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Black Sabbath : origines et descendance(s) du rock heavy


Nicolas, le 24/06/2013

Heavy metal victims

L’an passé, la rédaction vous avait concocté un dossier sur Pink Floyd qui reprenait, assez paresseusement il est vrai, l’intitulé de la réédition massive de la disco du groupe, à savoir Why Pink Floyd? . La question, parfaitement adéquate pour un groupe essentiel aujourd’hui tombé dans une certaine désuétude, pourrait se poser à nouveau lorsque l’on aborde la cas du quatuor de Birmingham. Pourquoi vous proposer un dossier sur Black Sabbath ? Bien sûr, la sortie de 13, fruit d’un rapprochement, certes partiel mais quasi-inespéré, entre les membres fondateurs du Sab, suffirait à elle seule à célébrer à nouveau l’un des groupes pionniers du heavy rock 70’s, même si cette réunion n’arrivera jamais à la cheville de son fantôme passé. Néanmoins, nombreux sont ceux parmi vous qui ne se sont probablement jamais intéressés au Sabbath, non pas en raison d’un dédain conscient, mais plus probablement à cause d’une exclusion de facto eut égard au genre abordé ou supposément abordé. Black Sabbath, un nom qui fiche la trouille, un groupe sulfureux qui traîne une sale réputation de satanisme, une bande de vulgaires prolétaires bas du front à peine dignes de se confronter à l’immense Led Zeppelin, mais surtout, surtout, un groupe censé avoir inventé le heavy metal. Or le metal, nous en sommes bien conscients, n’est pas la tasse de thé de la grande majorité de notre lectorat. Et justement : ce dossier apparaît comme l’occasion idéale de tordre le cou à quelques idées reçues et de replacer la bande à Tony Iommi sur le piédestal qu’elle mérite : celui d’un groupe majeur dont l’influence plane sur l’ensemble de la musique rock contemporaine. Et nul besoin d’écouter de heavy metal pour s’en rendre compte. Par Nicolas

La quête du son lourd ultime


Pour être tout à fait exact, Iommi et ses collègues n’ont pas inventé le metal, ils ont fait bien plus que cela : ils ont inventé un son nouveau, le son heavy. La légende voudrait, encore aujourd’hui en 2013, que la naissance de ce fameux son heavy soit le simple fait du hasard. Tout le monde a eu vent de cet accident contracté par le jeune guitariste du Sab, qui a entraîné la section de deux phalanges de sa main gauche et qui l’a obligé à jouer par la suite avec des capuchons sur le bout des doigts. Là-dessus, il était logique de penser que le moustachu amputé avait détendu la tension de ses cordes dans le but de soulager la douleur de ses extrémités meurtries, entraînant ainsi ce fameux détunage de mi en do dièse. Pour sa part, Iommi a toujours réfuté cette version des faits. Oui, il avait mal aux doigts, mais l’idée de détendre ses cordes ne répondait qu’à un seul objectif : celui de sonner plus lourd. D’ailleurs, cette technique n’a été utilisée, et de façon d’ailleurs très parcellaire, qu’à partir de Master Of Reality et n’avait donc pas encore cours sur le pourtant lugubre "Black Sabbath" ou sur le mortuaire "Electric Funeral". Ce qui est certain, par contre, c’est que le guitariste a cherché très tôt à employer des cordes plus fines pour ses troisièmes et quatrième doigts afin de limiter la force de cisaillement qui s’y appliquait, un long parcours du combattant qui n’a pu trouver sa pleine utilisation qu’une fois le succès du Sab acquis. Et pourtant, Iommi n’a pas attendu ces ingéniosités techniques pour développer son fameux mur de son d’outre tombe.


