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Critique d'album

Kevin Coyne


Marjory Razorblade


(10/10/1973 - Virgin - - Genre : Rock)
Produit par

1- Marjory Razorblade / 2- Marlene / 3- Talking To No One / 4- Eastbourne Ladies / 5- Old Soldier / 6- I Want My Crown / 7- Nasty / 8- Lonesome Valley / 9- House On The Hill / 10- Cheat Me / 11- Jackie And Edna / 12- Everybody Says / 13- Mummy / 14- Heaven In My View / 15- Karate King / 16- Dog Latin / 17- This Is Spain / 18- Chairman's Ball / 19- Good Boy / 20- Chicken Wing / 21- Lovesick Fool / 22- Sea Of Love
Note de 5/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Une satire tranchante comme une lame de rasoir pour un double album culte"
Quentin, le 14/10/2023
( mots)

Marjory Razorbalde est certainement l’album le plus connu de Kevin Coyne, ancien infirmier psychiatrique devenu musicien de folk et débutant une longue carrière solo au début des années 1970. Revendiquant son appartenance aux marges du fait de son origine ouvrière et de son parcours atypique, Coyne est l’archétype de l’artiste dont la musique n’a pas rencontré le succès escompté. Il se voit néanmoins aujourd’hui réhabilité compte-tenu de son importance pour nombre d’artistes contemporains qui ont allégrement puisé leurs influences dans son répertoire.


Il faut dire que cet imposant double album, qui succède au premier opus Case History et qui signe son arrivée sur le tout jeune label Virgin (seconde signature après Mike Oldfield), n’est pas des plus faciles à appréhender. C'est peu de dire qu'il nage à contre-courant des modes du moment que sont le glam, le prog et le hard-rock des années 1970. Collection de vingt chansons abordant des histoires d’aliénation et d’addictions tirées directement de son passé, Kevin Coyne dépeint les situations et les tranches de vie de gens ordinaires. Armé de sa voix nasillarde et chevrotante si caractéristique, à mi-chemin entre Captain Beefheart et Van Morrison, il distille ses récits de manière archaïque en étant tour à tour satirique, mélancolique et plein de compassion pour la galerie de personnages qui habitent son album. Cet humour belliqueux constituera d'ailleurs l'une des marques de fabrique de Kevin Coyne tout au long de sa carrière, tout comme son attachement à dénoncer les injustices commises envers les personnes atteintes de troubles mentaux et les lacunes de leur prise en charge sociale.


Musicalement, Marjory Razorblade est un album de folk brut mâtiné de blues, majoritairement acoustique, auquel le bluesman Gordon Smith vient apporter sa maîtrise de la slide guitar afin d’ajouter davantage d’habileté technique aux différents titres folk, bluesy ou composés dans une veine plus rock qui se succèdent sans respiration. Mais c’est surtout pour ses textes que l’album est remarquable, davantage que par sa technicité instrumentale ou ses arrangements raffinés (inexistants à vrai dire), Kevin Coyne revendiquant d’ailleurs une forme très primitive de jeu à la guitare, l'instrument couché sur les genoux, la main gauche barrant le manche avec le pouce et la main droite matraquant la rythmique.


Kevin Coyne distille donc sur près d’une heure et vingt minutes son univers excentrique et son blues crasseux sans jamais accorder la moindre concession ou brosser l’auditeur dans le sens du poil. En témoigne l’ouverture éponyme a capella qui aura fait fuir plus d'un auditeur et les différents développements surréalistes de "Karate King" et sa voix trafiquée, les accords dissonants de "Dog latin" sur le déclin du culte catholique, les louanges moqueurs de "Good Boy" ou le récit mouvementé des vacances d’un touriste britannique au bord de la Méditerranée avec "This is Spain".


Au rang des titres les plus percutants, on retiendra le tube qui n’en aura pas été un, "Marlene" qui emporte l’adhésion par sa sonorité de clavier retro et son solo de guitare électrique grésillant, le mélancolique "Old Soldier" porté par un refrain touchant, les arpèges délicats de "Everybody Says" où Coyne fait part de sa frustration concernant son manque de succès ou encore l’excellent "Eastbourn Ladies" et sa satire des bourgeoises d'un certain âge qui suscitera l'admiration de Johnny Rotten des Sex Pistols. Et bien évidemment, comment oublier le poignant "House on the Hill" qui témoigne des conditions de vie aliénantes en établissement psychiatrique.


Kevin Coyne aurait assurément pu être un artiste commercial majeur des années 1970. L’anecdote raconte d'ailleurs qu’à la mort de Jim Morrison, Jac Holzman, le patron d’Elektra, lui a proposé de devenir le chanteur des Doors, proposition alors refusée par Coyne sous prétexte que ce dernier n'était pas fan des pantalons en cuir... Son credo, on l'aura compris, c’est de chanter la vie des junkies, des ex-taulards et des clochards (Johnny Rotten n'est pas fan pour rien). Fidèle à cette ligne de conduite, le troisième album de Kevin Coyne, Blame it on the Night, paru l'année suivante, reste encore aujourd'hui pratiquement introuvable et donc globalement méconnu. La suite, on la connaît : près de 35 années d'activités, pas loin d'une quarantaine d'albums, des engagements politiques et sociaux forts mais également de profonds épisodes de dépression et de dépendance à l’alcool qui nourriront une fin de carrière chaotique. Le bluesman anglais s'éteindra d'une fibrose du poumon en 2004 en Allemagne, sa terre d'adoption.


Kevin Coyne reste l'une des voix les plus emblématiques du blues-folk anglais, sans pareil pour décrire la folie, la marginalité ou la solitude avec toujours cet humour acerbe parfaitement retranscris dans ce Marjory Razorbalde qui reste assurément l'une de ses œuvres les plus poignantes. 

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Moyen
Bon album
Très bon album
Coup de coeur
Excellent
Culte
Groupe

Kevin Coyne


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Fearless


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