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Critique d'album

The National


Alligator


(12/04/2005 - Beggars Banquet Records - Indie Pop - Genre : Rock)
Produit par

1- Secret Meeting / 2- Karen / 3- Lit Up / 4- Looking for Astronauts / 5- Daughters of the SoHo Riots / 6- Baby, We'll Be Fine / 7- Friend of Mine / 8- Val Jester / 9- All the Wine / 10- Abel / 11- The Geese of Beverly Road / 12- City Middle / 13- Mr. November
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Crocodiles d'Indie"
Diego, le 07/03/2022
( mots)

 



  • 1 jaune d'œuf

  • 1 cuillère à café de moutarde

  • 25 cl d'huile (de tournesol, de colza ou de maïs)

  • 1 toute petite cuillère à café de vinaigre

  • 1 pincée de sel

  • 1 pincée de poivre


Avec tous ces ingrédients et un peu de savoir-faire, vous devriez obtenir une mayonnaise maison.


Dans le processus, une étape clé, charnière qui conduira, ou non, à l'aboutissement de la recette. Il s’agit de créer l’émulsion en incorporant l’huile petit à petit. La mayonnaise peut ainsi ne pas prendre et ne pas monter. A l'inverse, la magie peut s'opérer et le soulagement accompagner le geste devenu expert.


La conception d'Alligator par The National correspond à cette phase incertaine de bascule entre le succès et la retombée du soufflet. Ce disque va servir au quintet originaire de Cincinnati à solidifier une fanbase déjà présente, mais il va surtout représenter un tremplin à la conception de Boxer, qui, lui, concrétisera la recette.


Coincés entre les Strokes qui enchainent deux albums exceptionnels avec une facilité déconcertante, et Interpol qui séduit la scène revival new wave avec une élégance folle, les new yorkais d'adoption de The National sont un peu à l’étroit sur la vibrante scène locale. Deux fratries, dont une composée de jumeaux aux allures de geeks musicaux, un frontman baryton aux textes flirtant avec le dirty realism de Bukowski et à l'attitude loufoque sur scène, pas évident de se composer une vraie identité.


Sur Boxer, ils cesseront définitivement de jouer aux rockstars pour finalement le devenir. Avec Alligator, les musiciens reptiles entament leur mue.


Les prouesses mélodies mélancoliques sont déjà établies sur "Daughters of the Soho Riots", ode à l'échappatoire amoureux flirtant avec la limite et sur le presque enfantin "The Geese of Beverly Road", décrivant Brooklyn avec des yeux voilés d’émotion. "Daughters…" est par ailleurs le titre interprété par le groupe au mariage de Peter Katis, producteur sur Alligator. La performance sera immortalisée en photo et servira de couverture à Boxer. Entre nous, The National pour l’animation du mariage, c’est tout de même plus classe qu’un DJ du dimanche saturant les enceintes avec du Emile et Images.


L’humour et le décalage dans l’écriture de Berninger sont probablement à leur paroxysme sur des morceaux comme "Secret Meeting", délire paranoïaque qui voit le narrateur s’enfoncer dans son agoraphobie, "All The Wine", qui maîtrise à la perfection l’autodérision et le vingtième degré. Le crooner se pavane en tombeur californien irrésistible auquel tout serait dû : "I’m a perfect piece of ass, like every Californian (...) And all the wine is all for me"/"Je suis un parfait morceau de viande, comme tous les Californiens (...) et tout le vin est pour moi". Le morceau, lui, est implacable, au premier degré cette fois-ci.


Les titres survoltés occupent une place de choix sur Alligator : "Lit Up" sonne comme un cri libérateur, tandis que "Abel" est un terrain de jeu pour les retranchements de la voix du frontman. Sur ce dernier, l’élégant parallèle entre récit biblique et situation moderne est aussi malin qu’efficace : "Abel come on, give me the keys man"/ "Abel allez, donne moi les clés mec" pourrait être attribué à la fois à ce pote qui est le seul à penser qu’il est en état de conduire ou à Caïn, cherchant les portes du paradis après le célèbre fratricide. C'est également un vecteur efficace pour l'exploration des troubles mentaux, tant le refrain hurlé "My mind is not right"/"Mon esprit n'est pas bien" ou l’outro "My mind’s gone lose inside its shell"/"Mon esprit se déchaîne à l'intérieur de sa coquille" sont évocateurs d’une rupture nerveuse consommée. 


"Mr. November" fait partie des -trop- rares rescapés dans les setlists récentes du groupe. Écrite pour Jon Kerry, elle est surtout un terrain de jeu fabuleux pour Bryan Devendorf, qui martèle ses fûts comme un forcené, avec la créativité qui le caractérise et deviendra la réelle signature sonore du groupe. La rythmique sur "Abel" ou encore sur "Baby We’ll Be Fine" mérite également une mention spéciale. L’incursion pop "Friend of Mine" et ses “nanananna” bénéficient tout autant de l’apport unique du batteur.


L’héritage musical de Sad Songs for Dirty Lovers, précédent effort du quintet, se transmet au travers de morceaux tournoyant au gré de violons et d’arrangements classiques. "Val Jester" ou "City Middle" en sont les illustrations. Sur ce dernier, une certaine Karen est mentionnée. C’est également le titre de la deuxième chanson sur Alligator. Il s’agit en réalité de Carin Besser, compagne de Berninger et première témoin de ses abus éthyliques évoqués dans les textes, souvent rédigés à quatre mains d’ailleurs. "I’m on a good mixture, I don’t want to waste it"/"Je suis sur un bon mélange, je ne veux pas le gâcher", ou encore "Karen put me in a chair, fuck me and make me a drink"/"Karen, met moi sur une chaise, baise-moi et sers moi un verre". La plume est acide comme jamais.


La relation de Berninger avec Besser inspire également le couple, alors incertain de ne pas vouloir chercher mieux ailleurs, pour la composition du planant "Looking for Astronauts", qui traite littéralement de la recherche de l’impossible bonheur idéalisé.


On reproche parfois à The National d’être devenu un groupe ennuyeux, moins à même de prendre des risques. Voilà un dilemme qui ravirait les disciples de Schopenhauer, pour qui le bonheur réside dans l’infime espace entre désir et ennui. Le désir de voir un groupe auquel on tient enfin percer le plafond de verre, l’ennui de constater que leur style s’est assagi et que l’authenticité des débuts s’est estompée. Une bascule aussi fragile que l’émulsion à la base d’une bonne mayonnaise. Insistons cependant sur le fait que si ce choix d'identité du groupe divisera les fans, il leur permettra d'asseoir un succès critique sans beaucoup d'équivalent.


Alligator est un album dont la production sonne imparfaite, un brin bordélique voire amateure, une relique d’une autre époque pour ce groupe aujourd’hui si acclamé.


C’en est aussi une des plus belles qualités : l'incomparable charme de la désuétude.


 


A écouter : "Mr. November", "All The Wine", "Daughters of the Soho Riots".

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