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Creedence Clearwater Revival


Collectif, le 18/09/2017

CCR et le cinéma : l'âme de l'amérique

Who'll Stop The Rain


"Sinister Purpose", "Fortunate Son", "Who’ll Stop The Rain", "Run Through The Jungle", autant de titres qui font surgir les paysages dévastés du Vietnam de façon subliminale, qui respirent l’odeur du napalm, la moiteur de la jungle, la peur au ventre et la désolation comme seul horizon. Pourtant, aucune de ces chansons, ni aucune autre du répertoire de Creedence d’ailleurs, ne figurent dans les Vietnam Movies les plus célèbres, Apocalypse Now, Platoon et autres Full Metal Jacket, lesquels jetèrent plutôt leur dévolu sur les hits des Doors ou des Rolling Stones. Ces derniers partageaient pourtant les playlists radio avec les derniers succès de la fratrie Forgety. On se pince pour y croire et on revérifie la page IMDB consacrée au groupe, tant on jurait les avoir entendu entre deux plans orchestrés par Coppola ou Kubrick. Il faut pourtant se résoudre à accepter les faits : bien que ses singles aient été au moins aussi populaires que ceux de la bande à Jagger chez l’oncle Sam, Creedence Clearwater Revival est le grand absent des bandes originales des plus grands films du genre. Peut-être était-il trop évident, trop maladroit, trop bêtement illustratif pour ces cinéastes de filmer une colonne de soldats progressant dans une rizière dévastée au son de "Run Through The Jungle", pour préférer montrer Laurence Fishburne faire du ski nautique, "Satisfaction" à fond les transistors, ou d’opérer l’ultime fondu au noir de Full Metal Jacket sous les riffs désenchantés de "Paint it Black".

La musique de CCR rencontre le Vietnam cinématographique pour la première fois en 1978 de façon on ne peut plus explicite sur Who’ll Stop The Rain de Karel Reisz (sorti en France sous le titre stupide Les guerriers de l’enfer). Le long métrage s’inscrit dans le sous-genre dit des "films du retour", aux côtés du Retour de Hal Ashby, Né un 4 juillet et Entre ciel et terre d’Oliver Stone ou encore Jardins de pierre de Coppola. Ce film, assez oublié aujourd’hui (il faut dire qu’il a eu la malchance de sortir la même année que Voyage au bout de l’enfer, autre métrage culte dans lequel la voix de John Forgety ne surgira d’aucun juke-box, même dans un rade de prolos de Pennsylvanie) suit le retour du marine Ray Hicks (campé par Nick Nolte dans sa période pré-aboyeuse), ramenant de l’héroïne pour le compte de son copain John Converse, journaliste pleutre espérant faire fortune. Les choses ne se passent évidemment pas comme prévu et Hicks est obligé de fuir avec la femme de John à travers le pays, direction le Mexique, une bande de flics pourris à ses trousses. Combattant accompli dont l’esprit est hanté par les horreurs qu’il a vécues, l’homme se retransforme en machine de guerre. Le film, platement filmé mais plutôt intéressant, brasse une trame qui n’est pas sans évoquer celle du premier Rambo. Mais là où ce dernier versait progressivement dans le film d’action mâtiné de survival, Les Guerriers de l’enfer se révèle plus original, passant du thriller au road movie pour s’achever sur un gunfight final en forme d’Alamo revu et corrigé. Nick Nolte, aussi bestial que tourmenté, bien loin du jeu bovin de Stallone, y trouve un de ses meilleurs rôles.




Pour ce qui nous intéresse ici, la musique de Creedence est omniprésente dans ce long métrage, et pas seulement le morceau titre. Le groupe joue en sourdine dans un bar miteux pendant que Hicks, de retour dans un pays qui a continué à vivre sans lui, constate avec dédain que les danseuses de lapdance ont remplacé les tables de billard. Le répertoire du quatuor squatte l’autoradio du héros et accompagne son parcours désespéré, qu’on devine bien vite sans retour, signe qu’il ne rapatrie pas seulement de la dope de l’enfer vert, mais également les démons qui y ont surgi. Après une nuit de siège sur une montagne désertique, Hicks meurt, John disperse la drogue aux quatre vents et prend la route avec sa femme, sans un mot. "Who’ll Stop The Rain" résonne dans la stéréo, amorçant le générique final. Cette pluie diluvienne métaphorique, comme provenue du Vietnam, lave les survivants de leurs illusions et les lance vers un futur incertain.