A l’origine de cette quête, on retrouve évidemment les compatriotes de Led Zeppelin, Robert Plant et John Bonham étant tous deux issus de Birmingham. Lorsque le Zep a pris son envol, une espèce de compétition s’est très vite installée entre Jimmy Page et Iommi pour savoir qui allait avoir le son le plus pesant. D’un côté, le Zep pouvait compter sur la force de frappe surhumaine de Bonzo et sur les syncopes brutales appliquées aux riffs de guitare, mais en tant que telle, la sonorité de Page n’a jamais fait preuve d’une lourdeur exceptionnelle, et Iommi était persuadé de pouvoir faire mieux. Lui qui a toujours été habitué à bidouiller ses instruments pour les accommoder à son handicap n’a pas mis longtemps à trouver la formule parfaite : du grave, de la distorsion, des power chords et des motifs lents et répétitifs, sans oublier un jeu de contrastes essentiel, car tout ce qui sonne lourd le sonne d’autant plus lorsqu’il se trouve juxtaposé avec des passages plus légers Mais plus que tout, c’est l’abandon des accords et des enchaînements de notes habituels du blues qui a parachevé l’objectif recherché. L’écoute, à cet effet, du double riff faisant suite au premier refrain de "War Pigs" se révèle absolument démonstrative puisque Iommi fait se succéder deux gimmicks qui utilisent exactement les mêmes notes, mais pas dans le même ordre : si le second demeure parfaitement bluesy, le premier a perdu sa chaleur et sa rondeur pour y faire germer une sensation de malaise. On ne parlera alors même pas du fameux intervalle du Triton employé instinctivement par le moustachu à croix sur "Black Sabbath" (et jamais ré-employé sur aucun autre de ses morceaux, soit dit en passant), ni des quelques thématiques horrifiques accueillies initialement par le Sab et dont le but n’était que d’amplifier le caractère pesant des ambiances développées. Ainsi naquit la "musique d’horreur" voulue initialement par Iommi, pendant des films d’horreur qui passaient dans le cinéma niché juste à côté de la salle de répétition du carré de Birmingham et qui ne désemplissait pas. Pourtant, tout ce folklore, mis à part un petit brin de provocation bien anglaise, n’était là que pour souligner les graves de la guitare et de la basse, et il faudrait d’ailleurs voir à ne pas mésestimer l’importance de Geezer Butler dans cette conquête du son lourd, lui qui, premier parmi tous les bassistes, a notamment eu l’idée de brancher une pédale wah-wah sur sa quatre cordes ("N.I.B.") et est parvenu à imprimer une distorsion énorme à son instrument. N’empêche que pour beaucoup de monde, Black Sabbath a volontairement colporté une imagerie démoniaque qu’il aurait sciemment léguée à sa prolifique descendance métallique.

Satanisme, entre mythe et réalité


Sataniste, le Sab d’Osbourne ? Quand on sait que les paroles du groupe ont toutes été écrites par ce même Butler, hippie végétarien et accessoirement seul chrétien un tant soit peu pratiquant de la bande, catholique irlandais de surcroît, cette vérité établie fait pour le moins sourire. D’ailleurs, un simple petit tour par les textes du bassiste fait très vite voler en éclat ce fantasme. Geezer Butler a peu écrit sur l’occulte, étant lui-même très vaguement intéressé par la chose, et à chaque fois ses textes mettaient en garde contre les dangers des forces obscures. Les paroles de "Black Sabbath" font bel et bien référence à Satan, mais pas du tout pour l’adorer, au contraire : Ozzy est complètement terrifié par l’apparition macabre qui lui fait face, et il en hurle d’effroi : "Oh no, no, please God help me !". Si on s’intéresse au cas "Lord Of This World", on imagine encore une référence satanique, alors que le Seigneur en question n’est autre que Jésus. "N.I.B." ne signifie aucunement Nativity In Black, comme le jurent les plus férus adorateurs du Sab, il s’agit simplement une allusion grossière à un sobriquet de Bill Ward (nib, ou nib head, "tête de stylo"). Quant à la croix inversée présente au verso de la pochette de Black Sabbath, d’après Iommi, il s’agit d’un coup de com’ imaginé par le management du groupe et ajouté à son insu dans l’artwork. Coup de com’, encore, que la sortie du dit album un Vendredi 13. Seulement, le fantasme populaire s’est emballé et le Sab s’est très vite retrouvé mis à l’index par les autorités chrétiennes. Si les quatre larrons, fiers de leurs provocations, ont d’abord préféré rigoler de tout ce cirque, ils ont vite déchanté lorsqu’ils ont reçu des menaces de mort issues de déséquilibrés, des messages inquiétants ou même la visite d’authentiques satanistes qui voulaient les initier à leur culte. A la décharge des puritains, il est exact que Tony Iommi s’est toujours dit plus ou moins vaguement connecté avec l’autre monde de façon inconsciente, affirmant que son inspiration lui serait soufflée par un être de l’au-delà et déclarant aussi avoir vu des fantômes à de multiples reprises (notamment durant l’enregistrement de Sabbath Bloody Sabbath). Mais s’il a également connu, comme Jimmy Page, sa période Aleister Crowley dans les années 80, il n’y a jamais vraiment pris goût et a très vite arrêté les frais : tout cela, après tout, n’apparaissait pas bien sérieux. Idem pour Geezer Butler qui s’est vaguement imprégné de Crowley à l’époque de Black Sabbath mais qui ne s'est jamais adonné à l'occultisme. Inversement, les quatre membres du Sab’ fondateur passaient pour maladivement superstitieux, raison pour laquelle ils ont tous à une époque porté une croix chrétienne (non inversée, cela va sans dire) autour du cou en concert. Une passade transitoire, et de fait, seul Iommi a conservé ce tic décoratif.


