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Critique d'album

Lunatic Soul


Through Shaded Woods


(13/11/2020 - Kscope - Ambient- électro-world prog - Genre : Autres)
Produit par Mariusz Duda

1- Navvie / 2- The Passage / 3- Through Shaded Woods / 4- Oblivion / 5- Summoning Dance / 6- The Fountain / 7- Vyraj / 8- Hylophobia / 9- Transition II
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Le summum de la pop progressive, entre folk celtique, électro et heavy metal. Du très très grand art."
Nicolas, le 30/11/2020
( mots)

Quatre ! Cela fait quatre nouveaux albums successifs auxquels j’accorde la note presque maximale de 4,5 sur 5, sachant que nous nous interdisons plus ou moins de mettre 5 à un disque récemment sorti par manque évident de recul. Il y a donc eu Gazpacho (Fireworker), Deftones (Ohms), Wytch Hazel (III: Pentecost), et maintenant ce dernier Lunatic Soul, tout aussi somptueux que les trois précités bien que dans un genre totalement différent. Preuve de l’incroyable niveau des sorties de cette fin 2020, un millésime à marquer dans les annales tellement il s’est révélé riche en disques d’une invraisemblable qualité. Allez, refermons la parenthèse.


On avait laissé Mariusz Duda en piteux état lors de ses précédentes réalisations, que ce soit au sein de Riverside (Wasteland) ou de son projet solo de l’Âme Lunatique (Fractured), deux manifestes placés sous le signe du deuil après la disparition tragique de son compère Piotr Grudzinski en 2016. Deux œuvres sombres, tristes, émouvantes mais paradoxalement en deçà de ce que l’on aurait pu attendre d’un artiste aussi grand que Duda, comme si la mélancolie vécue ne trouvait pas totalement son pendant artistique. On se souvient en revanche de son brillant Walking On A Flashlight Beam qui, en 2014, étourdissait son monde par sa fusion improbables des genres, entre pop progressive, world music et trip électronique. Curieusement, Fractured, en se concentrant sur son pathos, se montrait autrement moins curieux et éclectique que son illustre grand frère. Pour autant, on savait qu’il ne fallait certainement pas enterrer Lunatic Soul, avec le résultat que l’on connaît désormais car Through Shaded Woods fait plus qu’égaler son illustre modèle : il le surpasse, et avec la manière.


À condition cette fois-ci de ne pas se montrer allergique à un genre musical qui vient se rajouter à l’épatante palette sonore du bassiste polonais : la folk, et plus exactement la musique folklorique d’Europe Centrale - qui lorgne tout de même beaucoup sur la Bretagne, l’Écosse et l’Irlande. Contrairement à un Fractured néo-futuriste qui dépeignait un avenir noir et désenchanté s’abreuvant à un trip hop en acier riveté, Through Shaded Woods nous invite… à une grande balade en forêt. Mais pas dans n’importe laquelle : une forêt magique, onirique, une forêt millénaire issue des temps anciens où l’on peut bondir d’une époque à une autre et parfois embrasser tous les âges en un claquement de doigts. C’est le très grand tour de force de ce numéro cinq (en considérant Under The Fragmented Sky plutôt comme les B-Sides du quatrième opus) : nous emporter dans un voyage intemporel, tour à tour étrange, fascinant, actif ou contemplatif, entre pas de danse endiablés et complaintes adressées à la nature protectrice. Allez, il est temps de traverser ces bois ombreux.


“The Passage” donnait le la quelques semaines en amont de la sortie du disque, et d’emblée on n’en revenait pas tellement ce titre se révélait beau - la voix caressante de Duda seulement égalée par la pureté de sa somptueuse basse. Riche, profonde, maligne, enivrante, cette petite merveille de neuf minutes brassait une foule de thèmes, de couleurs, d’ambiances, passant du recueillement à la charge de cavalerie tranquille, de la folk druidique aux nuances de heavy metal (sans la moindre distorsion, il faut le faire) et de dance music. “Navvie”, arrivé quelques jours plus tard, n’était pas en reste, mêlant la danse bretonne au trip oriental, mi légère, mi habitée, presque religieuse par instants. Puis, sans crier gare, voilà que le moyen-âge se télescopait avec le futur (“Through Shaded Woods”, entre viole de troubadour et claviers science-fictionnels). Il y a de l’âme, sans mauvais jeu de mot, dans la musique de Lunatic Soul, de la profondeur, des nuances, du cœur. En arpentant Through Shaded Woods, on passe de Skolvan à Dead Can Dance, de Malicorne à Genesis, d’Archive à De Dannan sans même s’en rendre compte, preuve de l’exceptionnelle réussite de cette fusion - ou plutôt de cette rencontre. Qu’un artiste puisse à ce point réussir à pondre une musique pleinement contemporaine tout en s’abreuvant à une authentique source ancestrale à de quoi laisser pantois, et nous n’en sommes qu’au début du trajet.


Sans compter que Mariusz Duda est un excellent instrumentiste, maîtrisant tout autant les platines de mixages que la basse, son arme de prédilection. On a peine à le croire, mais il n’y a quasiment pas de guitare dans Through Shaded Woods : l’artiste à la barre se sert en lieu et place d’une ribambelle de quatre cordes, y compris une basse Piccolo qui offre un panel de notes et de timbres assez bluffant. Or c’est un lieu commun d’affirmer que les bassistes n’envisagent pas la musique comme les guitaristes, toujours à la recherche du contrepoint, de l’harmonie, moins dans le riff, plus dans la linéarité mélodique. Une feuille de route qui s’exprime magnifiquement sur un “Oblivion” porté par un instrument en état de grâce, entre percussions tribales, sécheresse folk et arpèges cristallins bardés de magnifiques échos. Ailleurs Duda caresse nos psychés (“Summoning Dance”, d’appel aguicheur à jig écossaise endiablée portée par une techno tranquille) quand il ne prend pas le temps de nous inviter à une halte rassérénante pour nous abreuver à une source pure (“The Fountain”, une balade chatoyante de beauté). Mais toujours guette l’ombre aux détours d’un sentier entre deux chênes, tour à tour électronique (“Vyraj”) ou métallique (“Hylophobia”), même si la voix du chanteur, invariablement rassurante, constitue toujours une salvatrice lumière dans ces troublantes ténèbres.


On s’arrêterait là que l’on serait déjà aux anges, mais Lunatic Soul n’a pas fini de nous régaler : Through Shaded Woods s’achève sur une roborative pièce longue de presque une demi-heure, rêveuse, planante, obnubilante, touchant même à l’ambient par instants. “Transition II” (qui n’a de transition que le nom, vraiment) constitue presque un album dans l’album, une prolongation plus calme mais non moins séduisante que les morceaux qui le précèdent, faisant culminer ce disque à un CD rempli ras la gueule, soit soixante quinze minutes de très très grande musique. Duda signe ici son plus grand disque, tous projets confondus, une odyssée fascinante, aliénante, impossible à lâcher, capable de tourner des jours durant sans susciter la moindre lassitude. L’année 2020 n’aura donc pas été négative à tous les niveaux, loin s’en faut. Souhaitons encore une longue carrière à Mariusz Duda, car à ce niveau-là, on en redemande forcément, et vite !

Commentaires
Franck, le 18/12/2020 à 16:50
Cette album est vraiment magnifique. J'avais apprécié les albums précédents mais sans rentrer complètement dedans. Avec "Through Shaded Woods", l'immersion est totale! A noter que l'édition spéciale de l'album contient une 2ème partie tout à fait délectable qui prolonge l'expérience mâtinée de sonorités folkloriques.