Du compagnonnage entre les tubes des boys de Berkeley et l’enfer vert, on n’en retrouvera depuis lors aucune trace, jusqu’à Forrest Gump, grande fresque scrutant les tourments de l’Amérique des sixties, et dans lequel le bourbier vietnamien trône logiquement en bonne place. Le personnage de simple d’esprit campé par Tom Hanks se voit appelé sur le front. "Fortunate Son" retentit alors de manière on ne plus illustrative (rappelons que la chanson narre la complainte d’un jeune homme d’origine modeste, qui doit répondre à l’appel du devoir, quand les fils de bonne famille pistonnés peuvent s’en exempter en jouant de leurs relations), assurant la transition entre la douceur de sa Géorgie natale et le cauchemar qui l’attend. A partir de là, il faut attendre 2008 et l’hilarante comédie Tonnerre sous les tropiques où Ben Stiller, Robert Downey Jr. Et Jack Black se la jouent acteurs ringards largués dans un ‘nam de pacotille, "Run Through The Jungle" illustrant fugitivement et scolairement leurs pérégrinations au sein d’une jungle qu’ils pensent factice mais peuplée de dangers réels, autrement dit rien là que de très anecdotique.

L’absence relative de la musique de CCR dans ce genre pourtant très foisonnant sonne finalement comme une relative évidence. Tous les titres cités n’évoquent jamais explicitement le conflit vietnamien, John Forgety préférant adopter la position de l’américain moyen, perdu au sein d’une nation qui se déchire. Et le fait que seuls Les guerriers de l’enfer et Forrest Gump aient choisi de puiser dans leur répertoire, un thriller seventies angoissé et l’épopée d’un simplet au grand cœur au sein d’une Amérique malade, illustre bien que Karel Reisz et Robert Zemeckis avaient instinctivement compris que les chansons de Creedence parlaient d’une autre guerre que celle qui faisait rage en Asie du sud-est, une guerre plus souterraine et pourtant plus dévastatrice : la guerre intérieure d’un pays qui ne se reconnaît plus.


Maxime

Born On The Bayou


Si la musique de Creedence Clearwater Revival survit encore dans les (jeunes) mémoires aujourd'hui, c'est en grande partie grâce à son usage abondant au cinéma et à la télévision. Le répertoire de CCR connaît d'ailleurs une utilisation exponentielle de ses titres depuis le début des années 2000 qui, bien loin du registre vietnamo-ricain auquel il était cantonné depuis la fin des années '70, se sont largement popularisés en accompagnant les plus gros blockbusters - qui a dit navets ? - du 7ème art. Pourquoi ? Tentative de réponse.


Bien que la qualité de la discographie de CCR ne puisse être véritablement remise en question, on ne peut pas dire que les films usant du son des compositions de Fogerty et sa troupe soient dignes d'une Mostra ou d'un Sundance. Dans le genre, on pencherait plutôt vers le nanar hollywoodien "directed by Michael Bay" où la profondeur du scénario et la finesse des divers jeux d'acteurs sont souvent inversement proportionnels à la quantité de dynamite usée pendant les deux longues heures de projection: Expendables, Die Hard 4, Suicide Squad, Tropic Thunder - délirant mais excellent -, Kong et même Battleship - une bouse avec Rihanna, CFQD - ne lésinent pas sur les effets et balancent allègrement "Fortunate Son", "Bad Moon Rising", "Up Around The Bend" ou encore "Run Through The Jungle". On peut comprendre que les blockbusters - à l'instar d'un récent Guardians Of The Galaxy et sa BO pop déjanté - blindent leurs bandes originales de titres connus - et plutôt bons - pour cacher la misère d'une photographie affligeante et la pauvreté artistique d'un déballage d'effets spéciaux sans âme. Comme si occuper les oreilles pouvaient distraire les yeux... Reste qu'en dépit de ce constat flagrant, l'engouement autour du répertoire de Creedence reste énigmatique. Pourquoi Fogerty se taille la part du lion - de plus à retardement (cf. l'article de Maxime ci-dessus) - alors qu'il est plus rare d'entendre un Purple, un Zep', un CSNY ou même un Doors ? Mystère et boules de gomme ? Pas tellement.


