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R.E.M. : Rapide coup d’œil sur 30 ans de musique.


Collectif, le 03/09/2015

Stipe. Buck. Mills. Berry, ou les quatre noms qui ont forgé R.E.M., groupe aux trente ans d'histoire, aux contrats à 80 millions de dollars et au crépuscule précipité. Pour la plupart des gens, R.E.M., c'est une poignée de singles et une trajectoire linéaire. Ah ouais mais c'est le groupe de "Losing My Religion", ouais c'est vrai que c'est bien. Il est pourtant bien difficile de leur en vouloir, tant ce single et quelques autres ("Everybody Hurts", "Shiny Happy People", "Man On The Moon", pour les plus médiatiques) ont écrasé les années 90 de long en large. Cependant, lorsque l'on creuse un peu, R.E.M. un groupe à l'identité monumentale et dont on n'a toujours pas percé tout les secrets. Et aujourd'hui l'un des héritages les plus marquants de la musique contemporaine. C'est aussi l'un des groupes majeurs carrément oublié par les rédacteurs d'Albumrock et même si c'est anecdotique, c'est le point de départ de ce dossier totalement subjectif que nous vous concoctons. Un été à tout réécouter plus tard, il est enfin temps de rectifier cette diabolique erreur et de vous faire parvenir nos états d'âmes, nos coups de cœur et nos points de rupture. Temps aussi, de sortir les poings et de défendre nos bases et nos partis-pris.

 

La carrière de R.E.M. débute à Athens, Géorgie en 1979. Les quatre compères se soudent par leurs influences communes, à savoir le rock des années 60 et principalement les Beach Boys, les Stones ou Creedance et le punk ricain des Television ou autre Patti Smith. Dès leurs débuts, leur folk-rock direct et spirituel tranche avec un post-punk en fin de course et installe le groupe dans un fauteuil de pionnier du rock alternatif. Le terme Jangle Pop commence même à voir le jour pour décrire leur musique. En 1982 le groupe signe chez le label I.R.S. Records et sortira un album par an de 83 à 87 sous leur patronage. Si le succès critique est immédiat – Murmur sera d'ailleurs l'album de l'année 83 pour Rolling Stone – le succès commercial n’apparaîtra que deux ans plus tard et se cantonnera longtemps aux contours du pays de l'Oncle Sam. Et encore, les radios traditionnelles vont longtemps hésiter à diffuser les singles du groupe, jusqu'à l’avènement de "The One I Love" en 87.

 

Frustrés par la situation, le groupe ne reconduit pas son contrat avec I.R.S., file chez Warner et enregistre Green dans la foulée, en 88. Assez étrangement, ce changement de cap est synonyme d'expérimentations et d'une plus grande liberté dans leur façon d’appréhender leur musique. "Stand" est un succès mondial et "World Leader Pretend" assoie la conscience politique du groupe déjà entrevue sur Document en 87. Anti-militariste, féministe, et soucieux de l'environnement, Michael Stipe n'hésite pas à se servir de sa visibilité pour glisser de nombreux messages pour la liberté et l'égalité des peuples. En parallèle, c'est à cette époque que le groupe connaîtra ses plus beaux succès, avec Out Of Time en 91 et surtout Automatic For The People en 92, encore souvent considéré comme le meilleur album du groupe. Pas par nous, cela dit.

 

Après deux albums résolument pop, R.E.M. revient au rock avec Monster en 94 et malgré un succès moindre, enchaîne avec le très expérimental New Adventures in Hi-Fi en 96, sans doute leur album le plus audacieux, du moins le plus travaillé. C'est lors des premières sessions de travail de Up en 97 que le batteur Bill Berry laisse ses trois camarades pour des raisons qui lui appartiennent encore (la version à peu près officielle voudrait qu'il ne sentait pas bien dans les habits d'une rock star) à la seule condition que le groupe lui survive. Ce que les trois autres acceptent, presque à contre-coeur. Sous la direction de Nigel Godrich et avec Joey Waronker aux fûts (par intermittence), Up voit le jour en octobre 98 malgré une ambiance très lourde lors de son enregistrement. L'album est le théâtre de nouvelles expérimentations, notamment l'introduction mesurée de sons électroniques mais ne soulève pas les foules, glacées par son ambiance tiède et son volontaire manque d'allant.

 

Il faudra trois ans pour définitivement boucler son successeur, Reveal, album solaire et chaleureux qui tranche net avec le grand frère. Si l'album est sensé rebooster la carrière des boys d'Athens, il n'y parviendra que grâce à ses deux singles phares ("Imitation of Life" et "All The Way To Reno") tant le cœur de l'album manque de corps, en dépit d'un son pop retrouvé et totalement assumé. Trois ans plus tard, R.E.M sort son premier et unique raté : Around The Sun, plombé par un manque d'inspiration confondant et noyé sous des pianos qui leur vont très mal au teint. L'album est globalement mal reçu et le groupe s'octroie une pause pendant laquelle le groupe sortira un (excellent) live et le très acclamé best-of de leurs années I.R.S. On peut commencer à penser que ça sent le sapin pour nos copains, mais ils reviennent en pleine forme en 2008 avec Accelerate, premier véritable album rock en 15 ans, toutes guitares dehors et mené par un diable de Michael Stipe qui a les crocs. L'album est péchu, mélodique, urgent, éminemment politique et semble débuter un nouveau cycle pour R.E.M. Seulement l'histoire s'arrêtera pour de bon trois ans plus tard avec un Collapse Into Now à peine assagi, qui même s'il n'a pas les contours d'un chant du cygne, offre tout de même une porte de sortie tout-à-fait honorable à nos trois lascars.

