
Nazareth
Close Enough for Rock 'n' Roll
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1- Telegram / 2- Vicki - Album Version - Instrumental / 3- Homesick Again / 4- Vancouver Shakedown / 5- Born Under The Wrong Sign / 6- Loretta / 7- Carry Out Feelings / 8- Lift The Lid / 9- You're The Violin


Celui qui a écouté les meilleurs albums de Nazareth, du moins ceux qui sont estimés comme tels dans la postérité, peut légitimement se demander pourquoi le groupe n’a pas obtenu le même statut que les grandes gloires du hard-rock des 70s. L’explication est à chercher dans les errements stylistiques du combo à deux moments clefs de l’histoire du rock : d’abord au début de la deuxième moitié des 70s, quand il effectue une mue éphémère aux accents soft-rock ; ensuite dans les années 1980, quand il choisit de répondre à la New Wave of British Heavy Metal avec de la guimauve. Dans les deux cas, c’est un choix dicté par des aspirations commerciales et par la volonté de gagner les faveurs du grand public américain ; un choix qui fait fi de la rigueur esthétique propres aux musiques saturées. On aurait du mal à leur reprocher une décision qui répondait à des besoins matériels évidents, mais le fait est que l’histoire du rock a tranché.
À ce titre, le succès du fougueux "Hair of the Dog" et du langoureux "Love Hurts" semble avoir été une malédiction, car si ces deux titres ouvrent grand les portes des Etats-Unis – et de son marché gigantesque – ils poussent les Ecossais à adapter leur musique aux attentes (supposées) de la foule et des bandes FM. Le résultat est affublé d’un nom passablement caricatural - Close Enough to Rock’n’Roll – mais vendeur, pour du matériau enregistré au Canada et calibré pour les masses.
Le tableau est sombre. Et pourtant, il ne faudrait pas être trop sévère avec cet album qui possède des qualités certaines, à commencer par l’ambitieuse ouverture longtemps prisée des setlists, le long "Telegram" et ses quatre parties décrivant la geste intemporelle des rock stars. La pièce est immédiatement théâtrale et se trouve être assez proche de ce que le Heavy Metal proposera plus tard (il y a du "22 Acacia Avenue" dans le riff et du Manowar dans la basse agressive). Le contraste est saisissant avec la citation des Byrds ("So You Wanna Be a Rock 'n' Roll Star") et le final Beatles-isant. On notera aussi par moment, un riff sabbathien ou plusieurs lignes de guitare aux mélodies intenses, qui finissent de rehausser un titre de grande qualité.
Du reste, l’album est d’une grande variété, allant du hard-rock 70s le plus convenu (le zeppelin-ien "Loretta") à la petite pièce folk instrumentale et inattendue aux accents des Allman Brothers ("Vicki"), en passant par le glam-rock américanisé ("Vancouver Shakedown", entre T-Rex et Ozark Mountain Dardevils). Oracle parmi les grands, Nazareth préfigure le blues saturé de ZZ Top dans les 80s ("Lift the Lid") et les travaux de Fleetwood Mac sur Rumours en 1977 ("Homesick Again"). Esprit du temps, le groupe adopte le funk à la Stevie Wonder sur "Born Under the Wrong Sign", talk box à l’appui, comme cela était de rigueur chez les groupes de hard-rock à l’époque (Deep Purple). Répétitif et langoureux, le titre fonctionne plutôt bien, de même que le soft-rock chaloupé (à la limite du reggae) "Carry Out Feelings" s’avère loin d’être honteux malgré ses facilités. On sent parfois les clins d’œil appuyés, la volonté de séduire, mais Nazareth possède la science du riff et de la mélodie si bien qu’on se laisse piéger sans trop résister ("You're the Violin" qui mêle le hard-rock à la pompe des Doobie Brothers).
Certes, l’album pourrait être jugé impersonnel par la diversité des styles qui y sont revisités, mais le groupe le fait avec talent si bien que nous devons confesser notre séduction immédiate. On pourra regretter la perte de saturation et de pureté, mais il est difficile de parler de trahison – le débat est autrement plus tendu au sujet de Play ‘N’ The Game qui paraître plus tard la même année.
À écouter : "Telegram", "Homesick Again", "Lift the Lid"




