Mais ce qui compte plus que tout, quand on s’attaque à cette soi-disant problématique diabolique, c’est que le Black Sabbath originel ne s’est jamais, jamais pris au sérieux. Dans son autobiographie, Iommi raconte d’ailleurs, avec beaucoup d’humour, comment la bande s’est retrouvée un soir à devoir faire face à un sitting d’occultistes psalmodiant des incantations macabres juste devant leurs chambres d’hôtel. Ni une ni deux, les quatre larrons se sont empressés de souffler les bougies des disciples démoniaques en chantant "Joyeux anniversaire !". A l’inverse d’un Jimmy Page très concerné ou d’un Ritchie Blackmore qui n’a jamais caché une ambition dévorante, Tony Iommi a toujours pris soin de déconner en toute occasion, que ce soit en studio ou dans la vie avec ses potes. Osbourne est largement connu pour ses frasques débridées, son sens de l’humour potache et son caractère jovial, Butler, quoique le plus intello et le plus courtois de tous, n’a jamais rechigné à se fendre la poire en bonne compagnie, et Bill Ward, s’il a longuement fait les frais de farces plus ou moins douteuses de la part de ses compagnons - certaines ayant même failli lui coûter la vie, comme lorsque Iommi lui a mis le feu après l’avoir aspergé d’essence ou lorsqu’il s’est fait enduire de la tête au pied avec une peinture dorée - n’a jamais été le dernier à rire ou à faire rire autour de lui. Les gars de Birmingham étaient avant tout des gens du peuple, simples, faciles d’accès et pas prise de tête pour un sou, même s’il leur arrivait fréquemment de régler leurs dissensions à bons coups de bourre-pifs. On vous recommande à ce propos la lecture des truculents Moi, Ozzy et Iron Man d’Osbourne et Iommi : croyez-le, vous allez passer un moment de franche déconnade. Bref, autant on pourrait à la rigueur prêter un minimum d’attention aux théories de messages subliminaux satanistes incorporés par Jimmy Page à "Stairway To Heaven" (parce que lui, a contrario, s’y croyait quand même pas mal), autant les allégations de satanisme sabbathien ne tiennent pas la route bien longtemps. Et pourtant...

La perversion d'un modèle


Sabbath a eu beau essayer de lisser cette image occulte, rien n’y a fait. Pourtant, Paranoid traite de critique politique et antimilitariste, notamment à l’encontre de la guerre du Vietnam. Quant à Master Of Reality, il parle essentiellement de drogue et d’isolement, et ainsi en est-il des cinq autres albums qui suivent la même logique anti-stéréotypale. Peine perdue. Il faut dire que les managers du Sab’ ont tout fait pour entretenir cette image sulfureuse, en témoigne, outre la fameuse croix inversée de Black Sabbath, l’album live très subtilement intitulé We Sold Our Soul For Rock N’ Roll sorti à l’insu des protagonistes entre Sabotage et Technical Ecstasy. Et ce qui devait arriver arriva : à la même époque, le Sab’ fut interdit de tournée aux USA pour cause de satanisme, et dès lors le mythe fut impossible à contrecarrer. A son corps défendant, le modèle sabbathien a été récupéré dans sa pire caricature par de jeunes groupes avides et pesanteur, de provocation et de peur. Alice Cooper opérait un brusque changement de trajectoire avec Welcome To My Nightmare puis Alice Cooper Go To Hell, AC/DC versait dans l’allégorie démoniaque avec Highway To Hell, et Iron Maiden les marquait bien vite à la culotte avec sa mascotte maccabée. Mais c’est Judas Priest qui, les premiers, accolèrent de façon indélébile le bestiaire infernal au heavy metal, tout en introduisant dans le genre le culte de la technique, le distingo guitare soliste-rythmique et l’accoutrement cuir des bikers. Et tandis que Technical Ecstasy et Never Say Die!, ultimes opus très éloignés de l’archétype primordial du Sab’, se voyaient boudés par le propre public du groupe, le vrai heavy metal, le dur, le sérieux, était né, avec son imagerie surnaturelle, sa technique délirante, ses grattes en folie, ses pantalons moule-burnes en sky et ses hurleurs à tignasse, et se chargeait de récupérer les ouailles égarées.