Déjà car la musique de Creedence en appelle à une certaine idée de l'Amérique, libérée, patriote, rock n' roll - même si aujourd'hui, pour faire écho au récent édito de Rolling Stone Magazine, "être rock 'n roll ne veut absolument plus rien dire". Ecouter Creedence c'est comme appartenir à un gang de baroudeurs usant le bitume sur des bécanes chromées plus bruyantes que réellement efficaces, habitués à refaire le monde dans un boui-boui paumé de la route 66 en descendant des pintes de Bud insipides sur fond de "Susie Q". Ecouter Creedence renvoie à une certaine philosophie de la vie, sans contraintes, sans attaches, "cool" quoi. Oui, Creedence est devenu une musique "cool", aussi peu raccord soit ce qualificatif avec les caractères composant le quatuor du Bayou. Mais qu'importe, faîtes jouer "I Heard It Through The Gravepine" sur un jukebox poussiéreux d'un rade glauque à souhait, et même les âneries philosopho-atterrantes sortant de la bouche d'un Stallone buriné par le bistouri peuvent paraître anodines. Et alors que l'association de la musique devient primordiale dans la construction d'un personnage, les studios usent (et abusent) de Creedence pour faire de ses héros rigolos à biscotos, des gars sympas qui sauvent le monde mais qui finalement écoutent le même truc que le voisin quand il tond la pelouse. Tout un art qu'Hollywood maîtrise à la perfection.


Car bien au-delà d'un simple catalyseur de camaraderie pour acteur en perdition, Creedence a la cote pour ses indéniables qualités musicales. Des morceaux courts, concis, efficaces, à l'identité sonore évidente, parfaits pour convertir en masse les cinéphiles peu avertis en rock n' roll et contenter les audiophiles lassés des grabataires Stones. Ajout indéniable en terme d'ambiances, bucoliques égayées pour "Down On The Corner", citadines empressées pour "Fortunate Son" ou encore sensuellement tendues pour "I Put A Spell On You", Creedence répond à presque toutes les situations classiques du long-métrage hollywoodien basique. Mais même si dans les toutes récentes productions - Marvel entre autres, la pop 70's décalée revient en force et efface petit à petit un rock trop marqué par son âge, les showrunners des séries TV prisées de la jeune génération se mettent à Creedence, quelque soit le genre incriminé d'ailleurs; drame (Dexter, Desperate Housewives), comédie (How I Met your Mother ?), American Dad, Better Caul Saul), policière (Soprano), Creedence est encore là, présent en arrière-plan pour brosser le portrait de personnages aussi différents les uns des autres, qu'étrangers au fondement du patrimoine musical du CCR.


Car c'est finalement bien là que le bat blesse. Creedence est un grand groupe, trop injustement sous-estimé et dont la musique - pourtant chargée en signification - n'est aujourd'hui utilisé qu'à des fins de divertissements, à des années lumière du portrait désespéré d'une Amérique oubliée, pourtant pas si lointaine. Mais Creedence, par le biais de cette utilisation qui peut être jugée inadéquate voire disproportionné, perdure et s'incruste dans les esprits vierges de références comme un groupe culte incontournable. Et c'est déjà pas mal.


