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Chronique DVD

NOFX - Backstage Passport


Sorti le : 16 mars 2009
Distribution : Fat Wreck
"Suivez NOFX dans les pays ou aucun groupe n'a jamais osé aller jouer auparavant."
Jerome, le 06/04/2009
( mots)
Quand on ralentit un peu la machine, que l'on prend le temps de s'arrêter deux minutes et de se poser quelques questions, on peut vite arriver à une équation assez improbable. D'un côté Fat Mike, de loin le plus gros beauf de l'histoire du punk-rock potache à roulettes, amateur d'histoires de lesbiennes sadomasochistes et accessoirement un des pires chanteurs que le monde ait porté. Alignez à côté de lui quelques potes de virée : El Hefe, guitariste / trompettiste à qui la notoriété n'a pas forcément fait que du bien, Melvin, pseudo-punk à dread sur le retour, et Smelly, batteur anciennement accro à l'acide et aujourd'hui devenu straight edge, et vous obtenez NOFX. Groupe au succès aussi incompréhensible que planétaire. Trop "intègre" pour toucher un public de masse (rappelons au passage que les quatre musiciens dénigrent MTV depuis le milieu des années 90) et à la fois jugé trop "léger" par les keupons purs et durs à tendance No-Futur, le groupe a quand même tracé sa route et construit une base de fans assez surprenante. En misant une bonne partie de leurs cacahuètes sur la bonne humeur et le second degré, même si le virage politique anti-bush amorcé avec la sortie de War On Errorism et des deux compilations Rock Against Bush reste tout à leur honneur.

Alors quand les quatre compères annoncent que les droits de montage des vidéos enregistrées pendant leur tournée mondiale de 2007, et plus particulièrement les passages dans des pays où "aucun groupe n'a jamais osé aller jouer auparavant", ont été cédés à la chaîne indépendante Fuse, on reste un peu méfiant. A quoi peut bien ressembler le quotidien du Gros Mike et de ses potes quand ils sont sur la route ? Bus-tour, attachés de com, une bonne dizaine d'assistants cédant à tous leurs caprices, chambres dans des palaces, défonces en règle, alcool, groupies en transe et dénudées et tout le tableau habituel du groupe de rock international en vadrouille ? Et ben non. Enfin, pas exactement. Le verdict tient en huit épisodes, diffusés dans un premier temps sous la forme d'une mini-émission et ressorti aujourd'hui sous forme d'un DVD agrémenté de tout un tas de bonus. Le NOFX Backstage Passeport.

Sur le fond, le projet peut présenter un intérêt relatif. Suivre un groupe alors qu'il se lance dans un tour d'horizon des pays les plus ignorés musicalement parlant : Chili, Equateur, Japon, Pérou, Corée du Sud, Israël, Afrique Du Sud, Russie... Dans des pays ou le groupe ne peux pas se reposer uniquement sur sa notoriété pour faire se déplacer les foules. C'est bien, mais pas non plus de quoi se taper le cul par terre. Mais heureusement, tout cela est mené à la sauce NOFX. C'est à dire avec toutes les galères qui vont avec. Car le groupe reste avant tout une famille, et de celle qui se serre les coudes. Imaginez un peu le tableau : quatre musiciens, une poignée de roadies / techniciens / agents de sécurité (entourez la mention retenue en fonction de la journée) et Kent, l'éternel manager ingurgitant autant d'alcool qu'un campus universitaire un lendemain d'examen de fin d'année, et l'ensemble prend rapidement l'air d'une sitcom. Quelque part entre les Simpson et The Osbournes. Alternant moments d'anthologie (l'évasion des roadies planqués au fond d'un camion, Kent bourré en Russie, Kent bourré au Japon, Kent bourré tout simplement), franches rigolades (Smelly ignoré par les fans à l'aéroport, la découverte du bondage version japonaise) et certains passages où l'on voudrait nous faire verser quelques larmes sur le sort de ces pauvres petits musiciens, trop fidèles pour abuser des groupies et à qui leurs enfants manquent terriblement... Les mouchoirs sont à côté.

Mais en dehors de ça, et si vous n'êtes pas fan du groupe à la base, ce pseudo documentaire même pas trash n'a finalement aucun intérêt. Oui, NOFX est un groupe proche de son public, qui n'hésite pas à s'aventurer, tels des Indiana Jones des temps modernes, dans ces contrées hostiles à la musique. Fat Mike est un héros, qui est prêt à sortir sa guitare pour improviser un mini concert acoustique devant une horde de fans bloquant la sortie de son hôtel. Et qui, comble de la rebelle-attitude, n'hésite pas à jouer avec sa vie en se bourrant les naseaux d'une poudre verte dans sa chambre d'hôtel à Singapour. Ben ouais, t'es punk ou tu l'es pas. Et que penser de toutes ces déclarations philosophiques, du haut de la muraille de Chine jusqu'à St Petersbourg ? Justement. Pas grand chose. L'aventure est tellement hors de tout contexte, que le message a parfois du mal à passer. Surtout quand les mêmes protagonistes, qui, tels les touristes moyens, se tapaient la cloche dans un restaurant en Equateur, s'attendrissent quelques jours plus tard devant les élèves d'une école du fin fond de l'Afrique Du Sud. Cherchez l'erreur. A moins que ce soit ça, avoir un grand cœur dans le petit monde du punk...

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