Dans le même temps, la situation de Black Sabbath, très mal en point dans les charts, connut un tournant décisif avec le renvoi d’Ozzy Osbourne, viré pour excès de démotivation et de substances délabrantes. En 1980, pour un groupe privé de son chanteur d’origine, une décision s’imposait : il fallait suivre le mouvement ou périr. La seconde voie n’aurait pas été déshonorante : après tout, le Zeppelin avait préféré interrompre définitivement ses vols à la mort de John Bonham afin de ne pas entacher sa légende. Néanmoins, Iommi prit une toute autre décision, celle d’aller chercher, sous l’impulsion de Sharon Arden, le petit frontman teigneux de Rainbow, formation de l’ennemi Ritchie Blackmore, et d’embrasser complètement les thèmes en vogue dans ce milieu heavy naissant. Ainsi vit le jour le Mark 2 de Black Sabbath avec Ronnie James Dio, un type pour le coup très sérieux qui, très vite, propulsa derechef le groupe comme référence de toute une génération de métalleux en imprimant une tonalité heroic fantasy occulte aux textes du Sab’ et en popularisant la fameuse main cornue, symbole du diable, comme signe de ralliement du mouvement. La boucle était bouclée.


Satanisme, occultisme, démons, horreur, mano cornuta.... c’est bien joli, tout ça, mais en quoi cela nous occupe-t-il ? Après tout, nous sommes en 2013, la religion ne possède plus l’influence qu’elle déployait auparavant, et pour tout dire, en terme de rock n’ roll, que Dieu ou le Diable existe ou pas, on n’en a rien à carrer. L’une des chansons du Sab’ sur 13 reprend d’ailleurs à son actif l’adage nietzschien "God Is Dead", histoire de clore définitivement le débat sur cette polémique qui a fait le lit des détracteurs et des adorateurs du sabbat noir et de son engeance. Sauf que là encore, rien n’est simple, car qu’on le veuille ou non, tout ce bestiaire occulte a engendré un caractère cloisonnant qui, associé à la dimension extrême et violente de la musique concernée, a volontiers contribué à cantonner le metal à la marge de la société en général et de la scène rock en particulier. Cette mise en retrait, loin d’être subie, a été voulue par toute une communauté qui, par ses règles et ses codes excessifs et/ou provocateurs, aspirait à une authentique différence tout en faisant fuir les impies. Le corollaire de ces moeurs métalliques bizarroïdes est qu’il reste aujourd’hui difficile, pour les non initiés, de s’intéresser et a fortiori d’apprécier le heavy metal dans son versant le plus traditionnel, sans même parler de ses courants les plus outranciers qui demeurent réservés à une élite ultra-sélectionnée. Même si le metal a pu connaître quelques succès populaires (le Black Album de Metallica, notamment), même si sa communauté apparaît comme l’une des plus fidèles qui soit, même si les festivals attachés au mouvement ne désemplissent pas, la musique métallique et ceux qui la pratiquent, de par ces fameux codes stylistiques et culturels, sont voués à évoluer en vase clos, en parallèle au circuit rock traditionnel et en totale autarcie. Or, à la fin des années 70, ces mêmes tenants de la culture métallique se sont empressés de déclarer leur flamme à l’égard de Black Sabbath, intronisant de fait la formation comme l’alpha et l’oméga de tout un courant de pensée et empêchant de façon implicite, du moins dans un premier temps, toute tentative d’appropriation des codes sabbathiens par n’importe quel autre protagoniste extérieur au milieu metal. Le Sabbath se trouvait ainsi canonisé comme groupe culte à la marge, et le ralliement plein et entier de Iommi à la cause avec Ronnie James Dio, que l’on pourrait d’un certain point de vue considérer comme un juste retour des choses, achevait d’adouber le heavy metal comme mouvement légitimé tout en excluant de facto Black Sabbath de toute empreinte possible sur le reste de la scène rock.