Etienne

Up Around the Bend : 60’s - 70’s, l’air du temps


Même si la musique de Creedence est à même d’illustrer nombre d’ambiances et d’époques différentes (comme en atteste ce modeste dossier), elle sied particulièrement bien à l’évocation des 60’s et des 70’s au côté de bon nombre d’autres formations phare de l’époque. Ainsi voit-on typiquement CCR au générique du documentaire Berkeley in the 60’s, réalisé par Mark Kitchell et paru le 26 septembre 1990. Ce docu met en scène la ville californienne de Berkeley (voisine d’El Cerrito, bourgade d’origine du groupe) en évoquant notamment les origines du House Un-American Activities Committee - ou Commission de la Chambre sur les activités antiaméricaines -, chargée de traquer les communistes en parallèle avec McCarthy au début des années 60, mais aussi la naissance de la contre-culture US. On y retrouve une foule d’images d’archives de Martin Luther King, Huey Newton ou Allen Ginsberg, ainsi que des témoignages et vidéos de Joan Baez ou le Grateful Dead. Pas étonnant d’y retrouver “Fortunate Son” en bien belle compagnie sur la BO (“Purple Haze” d’Hendrix, “Keep A Knockin’” de Little Richard, “Viola Lee Blues” du Grateful Dead ou encore “We Shall Overcome” de Joan Baez). Nous sommes ici typiquement dans une évocation de l’air du temps, indépendamment de toute considération politique sous-tendue par le documentaire vu que Creedence ne s’est jamais engagé sur ce terrain, ni par le biais des déclarations de ses membres, ni par les textes de John Fogerty.



Parmi les films évoquant ou se déroulant durant les 60’s qui utilisent CCR à visée ornementale afin de recréer une époque - une atmosphère -, on citera Les copains d'abord (The Big Chill, 1984) relatant une réunion de huit amis d’université en Caroline du Sud après l’enterrement de l’un des leurs suite à un suicide. Le casting se montre intéressant puisqu’y apparaissent des acteurs à l’époque confirmés ou en devenir comme Kevin Kline, Glenn Close, William Hurt, Jeff Goldblum et Tom Berenger, Kevin Costner tenant le rôle du suicidé. Aux côtés de “Bad Moon Rising” apparaissent d’ailleurs sur la BO des acteurs pop ou rock de la même époque comme Aretha Franklin, Marvin Gaye, the Temptations, the Rolling Stones et Three Dog Night. Dans le genre film de potes à l’ancienne et sur un registre moins plombant, Indian Summer (1993) raconte l’histoire de sept amis ayant passé leurs vacances ensemble en colonie dans l’Ontario quand ils étaient enfants et qui se retrouvent à l’appel de leur ancien moniteur à l’annonce de sa retraite. Forcément, des souvenirs de cette jeunesse bénie affleurent en surface, et "Susie Q" version CCR leur offre un écrin de nostalgie idyllique. Les 70’s sont également au programme de My Girl (1991) qui narre l'histoire d'une amitié entre une petite fille et un petit garçon (interprété par l’ex futur prodige Macaulay Culkin) durant l’été 1972, avec "Bad Moon Rising" et "Run Through The Jungle" au générique. Enfin on citera December Boys (2007) avec Daniel “Harry Potter” Radcliffe à l’affiche, dans lequel quatre orphelins nés en décembre se battent pour être adoptés par un couple ne pouvant avoir d’enfants. Le film se déroulant en Australie à la fin des années 60, c’est bien l’époque qui est visée par "Have You Ever Seen the Rain" et non le territoire américain.


Nicolas


Have You Ever See The Rain : les personnages en décalage avec leur époque


Antithèse complète de ce qui précède, le rock de Creedence Clearwater Revival sert aussi souvent à illustrer des longs métrages traitant d’américains atypiques, pas vraiment en phase avec leur époque, faisant tâche avec le puritanisme américain et/ou l’american dream traditionnel. Des laissés pour compte, des fortes personnalités, des types pouvant, par leurs particularismes, prendre de la hauteur par rapport à la nation dans laquelle ils vivent. De tels individus entrent en effet en résonance avec les rêves fantasmés de John Fogerty, son univers louisiannais idyllique ou en tout cas évoquant une sorte d’idéal de vie qui s’est sans cesse confronté à son quotidien de californien en marge. Creedence se pose ici comme un appel à la singularité, mais toujours confrontée à l’Amérique érigée en tant que bornes idéologiques et/ou comportementales. Exemple parfait avec The Big Lebowski des frères Coen (1998) qui accumule les personnages atypiques au rang desquels Jeff Bridges en glandu fan de bowling et John Goodman en parangon du vétéran du Vietnam juif énervé. La BO du film réserve une place de choix à CCR avec "Lookin' Out My Back Door" et "Run through the Jungle". Une personnalité comme Howard Hughes s’intègre également dans l’univers de John Fogerty : "Up Around the Bend" et "Down on the Corner" s’intègrent ainsi dans la musique du film Faussaire (The Hoax en VO, 2006) avec Richard Gere dans le rôle du milliardaire aviateur playboy ayant vécu en reclus durant ses dernières années, deux ans après que Leo DiCaprio ait endossé le même rôle devant la caméra de Martin Scorcese (The Aviator).



