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Chronique Livre

De la culture rock


Auteur : Claude Chastagner
Editeur : P.U.F.
Date de sortie : septembre 2011
""Tous les faiseurs de fric, les escrocs promoteurs Me font de grands sourires, je reste franc-tireur : Je suis rocker, je suis roller. Je chante ce que je veux à l'instant où je le veux.""
Christine, le 09/01/2012
( mots)
Difficile de faire la chronique d'un ouvrage aussi dense , mais il nous a semblé incontournable d'écrire quelques mots sur cet opus de Claude Chastagner, qui ouvre une troisième voie au désormais classique débat :" le rock c'est la révolte contre le système" vs "le rock est récupéré par le système".
Ce professeur de civilisation américaine, auteur de La Loi du rock : ambivalence et sacrifice dans la musique populaire anglo-américaine et de The American Dream, American Popular Music, est un spécialiste de culture populaire, de musique en particulier. Il propose dans De la culture rock une analyse comparative très poussée de l'évolution de la sphère musicale rock dans une société qui voit après-guerre la transformation de son fonctionnement économique et le développement du capitalisme. Il décode l'évolution de notre musique préférée et à travers elle celle de nos rapports à la "musique du diable". Depuis le temps qu'on prédit sa mort, comment le rock se porte-t-il et surtout quelles valeurs porte-il aujourd'hui ? Sommes nous toujours ces rebelles refusant la norme et les codes de la société ? ou sommes nous devenus des consommateurs plus ou moins éclairés participant à la grande messe capitaliste orchestrée par les majors ? Et nos stars déjantées ? Elles font de la pub pour la téléphonie, donnent des concerts privés, entrent dans les musées... La fusion de maisons de disques mène à l'oligarchie... que reste-t-il de la subversion du début des années 70 ?

Les teenagers des années 50, pouvant profiter d'un mieux économique et de temps libre ont accompagné la naissance du rock'n roll. Les sixties, douces et sucrées ont vu l'avènement de la musique pop, peu à peu assombrie par les protest-song des chanteurs folk engagés. Un zeste de rythme et d'électricité, le rock est né et avec lui, l'image du rebelle, le rocker. "We want the world and we want it now", c'est avec cette phrase de Jim Morisson que Chastagner liste les ingrédients de la culture rock : la communauté, le désir, immodéré mais non définit, l'immédiateté, des éléments qui seront utilisés en marketing.

Deux visions de la culture rock s'opposent traditionnellement : La vision radicale pour laquelle le rock se rebelle contre le système. Il a permis le brassage social et ethnique. La culture rock récupère les produits de l'industrie culturelle et se les approprie pour en faire, à travers des slogans, un style de vie. Les radicaux voient dans le rock "la colère et les vertus de la rage" . En parallèle, les postmodernistes banalisent et réduisent le rock et ses impacts. Le rock dénonce le capitalisme en utilisant ses outils. Il est récupéré, marchandisé, consommé, le star-system est pourri, les ficelles sont tirées par les maisons de disques représentantes dans le domaine musical du grand capitalisme à l'œuvre depuis l'après guerre. Le public consomme la rébellion. Le cheminement est illustré par des zooms sur des similitudes et des paradoxes : Le rock et la guitare, l'objet fétiche, la "métaphore de l'émancipation", dont les marques cachent un marché juteux . Les liens de la musique rock avec les arts dits populaires, avec le pop-art notamment, issus de milieux sociaux opposés (milieu ouvrier contre intelligentsia urbaine) et qui s'amourachent au sein des art-school. Le rock et ses icônes qui entrent dans les musées, par définition gardiens de la tradition. La relation bancale et pas bien clean des rock-stars vis à vis de l'argent, entre provocation et justification.

Chastagner, après avoir analysé ces deux versions, avance une troisième interprétation : les systèmes rock et capitalistes auraient évolués ensemble, en parallèle, en utilisant les mêmes outils, avec la même démarche, les mêmes slogans et la même rhétorique, bien qu'avec des objectifs différents. Le capitalisme a besoin de faire évoluer les consommateurs vers le précaire, le nomade, le désir afin de les inciter à consommer....et c'est ainsi que l'on reboucle sur Jim et son "On veut tout, et on le veut maintenant" et que l'on arrive au cœur de la démonstration : l'auteur suggère que finalement c'est le rock qui a fait tomber les derniers remparts qui nous protégeaient du capitalisme en refusant la standardisation, la norme, les traditions....Et voilà, tout ça, c'est de votre faute, bande de petits mondialistes !

L'ouvrage est dense, on l'a dit, ardu, parfois redondant, avec de nombreuses références à des spécialistes français ou anglo-saxons de la culture populaire ou de l'économie, des journalistes, sociologues, philosophes. On retrouve du contenu émanant de ses écrits universitaires, notamment ceux sur Zappa, Lennon, ou les businessmen et la musique rock. L'effleurement du sujet sur Zappa, ou l'analyse sur le traitement du thème de l'apocalypse dans l'album "666" des Aphrodites Child sont carrément géniaux, mais complexifient parfois la lecture sans apporter d'éclairage direct sur le thème. Sujets à décortiquer sans faute, mais plus tard donc. Mais peu importe, ce n'est pas ce que l'on retiendra de cette lecture. Voici un bouquin qui, même si on n'adhère pas à toutes les théories, a le grand mérite de susciter des réflexions (ce qui va donc nous rendre un peu plus intelligent) et nous questionne sur notre rapport à la musique, sur la façon dont on la consomme ou dont on l'aime. C'est un livre qui enrichit. Il donne envie d'aller plus loin et pourquoi pas explorer d'autres mouvements comme les cultures rap ou reggae. Parce qu'au final, on se demande où se cachent les dernières niches de la révolte. Le mouvement punk ou le grunge ont failli relancer la machine, mais aujourd'hui ? Peut on qualifier de rébellion le téléchargement illégal , les concerts gratuits, la production indépendante ?

Nous resterons pour l'instant sur la belle conclusion de Claude Chastagner, particulièrement évocatrice : le rock est bien vivant, en évolution, mais confronté à des clichés et des stéréotypes. A-t-il réellement changé le monde ? On peut douter de son impact sur la société. Mais le plaisir d'écouter est complexe et la rébellion est intime. Notre "grand soir" c'est un riff, un texte, une voix, un solo de guitare...c'est comme ça que le rock nous bouleverse.
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Opeth


In Cauda Venenum


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De parangon du death-metal suédois à inclinaisons progressives, Opeth est passé en moins de dix ans à coqueluche du monde progressif tout court avec ses albums mélodiques et techniques typés 70’s. Gloire permise aussi par une esthétique affirmée ; il y a bel et bien un « son » Opeth qui est né depuis Heritage(comme il y a avait une identité claire dans la première période du groupe), et celui-ci n’est pas du tout renié dans ce nouvel opus tant attendu. En effet, In Cauda Venenum est dans la claire lignée des albums précédents, dont le dernier en date était le chef-d’œuvre Sorceress aux qualités exceptionnelles. 

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