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Chronique Cinéma

Control


Réalisateur : Anton Corbijn Avec : Sam Riley, Samantha Morton, Alexandra Maria Lisa Durée : 119 minutes Sorti le : 26 Septembre 2007 Distribution : La Fabrique de Films

"Le destin tragique du chanteur de Joy Division sous la caméra d'Anton Corbijn"
Maxime, le 25/09/2007
( mots)

Dans la constellation des comètes qui ont traversé la galaxie rock, l’astre Ian Curtis brille d’un éclat particulier, aussi ténu qu’aveuglant. Le chanteur de Joy Division n’a pas eu le triste honneur de voir son portrait floqué sur les T-Shirt des adolescents de la planète, contrairement à feux Kurt Cobain ou Jim Morrison. Pourtant, le bonhomme a coiffé tout le monde au poteau, Hendrix, Joplin et les autres, en n’enregistrant que deux albums et en s’éteignant à 23 ans, là où la moyenne se situe plutôt aux alentours des 27 printemps. Figure floue, évanescente, à la douleur inaccessible, comme l’est celle de toutes les rock-stars foudroyées dans leur jeunesse, Curtis est justement cet être à la fois lointain et à la présence incroyablement proche, présence rendue tangible par sa musique froide et désenchantée, qui paradoxalement brûle l’âme de par son acuité et son ardeur. Un personnage aux contours incertains, impossible à résumer en un slogan, à fixer dans une époque ou un mouvement musical particulier. Ce qui fait sa force comme sa beauté. Et pourtant, sa musique n'a cessé de frapper les esprits depuis 1977. Trente ans après, on écoute encore du Joy Division, sans parfois le savoir, à travers ses ersatz contemporains (Interpol, quelqu’un ?).

Après Jim Morrison (The Doors de Oliver Stone) et Kurt Cobain (Last Days de Gus Van Sant), c’est ainsi au tour du prophète post-punk de se voir fixé sur pellicule par Anton Corbijn, qui s'attele pour la première fois à la réalisation d'un long-métrage. L’association tombait sous le sens, Joy Division étant l’un des premiers groupes à être photographiés par le jeune Corbijn, alors fraîchement débarqué des Pays-Bas en pleine Angleterre. Depuis, l’épopée tragique du quatuor de Manchester n’a cessé de hanter le futur réalisateur, lui qui, au grès de ses travaux pour U2, R.E.M., Depeche Mode ou The Killers, n’a semble-t-il cessé d’en traquer les fantômes à travers ses succédanés plus ou moins talentueux. Soyons honnêtes, la perspective d’une telle affiche rebutait un peu. On connaît les travaux de ce fils de pasteur hollandais, son noir et blanc crado-glamour, sa propension à convoquer des figures christiques à outrance, ses clichés déifiant à tous vents ses sujets, ses vidéos à l’esthétique parfois pesante, œuvre parfaitement résumé dans le volume de l’excellente collection Work Of Directors qui lui était consacré.

Cependant le film fait voler ces doutes en éclats. Jamais Corbijn ne sombre dans ses délires plastiques, jamais il ne sacrifie le fond à la forme, jamais il ne s’englue dans les méandres du biopic linéaire et du cabotinage agaçant. Control a su éviter les pièges dans lesquels ont sombrés Ray ou, à moins forte raison, Walk The Line. Control n’est pas une machine à Oscar. C’est tout simplement un film magnifique qui transcende son sujet. Corbijn ne passe pas son temps à élever Curtis au rang d’icône, peu lui importe. Tout est filmé à hauteur d’homme, avec une incroyable justesse et une économie rare.