D’autres héros atypiques peuvent se revendiquer de Creedence, comme Hunter S Thompson, le journaliste Gonzo ayant vécu plusieurs mois dans un gang de Hell’s Angels et immortalisé sur grand écran par Bill Murray sous la direction d’Art Linson (Where the Buffalo Roam, 1980) : "Keep on Chooglin" est alors de mise. Michael (1996, Nora “Sleepless In Seattle” Ephron) voit John Travolta endosser le rôle de l’archange Saint Michel vivant avec une vieille dame dans une version humanisée (mais dotée d’ailes) qui porte un regard à la fois critique et bienveillant sur le monde, avec également Andie McDowell, Bob Hoskins et tiens, encore William Hurt au générique. C’est "Up Around the Bend" qui illustre cette fable. À signaler dans le même registre, et de façon beaucoup plus anecdotique, le flic joué par Andy Garcia qui doit protéger Michael Keaton en psychopathe car ce dernier est compatible avec son fils malade et peut lui donner un rein dans le navet L'enjeu (Deadly Measures) de Barbet Shroeder (1998), quoique dans ce cas le théâtre des opérations, le San Francisco presque natal des quatre hommes, puisse aussi constituer un terrain propice à exposer “Proud Mary” dans la soundtrack. Et finalement, des personnages aussi décalés que Forrest Gump (ibid) et John McLane (Die Hard 4) attirent à eux le rock de Creedence Clearwater Revival indépendamment d’autres aspects pouvant se trouver sublimé par la patte des californiens, guerre du Vietnam pour le premier et post-modernisme éhonté pour le second.


Nicolas


Ninety-Nine and a Half (Won't Do) : l’Amérique et le sport


Sachez que Creedence Clearwater Revival se retrouve également, bien que de manière plus accessoires pour nous autres européens, dans des bandes originales de films exaltants des exploits sportifs. De deux genres bien particuliers, très précisément. Le premier, ce sont des longs métrages consacrés à des sports d’endurance : marathon et cyclisme. Ainsi Le prix de l'exploit (American Flyers, 1985) a pour thème un entraînement pour une course cycliste dans les rocky mountains, avec une compétition entre deux frères dont Kevin Costner : "Bad Moon Rising" se retrouve au générique. Dans Prefontaine (1997), Jared Leto incarne un coureur de fond dans l'Oregon qui, mort à 24 ans dans un accident de voiture, s’est fait connaître pour détenir en 1972 pas moins de sept records américains de vitesse sur différentes distances entre 2000 et 10.000 mètres ("Fortunate Son" illustre cet exploit). Et bien sûr, Forrest Gump et sa course obnubilée se rattache à ces personnages. La signification de ce choix des natifs d’El Cerrito dans ce genre de BO n’est pas forcément des plus évidentes, mais sans doute faut-il y voir d’une part des “héros” américains qui, tels les marines du Vietnam, exaltent la force de la nation US à travers un dépassement qui transcende leur simple personne, d’autre part une musique qui, roots, cool, tranquille, naturelle, pourrait provoquer à son écoute - pourquoi pas ? - une sensation proche de celle ressentie par ces sportifs extrêmes noyés d’endorphines, déconnectés du réel et plus proche d’un fantasme de vie que de la vie elle-même.



