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Critique d'album

Arctic Monkeys


The Car


(21/10/2022 - Domino Recordings - British indie - Genre : Rock)
Produit par James Ford

1- There'd Better Be A Mirrorball / 2- I Ain't Quite Where I Think I Am / 3- Sculptures Of Anything Goes / 4- Jet Skis On The Moat / 5- Body Paint / 6- The Car / 7- Big Ideas / 8- Hello You / 9- Mr Schwartz / 10- Perfect Sense
Note de 3/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Objet identifié "
Julien, le 03/11/2022
( mots)

Impossible de s'attaquer à la chronique de ce septième album des Arctic Monkeys sans, au préalable, jeter un rapide coup d'œil dans le rétroviseur sur les dernières productions de Alex Turner. The Car est la résultante d'un sentier que Turner a ouvert en 2016, aux côtés de son comparse Miles Kane, avec l'album Everything You've Come Expect de leur groupe The Last Shadow Puppets. Un disque qui voyait le chanteur britannique s'orienter, pour la première fois, vers des morceaux où la production faisait la part belle à l'amplitude vocale et à l'épaisseur des orchestrations toutes en cordes au détriment des riffs distordus des guitares. Des compositions taillées pour une interprétation dans un esprit crooner, typique des années 60-70, que Turner incarnera en live, non sans excès, se créant ainsi une personnalité scénique en adéquation avec sa mutation musicale.  Du côté des Arctic Monkeys, la suite du brillant AM se fait attendre. Longuement. Elle arrivera finalement en 2018 et, comme souvent avec la bande de Sheffield, le changement de direction est radical. Presque trop avec Tranquility Base Hotel and Casino qui reprend donc les codes vocaux déroulés par Turner deux années auparavant mais greffés à une musique pop et finalement un brin snobinard. Un disque que quelques écrits de presse qualifieront d'Hitchcockien : comprenez par-là qu’il ouvre vers une musique cinématographique que l'on retrouve sur l'album qui nous intéresse aujourd'hui.
The Car sera donc le fossoyeur de la chimère qui verrait les quatre anglais nous proposer un AM 2.0. 


Pour la première fois depuis leur début, les Arctic Monkeys enchaînent deux albums au propos musical similaire. Deux raisons à cela : la première, évoquée plus haut, est d'en finir définitivement avec le rock organique pour affirmer un peu plus ce virage musical que certains appellent "maturité". La seconde est que les Britanniques veulent faire passer leur précédent effort : Tranquility Base Hotel and Casino (TBHC) pour autre chose qu’un acte manqué et exclusivement prétentieux.  


Pour corriger cet écart, le groupe fait le choix de redonner de l'espace aux guitares. Jamie Cook retrouve enfin de quoi laisser son instrument s'exprimer. On recroise sur The Car des riffs et solos dignes de ce nom, ceux-là même que TBHC avait allégrement méprisés. On pensera à la seconde moitié, très réussie, du single "Body Paint" ou encore la sortie du titre éponyme "The Car". Est-ce suffisant pour parler d'une boucle bouclée qui serait la parfaite contraction des aspirations musicales d'hier et d'aujourd'hui du groupe Sheffield ?
Clairement non, comme son prédécesseur ce nouvel album tourne le dos à l'ADN rock pour reprendre les codes de TBHC : rythmique lente, redondance et excentricités vocales. A nouveau, le chant de Turner en fait des caisses et devrait sans doute en exaspérer plus d'un… (Voir ici "Jet Skis On The Moat" titre entièrement dévoué au phrasé tyrannique du chanteur britannique). Pour autant, parmi les minauderies et autres phrasés démembrés, le chant laisse entrevoir une belle et étonnante surprise quand Alex Tuner s'aventure dans les octaves hauts perchés. Des prises de voix élégantes, sensibles, et tangibles à l'image des notes conclusives de "There'd Better Be A Mirrorball" à la douceur caressante. 