Autopsie d'une soumission


Cette décision de Tony Iommi n’est pas facile à comprendre et il convient de s’attarder un moment sur son origine et son implication. Le premier paramètre à même d’expliquer ce brutal revirement, c’est une carence de management sidérante. Contrairement à Led Zep, chapeauté par le colosse Peter Grant, grande brute possédant néanmoins une vision à long terme en terme de business et de royalties, Black Sabbath a toujours été managé par des bras cassés, au premier rang desquels les vermines Jim Simspon et surtout Patrick Meehan. Moeurs de mafiosi, affabulations, flatteries et manipulations ont ainsi représenté le quotidien du Sab’ durant presque toute la période Osbourne par le biais de cette crapule notoire qui a scrupuleusement pompé toutes les recettes du groupe tout en laissant aux boys quelques miettes afin qu’ils ne se doutent de rien. Et alors que les quatre jeunes rockers habitaient de belles maisons et roulaient en voiture de sport, Meehan faisait main basse en douce sur une fortune autrement plus substantielle. Lorsque Iommi découvrit le pot aux roses en 1975, il était bien trop tard et le Sabbath se retrouvait criblé de dettes, étranglé par le fisc et lié à Warner par un contrat intenable. Malheureusement pour lui, la suite alla de mal en pis avec l’arrivée de Don Arden et de sa sangsue de fille Sharon. Non seulement Arden fut incapable de restaurer un équilibre financier acceptable, mais il ne fit rien pour ré-impulser une carrière qui partait complètement en vrille tandis qu’Osbourne et Ward se vautraient dans les drogues en tous genres. Alors que Iommi essayait tant bien que mal de maintenir le bateau à flot, Sharon Arden draguait ouvertement un Ozzy très perturbé par le décès de son père en lui faisant miroiter une carrière solo successfull et bankable. La longue suite, mariage, albums, festival et reality show ridicule, est bien connue, même si, bien évidemment, Osbourne a largement tendu le bâton pour se faire battre de par sa passivité légendaire. Résultat des courses : en 1980, Iommi était ruiné, n’avait plus de chanteur et devait contractuellement un album de Black Sabbath à Warner. L’exemple type d’un management catastrophique.


Mais cette carence de management n’explique pas tout, et si l’on peut prêter de nombreuses qualités à Tony Iommi, son abnégation, son humilité et une certaine forme de retenue, on doit également lui reconnaître un bon nombre de défauts au premier rang desquels un énorme manque de discernement. Seul homme à la barre du navire, autoritaire voire dictatorial dans ses choix, le manchot naviguait à vue et était incapable d’envisager une perspective à longue échéance. Étranglé par le succès, harassé par d’incessantes tournées, vidé de toute faculté de réflexion par une consommation hallucinante de cocaïne, très mal entouré et conseillé, Iommi a toujours dû réagir dans l’urgence et envisager des solutions de remplacement qui lui permettent de se remettre au plus vite à flot financièrement, mais surtout de continuer à jouer, encore et encore. C’est l’autre grand travers du gratteux moustachu : celui de ne jamais vouloir s’arrêter. Justifiant cette boulimie d’enregistrements et de scène par une volonté indéfectible de prouver à ses parents - ainsi qu’à lui-même - qu’il était capable de devenir quelqu’un d’important et de réussir dans la vie, cet acharnement à encore et toujours vouloir aller de l’avant, quelles qu’en soient les conséquences, a fini par avoir raison de son propre groupe, ulcérant un Ozzy Osbourne épuisé et désenchanté, puis condamnant un Bill Ward malade à rester sur la touche et éreintant le pourtant fidèle Geezer Butler, proprement dégoûté par le tournant pris par le Sab’ après le renvoi d’Ozzy.


