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Chronique Livre

Hammer Of The Gods - La saga Led Zeppelin


Auteur : Stephen Davis, traduction : Philippe Paringaux
Editeur : Le Mot et le Reste
Date de sortie : septembre 2011
"La biographie non officielle la plus sulfureuse du dirigeable plombé"
Nicolas, le 16/01/2012
( mots)
Faut-il encore présenter le marteau des Dieux ? Hammer Of The Gods est la biographie, sinon la meilleure, du moins la plus connue de Led Zeppelin, probablement parce qu'elle se révèle la plus croustillante à explorer. Basée en grande partie sur les "révélations" du principal tour manager du Zep, Richard Cole, le livre décrit essentiellement la face la moins reluisante du groupe, ses excès, brutalités, orgies sexuelles et autres attirances pour la magie noire. Un tableau peu flatteur néanmoins rehaussé par la reconnaissance de l'immense talent de ce combo mythique qui a régné sans partage dans les charts et les cœurs de l'Amérique de Nixon.

L'entame du livre prête d'emblée à polémique, l'auteur se mettant en tête de souligner les accointances satanistes des grands bluesmen américains, de Robert Johnson à Muddy Waters jusqu'à Buddy Guy qui rencontra lui-même, comme c'est étrange, Jimmy Page peu avant le décollage du dirigeable. Stephen Davis appuie aussi largement sur la rumeur (jamais confirmée, évidemment) d'un pacte avec le diable signé dans la sang par Page, Plant et Bonham mais refusé par John Paul Jones, ce qui expliquerait a posteriori que les aléas du sort qui ont frappé les trois larrons aient épargné le pointilleux bassiste. Cette intro entre en résonance avec les nombreuses frasques d'un groupe pour qui l'adage sex, drugs and rock n' roll est très vite devenu une parfaite ligne de vie tout au long d'une méthodique conquête de l'Amérique. Tout y passe : groupies gourmandes et délurées (Miss Pamela, si tu nous lis), parthouses (et toute la vérité sur l'excessive histoire du requin), cocaïne puis héroïne, passages à tabac de gêneurs trop collants, destruction diligente de chambres d'hôtel (avec concours de jets de téléviseurs du haut du dixième étage du Riot House de Los Angeles), bastons aux poings et à l'arme blanche. Certains faits divers relatés vont très loin dans l'excès, on pense notamment au bras droit du producteur californien Bill Graham laissé presque pour mort après s'être fait étriller par le colosse Peter Grant, le sulfureux manager du Zep, ou encore la tentative de viol d'une hôtesse de l'air par John Bonham.

Dans ce registre hallucinant, tout le monde n'est pas forcément traité à la même enseigne. On trouve d'un côté Bonham - Bonzo, batteur génial mais décrit clairement comme un type simplet, alcoolique, ultra-violent et incontrôlable, régulièrement flanqué de Richard Cole, brute épaisse et expert en extorsion de fonds plus ou moins légaux, et Peter Grant, manager jugé excessif, verreux et sans scrupule. On trouve à part Jimmy Page, toujours effacé et courtois en public mais prêt à tous les vices en privé une fois à l'abri dans sa chambre d'hôtel, un type brillant, surdoué de la gratte, doux, affable, presque féminin dans ses attitudes, mais également maladif, phobique, dépressif, insomniaque, enclin aux perversions (cf son aventure avec Lorie Maddox, une jeune ado de 14 ans), à la luxure et à la magie noire, ses accointances avec le mage Aleister Crowley étant largement étalées. Robert Plant, quant à lui, semble taxé d'ambivalence : souvent décrit comme un idéaliste enthousiaste et exubérant, très proche de sa famille, de ses terres et de ses enfants, exalté par l'idéal celtique, débordant d'une sexualité virile et précieuse, il bascule néanmoins aisément du côté obscur dès qu'il pose le pied sur le Nouveau Continent. Seul John Paul Jones est épargné par ce portrait au vitriol, l'indépendance et le caractère volontiers retors du bassiste l'ayant soi-disant mis à l’abri des méfaits de ses collègues. L'ensemble nage de surcroît dans un bain de dollars indécent, l'auteur décortiquant sans ambages les méthodes peu orthodoxes mais néanmoins foutrement efficaces de Peter Grant pour amasser le plus d'argent possible par le biais de longues et lucratives tournées.

Heureusement, tout n'est pas aussi noir dans cette biographie, loin s'en faut. L'aventure vécue par les quatre hommes apparaît infiniment exaltante et se voit décrite de fond en comble dans le moindre détail. Le style de Stephen Davis, direct et flambeur, nous fait vivre avec maestria l'épopée exceptionnelle d'un groupe qui a révolutionné le rock lourd presque à lui tout seul, de la fin des Yarbirds à la mort tragique du regretté Bonzo. Chaque tournée est décrite avec passion, s'attardant parfois un peu trop sur la description de sets relativement redondants d'une soirée à l'autre, mais faisant preuve d'une avalanche d’anecdotes proprement effarante. On a vraiment l'impression d'être embarqué tel un roadie collé aux basques des quatre musiciens, suivant avec minutie leurs moindres faits et gestes, vivant avec eux leurs joies et leurs tourments, embrassant leur popularité exponentielle mais également prenant acte du rejet quasi-unanime d'une presse musicale outrée par tant d'excès. Si la vie privée et les caractères des membres sont particulièrement bien mis en valeur, on est néanmoins un peu surpris de la relative superficialité accordée à la partie purement musicale de l'histoire : les processus créatifs sont à peine effleurés et les descriptions d'albums restent sommaires. Plus étonnant encore est le manque de connexion du Zep avec la musique de son époque : à lire Davis, on a l'impression d'avoir affaire à un groupe OVNI qui a arpenté seul les couloirs du hard rock durant les années 70. Quid de Black Sabbath et de Deep Purple, à peine évoqués et décrits crânement comme "de pâles copies" (sic) ? Seuls les artistes ayant croisé physiquement la route du dirigeable ont droit de cité dans le livre, on pense notamment au King Elvis avec quelques anecdotes vraiment piquantes à découvrir au fil des pages.

Il n'est pas étonnant que cette biographie ait été reniée par Jimmy Page et Robert Plant tant elle apparaît excessive et fantasmatique. Pour Plant, Stephen Davis, à l'époque journaliste à Rolling Stone et ayant suivi Led Zep durant seulement quinze jours en 1975, n'a pas assez côtoyé le groupe pour en avoir fait un portrait objectif. Les "révélations" de Richard Cole sont également soumises à controverse puisque le type s'est fait virer comme un malpropre du staff technique après avoir sombré dans l'héroïnomanie. Toujours est-il que si chaque mensonge possède sa part de vérité, Hammer Of The Gods est peut-être l'ouvrage qui nous fait toucher au plus près le mythe du rock n' roll et de ses débordements, et à ce titre, il se place comme un incontournable de la littérature musicale. Sachez enfin que la version qui nous est ici proposée par l'impeccable maison d'édition Le Mot Et Le Reste bénéficie d'une actualisation de la période post-Zeppelin qui remonte jusqu'à 2010 (et qui couvre donc, de manière d'ailleurs assez superficielle, l'éphémère reformation de quatuor avec Jason Bonham en 2007 à l'O2 Arena de Londres), de la restauration de quelques passages censurés à l'époque de la sortie officielle du livre en 1985, et de la sérieuse traduction française de Philippe Paringaux. Vous n'avez désormais plus aucune excuse pour ne pas soulever à votre tour le marteau des Dieux.

Site de l'éditeur : Le Mot Et Le Reste
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