Choisi comme premier single, "There'd Better Be A Mirrorball" pose dès l'introduction les intentions de l'album où piano et cordes s'apparentent au générique d'un film avant que trois accords saccadés n’ouvrent un décor entièrement dédié à l'époque seventies : mur orange, col pelle à tarte et cigarette sans filtre. Une ambiance agrippante d'un bout à l'autre de la galette, rendue perceptible grâce à l’omni présence de la section cordes et une orchestration capable de sublimer les passages instrumentaux comme sur un "Big Ideas" aux allures d'une déchirante dramaturgie romantique. A l'inverse on regrettera la surabondance de violons pleurnichards sur le titre "The Car" quand le choix du minimalisme des seules arpèges de la guitare acoustique aurait eu tant de charme. Cette orchestration incessante donne des allures redondantes au contenu de l'album mais aussi aux idées de son auteur et "Hello You" renvoie immédiatement au second effort de The Last Shadow Puppets.
De fait , "Mr Schwartz" est réjouissant de par la simplicité et la douceur mélancolique de son dessin musical sobre et fin à la fois où les quelques notes de cordes présentes n’ont pour seul but d’apporter un surplus de profondeur discrète. Une forme de retenue bienvenue tant elle se fait rare sur la galette.
Enfin pour percevoir le son de l'innovation, il faut se tourner à nouveau vers les guitares avec des morceaux qui regardent du côté du funk comme "Jet Skis One The Moat" et surtout le très bon "I Ain't Quite Where I Think I Am". Un morceau qui dégage un souffle chaleureux incarné par ses effets de wah-wah, accents épicés d'un titre sexy. Un registre qui se mêle astucieusement aux articulations vocales une nouvelle fois empesées de Turner. 


Les Arctic Monkeys ont musicalement choisi d'avancer en remontant le temps. Un postulat lancé il y a quatre ans sur Tranqulity Base Hotel and Casino. Comme son prédécesseur, il se dégage de The Car une certaine frustration dans sa propension à tourner le dos au rock originel du groupe au profit de choix de compositions parfois douteux et désorientant : à l'image du néant intégral contenu dans la piste "Sculptures Of Anything Goes". Pour autant ce nouvel opus recèle de nombreuses qualités notamment la brillante réintroduction de la guitare au centre des débats, la proposition réussie de morceaux aux inspirations funk ou encore l’aptitude de Turner à exceller dans ses prises vocales en falsetto. Surtout, ce disque a une incroyable capacité à générer, et transporter l'auditeur, dans une ambiance singulière rendue tangible grâce à l'orchestration qui malgré des temps de présence parfois excessifs, donne à l'album une allure de film auditif. On se contentera aisément de résumer cette production comme un bon disque à mi-chemin entre le scandale outrageux et le génie artistique vendu par certains médias.  


A écouter : "There'd Better Be A Mirrorball" ; "I Ain't Quite Where I Think I Am" ; "Mr Schwartz"


 

Commentaires
Crevette, le 14/11/2022 à 15:10
Client d'Arctic Monkeys, surtout dans mon adolescence, je dois admettre que j'apprécie beaucoup leur virage. A l'époque, j'étais complètement passé à côté de Suck it and see et AM, pour les retrouver sur un TBHC qui ne m'avait pas laissé indifférent. Mais là, franchement, l'album est éclatant. Il nécessite plusieurs écoutes sans doute. La note me paraît trop basse par ailleurs. Je suis d'accord avec MaximelAR sur la comparaison avec Bowie. Sur le titre Body Paint, c'est flagrant. Bref, qu'ils continuent comme ça. Probablement un des albums de l'année pour moi
Ben, le 03/11/2022 à 20:52
C'est leur KID A ! Et cela leur va à merveille
MaximelAR, le 03/11/2022 à 19:14
Complètement d’accord avec ta chronique. De vrais beaux moments (cette guitare funky à la Bowie sur le second titre, les réminiscences eighties ailleurs). J’aurais même rajouté un demi-point ! Et puis le visuel est très réussi aussi. C’est en tout cas très nettement au-dessus de Tranquility me concernant.