Ce tournant, c’est Heaven & Hell, un volte face historique et logiquement encensé par le milieu metal. En effet, sous l’impulsion de Dio et de Don Arden, Iommi décida de se prêter à la mascarade métallique et de délivrer l’album que l’on attendait de lui et de Black Sabbath. Un album de heavy metal, ni plus ni moins, et pire : un album qui se calait dans des attitudes qui n’étaient en rien celles du Sab’. Un album fondamentalement stéréotypé, lyrique et maniéré, très technique, constellé de soli de guitares démonstratifs, à la batterie binaire métronomique méconnaissable - et pourtant, on vous le jure, c’est bien Bill Ward qui officie derrière les fûts - mais surtout, surtout, désespérément sérieux. Les thèmes surnaturels étaient de retour, sans subtilité, sans faux semblant, et se trouvaient désormais détournés de leur but initial : la culture des forces occultes avait dépassé la quête du riff heavy. Sur scène, Iommi abandonnait son accoutrement hippie 70’s pour se conformer aux us et coutumes en vigueur, au cuir et au noir intégral. Pourtant, avec le recul des années, l’album ne démérite nullement et se place même parmi les références du metal pré-Metallica, on pensera notamment au mur de son époustouflant de "Neon Knight", à la percussion de "Die Young" ou à la beauté des motifs de "Lady Evil" ou de "Children Of The Sea". Mais lorsque l’on examine la situation par l’autre bout de la lorgnette, Heaven & Hell marque une rupture sans précédent dans l’attitude de Tony Iommi : il avait été le meneur, le découvreur, le prophète, le berger, même involontaire, de tout un courant de pensée, et le voilà qui était devenu un simple suiveur, à la fois sur les tableaux thématique, stylistique et vestimentaire. Or, cette rupture, le guitariste amputé ne l’a jamais remise en question par la suite, trop heureux qu’il était de pouvoir satisfaire à la fois son public, son compte en banque et sa boulimie de scène... et tant pis s’il a dû pour cela sacrifier ses amis, ses idéaux et sa crédibilité.

Music is my business


S'appesantir sur la suite de la discographie du Sabbath ne présente guère d’intérêt, d’autant qu’aucun d’entre nous à la rédaction ne possède le background metal nécessaire pour la juger à sa juste valeur. Tout au plus peut-on paresseusement pomper les on-dits les plus triviaux à son sujet : une poignée de disques au mieux sympathiques (Headless Cross, à ce qu’il paraît), au pire pathétiques. On peut en revanche observer avec un certain effarement les innombrables changements de line-up qui ont occupé presque deux décennies actives - on vous a d’ailleurs concocté un trombinoscope YouTube à ce sujet un peu plus loin - ou encore la disparition de Bill Ward des écrans radars à quelques résurrections épisodiques prêt, la bouderie prolongée de Geezer Butler et sa carrière solo impulsée par son épouse-manager (tient, encore une), la prolifique discographie d’un Ozzy manipulé mais comblé et plein aux as, le jeu du je t’aime moi non plus avec Ronnie James Dio (trois années de service par décennie au maximum, pas une de plus) et les nombreuses invraisemblances qui constellent ce qui ressemble plus à la carrière solo de Tony Iommi qu’à un authentique maintien à flot du sabbat noir.


La véritable formation 70’s, quant à elle, est réapparue sporadiquement sans rien délivrer de neuf pendant près de 33 ans, car si, dans les faits, le Black Sabbath d’Ozzy n’a jamais complètement disparu en tant que groupe, son unité en tant qu’entité autonome s’est irrémédiablement éteinte en 1980 à partir du moment où Sharon Arden a commencé à fourrer son nez dans les affaires de son papa et de son futur mari. A défaut d’un gérant truand, le Sab’ d’aujourd’hui n’est plus dirigé par personne en terme de business, mais à l’inverse chacun de ses membres possède son propre manager personnel : Sharon Osbourne pour Ozzy, Gloria Butler pour Geezer, ou encore Ralph Baker pour Tony Iommi. Quant à Bill Ward, lui qui a dû subir bon nombre de tours pendables de la part de ses collègues, il se retrouve bien esseulé pour faire face à ces requins assoiffés de dollars. Dès lors, sa défection lors de la récente reformation du groupe et de l’enregistrement de 13 n’a véritablement surpris personne. En terme de déception, par contre, c’est une toute autre histoire : sa mise à l’écart, apparaît ni plus ni moins comme un authentique scandale. Comment recréer pleinement l’esprit du Sab’ sans son génial batteur, si atypique, si plein de groove et de sensibilité ? Et même si les récentes déclarations d’Ozzy laissent poindre des ennuis de santé, voir des problèmes de pratique instrumentale et de mémorisation, à même d’expliquer l’éviction de Ward et son remplacement par l’interchangeable Brad Wilk, on ne pourra passer sous silence la proposition de contrat proprement humiliante que le batteur a été contraint de rejeter afin de préserver son honneur et son intégrité. Une osmose de quarante années foutue en l’air par une vulgaire histoire de pognon : il a un drôle de goût, ce baroud d’honneur.

Reconnaissance ou prise en otage ?


