutaire qui la réveillerait un peu. On sait que des pistes existent du côté du renouveau du metal (Mastodon, Baroness, Kylesa, etc.) et peut-être y a-t-il aussi des choses à écouter en hip-hop.

On parle généralement d'A$AP Rocky pour des considérations ne touchant que très peu à la musique, et il faut bien dire qu'il a un peu encouragé cette tendance. Il est repéré en 2011 avec sa mixtape Live.Love.A$AP assemblée de manière non-officielle par un fan français. Sur la foi de cette quinzaine de titres, A$AP Rocky signe un contrat de 2 ans avec Sony pour la modique somme de 3 millions de dollars. On tient peut-être ici la principale raison de la hype qui peut entourer le jeune rappeur. Il est propulsé sur la scène médiatique sur la base d'aspects extra-musicaux, dès lors la presse s'intéresse peu à sa musique mais trouve avec lui le conte rabâché de l'ancien vendeur de drogues sauvé par la musique et les apparitions auprès de gens suscitant encore plus l'hystérie médiatique que lui (au hasard Lana Del Rey).
Mais outre cela, écouter la mixtape Live.Love.A$AP c'est se trouver face à un ensemble à la cohérence absolument sidérante, d'autant que les titres le composant ont été assemblés officieusement par un fan. Passés les singles découverts sur Internet ("Purple Swag", "Peso", "Wassup") le reste du disque se révèle passionnant dans son atmosphère cotonneuse parfaite pour la voix nasillarde et traînante d'A$AP Rocky qui se balade avec une aisance impressionnante entre les instrumentaux triomphants ("Palace") et les clubs enfumés éclairés par un saxophone lancinant ("Keep It G"). Fort de ce premier coup d'éclat, le rappeur justifie alors un peu mieux l'aura dont il est entouré. Le problème c'est qu'il a ensuite mis beaucoup de temps à sortir son album. En attendant on a pu le voir entre 2011 et 2013 à des défilés de haute couture, dans un clip de Lana Del Rey ("National Anthem"), en featuring avec Rihanna ou propulsé nouvelle icône de la mode. Pendant tout ce temps on a pu se demander si le type qui s'était autoproclamé "Pretty Motherfucker" n'était pas simplement le porte-manteau le plus cher de l'Histoire.

Sauf qu'après divers reports de date, arrive enfin le premier véritable album d'A$AP Rocky en ce début 2013. Le choc est immense et justifie entièrement l'attente. Le titre d'ouverture "Long Live A$AP" plonge dans un bain d'inquiétude où surnage un écho fantomatique: "Who says you can't live forever lied". Après plusieurs années de gangsta rap décérébré on avait fini par oublier que le hip-hop pouvait faire naître des ressentis et des émotions, comme au temps du mythique Enter The Wu-Tang (36 Chambers) du Wu-Tang Clan. Le flow d'A$AP Rocky abandonne le seul credo du jeune rappeur méga cool trop swag sous codéine et dévoile des subtilités inédites. La route avait été pavée par le single "Goldie" envoyé en éclaireur : un instrumental fait de sifflotements immédiatement mémorisables, un flow enthousiaste et un refrain en distorsion vocales, un tube évident.
On comprend alors que la dynamique qui sous-tend Long.Live.A$AP est inverse à celle de Live.Love.A$AP. La mixtape visait à développer un ensemble cohérent alors que l'album multiplie les ambiances, sautant du coq à l'âne d'un morceau à l'autre, pour en montrer autant que possible, comme une démonstration de force et de talent. On voit mieux l'intérêt du nombre impressionnant de producteurs ayant travaillé sur le disque : A$AP Ty Beats, Birdy Nam Nam, Clams Casino, Danger Mouse, Hit-Boyt, Skrillex, 28 producteurs au total. À des singles aux refrains fédérateurs ("Goldie", "Fuckin' Problems") succèdent des titres plus difficiles d'accès. "LVL" envoie à la face de l'auditeur un bourdonnement de synthétiseurs pour ce titre invertébré qui se passe de refrain et flotte simplement en accueillant le flow d'A$AP Rocky. Ce dernier peut réellement poser sa  voix sur toute musique, la preuve avec "Wild For The Night" produit par l'empereur du dubstep Skrillex qui sature l'espace de stridences synthétiques et de tambours militaires, car ici on fait une soirée en boîte comme d'autres font le Vietnam. Après ce titre novateur vient "1 Train", peut-être la chanson rap la plus classique de l'album, un moment dramatique soutenu par des violons, sans refrain, pendant que se succèdent derrière le micro A$AP Rocky, Kendrick Lamar, Joey Bada$$, Yelawolf, Danny Brown, Action Bronson et Big K.R.I.T. "Hell" constitue un autre temps fort, un instru étouffant et grandiloquent d'où émerge la mélodie étincelante et mélancolique assurée par Santigold.