Le film se déroule en fait comme un immense flash-back, s’ouvrant sur un Curtis prostré, à quelques minutes de commettre l’irréparable, avec en tête cette question lancinante : "L’existence, quelle importance ça a ?" Control va ensuite déplier, un à un, la succession d’évènements qui présidera à ce questionnement tragique, de la naissance du groupe alors qu'il s'appelait encore Warsaw au suicide de Curtis en 1980. Mais cette existence, Corbijn s’emploie à montrer qu’elle ne diffère pas de celle de n’importe quel autre lad de Manchester obsédé par la musique. D'ailleurs, Curtis est difficilement réductible à l'habituel cliché de la rock star maudite, gavée de drogues et multipliant les frasques. Le film téléscope trois aspects de sa vie qui ne cessent de s'entrecroiser : sa petite existence rangée partagée entre un job à l'ANPE locale et une vie maritale précoce, son activité musicale ponctuée de transes scéniques et marquée par la rencontre avec une journaliste belge qui deviendra sa maîtresse, et enfin son combat contre l'épilepsie qui lui interdit toute consommation d'alcool ainsi qu'un traitement médical des plus contraignants. Ces trois dimensions vont se resserrer comme un étau sur le chanteur qui va s'isoler progressivement du reste du groupe et s'avèrer de plus en plus incapable de faire face à ce destin trop lourd pour lui. La grande force du film est de ne jamais rendre la trajectoire de Curtis exceptionnelle mais au contraire de la circonscrire dans son quotidien immédiat, comme une matrice reproductible pour d’autres trajectoires de vie, en témoignent ces belles premières scènes où l’on voit ce que c’est que d’être fan de rock dans les années 70, avec tous ses petits rituels : acheter son vinyle, en scruter la pochette, poser le disque sur sa platine et écouter la cigarette aux lèvres. Cette attention portée aux détails, cette minutie dans la reconstitution d’une cette Angleterre prête à basculer en pleine ère punk, cette période charnière si essentielle, font que Control transcende les frontières habituelles du biopic lambda. Ce goût de la retenue culmine dans cette formidable scène ou le groupe se prend la claque Sex Pistols en pleine face. Plutôt que de véhiculer le cliché habituel (Johnny Rotten s’époumonant au micro), Corbijn choisit d’en montrer le contrecoup à l’aide d’un remarquable panoramique sur les visages hébétés des protagonistes. Souci d’authenticité et filmage au plus près des hommes, toute la grâce de Control est ici résumée.

A ce titre, il convient de louer la performance des acteurs et en premier lieu celle de Sam Riley, qui ressemble à un mix entre Ian Curtis et Pete Doherty, s’éloignant du mimétisme stérile sous les traits d’un visage qui sait rester proche du modèle tout en restant contemporain. Aussi brillant dans les scènes intimes que les reconstitutions de concerts (où l’on sent vraiment ce mélange d’extase et d'atonie qui rendit les apparitions de Curtis si particulières), Riley crève véritablement l’écran. Ses comparses ne sont pas en reste et forment une galerie de personnages hauts en couleur dans un film en noir et blanc. Leur accent cockney à couper au couteau et leurs réparties cinglantes (dont un savoureux running gag sur les Buzzcocks, le groupe phare de la scène Manchester de l’époque) confère à l’ensemble un humour constant qui empêche le métrage de chavirer dans le tragique pesant. Les extraits musicaux sont de même très bien amenés, les influences majeures convoquées (Lou Reed, Bowie…) et les titres phares replacés dans leur contexte. Et quand vient l’inéluctable suicide, Corbijn a la pudeur de le maintenir hors-champ pour lui préfèrer un dernier plan élégiaque montrant une fumée noire s'élever sur un ciel nuageux.

Corbijn se réapproprie ainsi somptueusement un matériau lourd à la base (une histoire très médiatisée à laquelle il a participé comme témoin, l’adaptation d’une biographie écrite par la femme de Curtis) pour en faire un objet qu’il serait stupide de réserver aux seuls inconditionnels de Joy Division. En plus d’être le film de l’année pour tout rocker qui se respecte, Control reste surtout la délicieuse découverte d’un remarquable réalisateur. Derrière cet hommage à un musicien précieux et une époque révolue, on assiste à la naissance d’un conteur de talent. Ce qui fait de Control une double réussite.

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