Mais peu importe l’épilogue quand la légende se trouve assurée. Il est en effet indéniable que Black Sabbath, à lui tout seul, a inspiré la totalité ou presque des courants du heavy metal, une constatation qui, avec le recul, flanque le vertige. A partir de "Black Sabbath", sur l’album du même nom par le groupe du même nom, est né le doom ; "Paranoid", inventé en à peine une demi heure à l’époque de l’enregistrement de l’album éponyme, représente la cheville ouvrière de tout le heavy metal traditionnel ; "Sabbra Cadabra" sur Sabbath Bloody Sabbath passe pour la bible noire du black metal ; "Sympom Of the Universe", tiré de Sabotage, est considéré par beaucoup comme le premier morceau de thrash metal ; le même titre et "Dirty Women", qui conclue Technical Ecstasy, ont largement influencé le metal progressif. De ce fait, les superlatifs ne manquent pas de la part des pontes du milieu : Rolling Stone parle du Sabbath comme les "Beatles du heavy metal", tandis que Rob Halford (Judas Priest) dit de lui qu’il est "révolutionnaire" et à classer "dans la même catégorie que les Beatles ou Mozart". Pour Lars Ulrich (Metallica), "Black Sabbath est et sera toujours synonyme de heavy metal", et les cinq albums de metal préférés de Scott Ian (Anthrax) sont les cinq premiers disques du Sab.


Arrêtons là les éloges et penchons nous sur leurs implications. La première part d’une méprise assez effarante : puisque Black Sabbath se trouve à l’origine du heavy metal, il serait forcément, lui aussi, un groupe de heavy metal dans l'acceptation pleine et entière du terme. Cette assertion repose, comme on l’a vu plus tôt, sur deux éléments fondamentalement bancaux : le sacre du Sab’ comme empereur du metal par les sommités du milieu, et la rattachement tardif de la formation à la scène heavy metal après le départ d’Ozzy Osbourne. Le problème est que l’analyse, même succincte, de la discographie du sabbat noir fait très vite voler en éclat ce fantasme. Bien sûr, certains morceaux du groupe apparaissent très novateurs, notamment ceux énoncés au paragraphe précédent, et on pourrait encore citer "War Pigs", "Iron Man", "N.I.B.", "Sabbath Bloody Sabbath", "Children Of the Grave", qui, clairement, marquent les esprit par leur lourdeur, leurs effets pyrotechniques mais surtout, surtout, par leur éloignement du blues. Néanmoins on aurait tendance à oublier que ces pièces, aussi brillantes soient-elles, sont loin d’être majoritaires dans la disco du Sab’. On serait tenté d’encenser "Black Sabbath" et "Paranoid", les titres, et pourtant Black Sabbath et Paranoid, les albums, sont des disques très éclectiques et majoritairement bluesys. Même en allant jusqu’à Volume 4 (ah, ce sacré "Supernaut"), le blues transpire par tous les pores de Iommi. On voudrait ne retenir que les terribles graves électriques de "Lord Of This World" et mettre de côté l’acoustique de "Orchid", on voudrait léguer à la postérité l’agressif "Never Say Die" et flanquer aux oubliettes l’aérien "Air Dance". Pire encore, on voudrait nous faire croire que, simplement parce que Technical Ecstasy coupe les ponts avec le "heavy metal" (avec les guillemets de rigueur), c’est un mauvais album. Les exemples pourraient être multipliés à l’infini, mais une seule vérité s’en dégage invariablement : l’analyse de la discographie du Sab’ par le prisme du heavy metal peut quasiment s’apparenter à du révisionnisme rock n’ roll.