Tout le long du disque, A$AP Rocky traîne son flow avec une souveraine décontraction. À l'aise sur la frénésie dubstep comme dans les atmosphères vaporeuses, il se balade, impérial. Avec ce royal je-m'en-foutisme il paraît toujours détaché et retombe pourtant parfaitement sur le beat, goguenard et détendu, clamant qu'il est le branleur le plus talentueux de sa génération. L'évidente obsession du rappeur pour le drapeau américain qu'il arbore en tenture, sur les épaules voire sur la tête illustre son ambition d'entrer dans l'Histoire. "I wonder if they miss me, as long as I make history" rappe-t-il sur "Long Live A$AP". C'est cette ambition immense qui fait la variété réjouissante de Long.Live.A$AP. A$AP Rocky vient de Harlem mais entend mettre un terme au régionalisme hip-hop qui consiste à revendiquer le son de sa zone géographique. Cette segmentation a pu faire naître la fameuse division entre raps East Coast et West Coast, résumée par un ami : "des instrus chiants avec des samples Soul ou des conneries dans ce genre pour se la jouer bon goût" à l'Est et "des gros instrus faits pour être passés au volant d'un cabriolet monté sur suspension hydrauliques" à l'Ouest. A$AP Rocky envoie valser toutes ces distinctions. Il prend acte que les BPM ont ralenti en même temps que les cerveaux à Houston sous l'influence du purple drank (mélange de codéine, de prométhazine et de boisson soft) pour faire naître la Screw music avec vocaux distordus et basses éléphantesques. Ce n'est cependant qu'un aspect de sa musique qui elle plonge dans le purple drank mais aussi dans la poisse urbaine new-yorkaise ou l'ivresse nocturne des raves gavées de dubstep et d'electro. A$AP Rocky a une visée globalisante et présente le plus de facettes musicales possibles comme autant de pistes pour le hip-hop et peut-être la pop de demain.

Cette croyance absolue en ses capacités, A$AP Rocky l'étale en interviews. Avec des déclarations comme "Je représente tous les marginaux", "Je veux faire de la nouvelle musique, avec de nouveaux sentiments" (A$AP Rocky, le rap de demain n'attend pas par France Ortelli et Grégoire Fleurot, publié le 22 janvier 2013 sur Slate http://www.slate.fr/story/67483/asap-rocky) le jeune rappeur revendique une place sur le podium. Le problème est que si musicalement il se montre à la hauteur de ses prétentions, niveau textes ça ne suit pas du tout. Long.Live.A$AP est une succession de banalités et de clichés hip-hop totalement rétrogrades. "I love bad bitches, that's my fuckin' problem/ And yeah I like to fuck, I got a fuckin' problem" ("Fuckin' Problems"), "Pussy, money, weed/ Is all a nigga need" ("PMW (All A Nigga Need)"), "It feels good wakin' up, some money in the bank/ Three model bitches, cocaine on the sink" ("Goldie"). Ma bite est plus grosse que la tienne, ma voiture est plus rapide que la tienne, mes biatches sont plus bonnes que les tiennes, etc. Et quand ses textes ne donnent pas dans l'egotrip simpliste et misogyne, A$AP Rocky se contente d'un name-dropping concentrant les marques de fringues et les couturiers qu'il affectionne : "I see your Jil Sanders, Oliver Peoples/ Costume National, your Ann Demeuelemeester/ See Visvim be the sneaker, Lanvin or Balmain" ("Fashion Killa"). Soyons clairs, personne n'exige du hip-hop qu'il soit une musique consciente, intelligente et porteuse d'un message quand le rock 'n roll se passe très bien de ces qualités. Le problème vient ici plutôt du décalage entre les déclarations péremptoires et les textes d'un rappeur qui affirme que "les choses qui intéressent les autres rappeurs ne (l') intéressent pas" (in Slate, voir ci-dessus) pour venir se vautrer dans la seconde qui suit dans les lieux communs totalement crétins du rap. A$AP Rocky prétend révolutionner le hip-hop et s'en sort plutôt bien musicalement, lui reste encore à sortir de l'ornière "money, guns, bitches".

Long.Live.A$AP ne révolutionne pas la pop, c'est certain. Mais en organisant avec talent la collision de nombreux styles musicaux tout en conservant la cohérence des chansons, A$AP Rocky donne peut-être des pistes pour renouveler l'inspiration des musiciens pop, et pas seulement des artistes œuvrant pour le hip-hop. La fusion de la fin des années 80 et des années 90 tournait généralement à la confrontation des différents genres sans qu'ils se rencontrent réellement : funk, rock, rap, metal, electro, etc. A$AP Rocky tente au contraire de fondre les éléments qu'il emprunte ici et là en une matière nouvelle qui reste néanmoins du hip-hop. Jusqu'au prochain album ?

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2000. Après deux albums beaucoup plus bruts de décoffrage, Deftones sort son magnum opus, White Pony, considéré par beaucoup comme l’un des sommets indépassables de ce curieux courant musical aujourd’hui moribond qu’est (que fut ?) le nü métal, fruit de cette improbable alchimie entre les guitares ultra-distordues à la Meshuggah qu’affectionne Stephen Carpenter et la new wave des The Cure, Duran Duran et autres Bad Brain dont raffole Chino Moreno, lequel met dès lors un point d’honneur à tempérer ses hurlements par des phases chantées en apesanteur. Cette union des contraires permet au gang de Sacramento de survivre dignement alors que les Korn, Limp Bizkit, Incubus et autres Linkin Park mordent successivement la poussière, de gré ou de force. Vingt ans plus tard, que reste-t-il de la verve deftonienne, de cet entre-deux si saisissant, de cette bouillonnante association de talents ? Eh bien force est de constater que la machine infernale californienne fonctionne du feu de Dieu, et ce ne sont ni le précédent Gore, ni l’actuel Ohms qui viendront démentir cette affirmation, bien au contraire.

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