 

On peut d'ailleurs saluer l'initiative de s'arrêter alors que le groupe squatte encore le haut de l'affiche, plutôt que de ternir l'image d'un groupe toujours plein de vitalité. Il y avait sans doute encore de quoi balancer quelques tubes et gratter des poignées de dollars, mais Michael, Peter et Bill ont vu les choses différemment. Et c'est tant mieux. C'est cruel, mais c'est tant mieux.

 

Si en quinze albums, le son du groupe a évolué, il y a tout de même des constantes qui façonnent l'identité de R.E.M. Tout d'abord, cette obsession de la mélodie, qui commence dès les lignes de basse de Bill Berry et qui explose dans les arpèges soyeux de Peter Buck. Le grand guitariste rouquin est d'ailleurs connu et reconnu pour avoir (presque) toujours refusé le solo, qu'il considérait comme un gadget un peu facile. Même dans leurs albums les plus téméraires, Buck a constamment développé ses arpèges avec soin, tissant ainsi des mélodies parmi les plus belles de l'histoire du rock. Et puis il y a Michael Stipe, la figure de proue, le leader charismatique. Il y a tout d'abord sa voix. Puissante, ample, elle est le vaisseau de ses prières incantatoires. Les harmonies avec Peter Buck (surtout sur Green et Out Of Time) appuient cette idée du chant spirituel, très habité, parfois tellement habité que Stipe en mâche les mots, surtout sur les premiers albums. Les mots, justement, ont eux-aussi une importance déterminante. Si Stipe, qui est l'unique parolier, s'amuse parfois à dire qu'elles n'ont aucun sens, on sait parfaitement que certains thèmes lui sont chers. Outre ses implications politiques, le groupe a toujours eu une tendance à glisser vers l'abstrait et l'onirisme. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le groupe a choisi le nom R.E.M, pour Rapid Eye Movement qui désigne le phénomène de mouvement des yeux durant le sommeil paradoxal. Même les tubes n'ont pas toujours le sens qu'on leur prêterait. "Losing My Religion", contrairement à ce que le clip laisse entendre (qui est une adaptation de la nouvelle de Gabriel Garcia Marquez "A Very Old Man With Enormous Wings"), ne fait en aucun cas référence à une perte de religion, ou même à la religion en elle-même. Ce n'est en fait qu'une expression du sud américain, qui signifie perdre confiance, en l’occurrence ici, en l'amour. En un amour obsessionnel, unilatéral, qui consumerait le malheureux mordu. L'aliénation et l'obsession sont d’ailleurs deux autres thèmes récurrents, qu'elle soit politique ("Orange Crush") ou intime ("Daysleeper").

 

En attendant, en trente ans, le groupe a fait des émules. Outre les millions d'albums vendus à travers la planète, R.E.M a influencé tout un tas de groupes de pop. Alors il y a les évidents : Editors, Travis, Idlewild ou encore Pavement. Puis il y a encore les amis, les associés réguliers : Patti Smith, Peaches, Thurston Moore ou Lou Barlow, parmi une longue liste de potos de prestige. Et enfin, le rendez-vous manqué. Michael Stipe et Kurt Cobain n'ont jamais caché leur admiration respective et même, l'idée germa d'une collaboration au début des années 90. En 94, précisément. Les discussions étaient bien avancées, tout le monde était plus ou moins d'accord, puis patatra, le sort du blondinet en décida autrement. Très touché par le décès de celui qui était devenu son ami, il écrira l'une de ses plus belles chansons : "Let Me In" qui figurera sur Monster qui paraîtra juste quelques mois après le décès de Cobain. Cerise on the cake, Stipe est le parrain de Frances Bean, fille de.

 

Bon allez, trêve de bavardage, vous n'êtes pas venu prendre un cours d'histoire express, parce qu'en plus résumer 30 ans en si peu de mots, c'est pas aisé. Venez donc goûter de près à nos albums phares, à nos chouchous et à nos petites piques. Tout en tendresse.  

En savoir plus sur R.E.M.
Commentaires
QazorleGrand, le 17/10/2015 à 16:04
Bravo pour le dossier ; vous m'avez donné envie de réécouter leurs albums ! Petit bémol perso : Accelerate exhibe ses biceps rock mais tombe à plat pour moi, Collapse into Now me semblant bien meilleur ! Document est un grand disque rock de REM et Up un disque trop sous estimé !
Francois, le 19/09/2015 à 16:01
It's the end of the world...as we (used to) know it...and I feel sad !