Second genre de sport faisant régulièrement appel à Creedence : le football américain. Là, la signification est plus évidente. Le footballeur US est devenu le gladiateur des temps modernes tout autant que le héraut de la nation, portant haut la gloire de ce sport quasi-exclusivement pratiqué chez l’Oncle Sam ou en tout cas jouissant dans son pays initiateur d’une popularité inouïe jamais atteinte ailleurs sur la planète. Ce sport se marie donc à la perfection avec le rock roots, enraciné dans la nation US et porteur d’une imagerie typiquement ricaine qu’est celui de John Fogerty et consorts. Trois exemples peuvent être cités pour illustrer ce postulat : d’abord Le plus beau des combats (Remember The Titans, 2000) dans lequel Denzel Washington entraîne une équipe de foot américain composée de jeunes en réinsertion ("I Heard It Through the Grapevine", "Up Around the Bend"), Mi-temps au mitard (The Longest Yard, 2005) avec Adam Sandler à la tête d'une équipe de foot US de prisonniers face à une équipe de gardiens de prison ("Have You Ever Seen the Rain", "Bootleg") et We Are Marshall (2006) qui voit Matthew McConaughy reformer une équipe de foot US universitaire dont les anciens membres se sont crashés en avion ("Lookin' Out My Back Door").


Nicolas


Bad Moon Rising : loup y es-tu ?


Pour John Landis, le rock n’roll a cessé d’être diabolique au moment où il a généré de l’argent. Une réflexion simpliste qui témoigne quand même d’un certain intérêt de la part du réalisateur des Blues Brothers pour la musique rock. Trois ans après avoir mis en boîte la tournée fictive et les aventures des deux personnages du Saturday Night Live de NBC, Landis prend la caméra pour clipper le mythique "Thriller" de Michael Jackson. Entre deux, en 1981, son film Le Loup-garou de Londres (An American Werewolf in London en VO) voit le jour. Film dont la bande-son semble avoir été composée en tapant "music about the moon" sur Google, puisque tous les morceaux utilisés n’ont en commun que le fait d’avoir le mot "moon" dans leur titre, et dans lequel on retrouve le fameux "Bad Moon Rising" de Creedence Clearwater Revival.


La scène qu’illustre "Bad Moon Rising" dans Le Loup-garou de Londres se déroule alors que David, personnage principal du film, a emménagé chez l’une des infirmières qui se sont occupées de lui après qu’il ait été attaqué par une étrange créature. Alex, de son petit nom, l’embrasse sur le pas de la porte et part travailler, laissant David seul chez elle. Et les premiers indices de la transformation à venir de David se dévoilent au spectateur, à travers la réaction des animaux qu’ils croisent dans la rue, du chien qui lui hurle dessus au chat qui tente de l’effrayer en crachant. "Bad Moon Rising", et ses premières lignes "I see a bad moon rising, I see trouble on the way. I see earthquakes and lightnin'. I see bad times today" sont là pour évoquer la transformation à venir de David en un effrayant loup-garou.



Une utilisation judicieuse, un peu plus en tout cas que celle qu’en fera 17 ans plus tard Stephen Norrington pour son adaptation de Blade, célèbre personnage de comics mi-humain mi-vampire qui cherche à venger la mort de sa mère, mordue par un vampire pendant sa grossesse. Dans Blade, "Bad Moon Rising" n’est présent que quelques secondes dans une scène anecdotique, par le biais de la radio de Whistler, un ami de Blade. Et tranche même avec l’empreinte sonore du film qui, comme tous les films d’action sombres des années 90, a choisi de se rythmer avec de la très mauvaise musique techno (si l’on met bien sûr de côté l’entêtant et funky "Confusion" de New Order dans la scène d’introduction du film). Même la série pour adolescents Teen Wolf a mieux compris le pouvoir du titre de Creedence que l’équipe de Blade, en proposant une reprise terrifiante de "Bad Moon Rising" dans l’ultime épisode de sa troisième saison, par Mourning Ritual. Heureusement, les films sur la guerre du Viêt Nam seront toujours là pour donner au titre de Creedence les scènes cultes qu’il mérite.


Erwan

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