A l’opposé, beaucoup de traits caractériels du sabbat originel n’ont rien à voir, mais alors rien à voir, avec le heavy metal des décennies suivantes. La plus grosse différence, outre, on l’a déjà dit, le sérieux des protagonistes et la mise en avant volontaire d’un bestiaire fantastique, repose sur le simple aspect technique. Aussi bizarre que cela puisse paraître aux non-initiés qui se trouvent pris d’une nausée incoercible face aux habituelles démonstrations instrumentales m’as-tu-vu et stériles des métalleux, le Black Sabbath d’Osbourne possédait un niveau technique bien en dessous de la moyenne des formations hard rock 70’s. Éludons d’emblée le chant d’Ozzy qui, bien que parfaitement juste et imagé, ne pouvait se permettre de développer des palettes aussi amples et sensibles que celles d’un Robert Plant ou d’un Ian Gillan. La carence la plus significative se trouvait à la guitare : Tony Iommi étant à l’époque en pleine phase d’appropriation, ou plutôt de ré-appropriation de son instrument après l’amputation de ses deux phalanges, il était physiquement incapable de ne serait-ce que talonner un Ritchie Blackmore, un Jimmy Page ou, plus tard, un Eddie Van Halen qui ridiculisa proprement le Sab’ en ouvrant en première partie de la tournée de Technical Ecstasy. Bien sûr, sa courbe d’apprentissage s’est révélée exponentielle et a permis au grand manitou des guitaristes heavy de rattraper son retard et de dépasser la plupart des branleurs de manche dans les années 80, mais à ses débuts, même s’il était loin d’être une tanche, Iommi a quand même sérieusement ramé. Quand on s’attaque à Bill Ward, le fossé est encore plus grand : autodidacte sans aucune rigueur, l’éternel deuxième batteur de Birmingham après Bonzo n’aurait jamais été à même d’imprimer la cadence infernale d’un "Rock N’ Roll" ou d’un "Black Dog". Pour autant, l’atypie de Ward fait aussi tout son attrait : son côté plus percussionniste que batteur, sa souplesse dans les respirations, son aspect anarchique et imprévisible, ses infimes variations de tempo, tout cela contribue à imprimer une forte personnalité aux frappes du Sabbath. Finalement, le type le plus à l’aise sur son instrument était probablement Geezer Butler, capable de délivrer des lignes de basse mélodiques, véloces et agressives et d’affirmer une maîtrise sûre en toute occasion, même si, là encore, un John Paul Jones lui était supérieur d’un strict point de vue technique.


L’inverse de cette constatation fait rétrospectivement sourire, car le culte voué à la technique dans le metal ne trouve évidemment pas sa place dans une quelconque hérédité sabbathienne. De là, on peut systématiquement dédouaner le carré de Birmingham de toute responsabilité quant au distingo guitare rythmique / guitare soliste, aux soli supersoniques ou encore aux batteries épileptiques. Allons plus loin. Chez Black Sabbath, point de batailles épiques de grateux, de clowns fantoches qui grimacent en masturbant leur six-cordes, de doubles pédales assommantes, de basses réduites à une simple doublure des guitares. Au contraire même : les artifices sabbathiens, ce sont avant tout des recettes simples à mettre en pratique sur le plan technique, mais aussi l’impro, la débrouille, l’expérimentation et la recherche du son plus que le son en lui-même. Issus du milieu ouvrier de Birmingham, les quatre prolétaires étaient loin d’être des flèches, aucun n’ayant prolongé son cursus scolaire au delà du lycée. En revanche, ils étaient des champions de la bricole. Aucun autre guitariste, mis à part peut-être Jimi Hendrix, ne peut se targuer d’une telle volonté de personnalisation de son instrument que Tony Iommi : capuchons au bout des doigts, cordes fines, détunage, ajouts et retraits incessants de bobines, expérimentations d’effets sonores et de volumes ou d’amplis divers et variés, sans même compter l’apprentissage de doigtés personnalisés pour tirer le meilleur parti de son handicap, tout y est passé. Pareil pour Geezer Butler qui, bien qu’ayant cherché à se caler sur le son de Iommi, a également expérimenté nombre de combinaisons de matériel avant de trouver le son (et la technique instrumentale) à même d’obtenir le rendu pesant pathognomonique du Sab’. Là encore, on se trouve à des années lumières des stéréotypes fermés et immuables du heavy metal.

Un héritage qui reste à légitimer


On s’en rend bien compte : la confiscation du modèle sabbathien par les métalleux est tout à la fois indue et illégitime, et elle en apparaît de ce fait totalement inexcusable. Le fait est que cette confiscation, appuyée par le peu de relais du Sab’ dans les médias rock traditionnels, a profondément inhibé un grand nombre de formations non métalliques qui auraient pu souhaiter prendre Iommi et sa bande comme exemple. A l’exception de la scène doom scandinave qui a pu très tôt se développer à l’écart des clichés éculés du heavy metal, peu de véritables héritiers sabbathiens ont pu voir le jour dans les années 80. Cette question de l’authentique héritage du sabbat noir, on ne l’abordera pas en détail ici puisque nous vous avons concocté un peu plus loin dans ce dossier un florilège d’albums qui, à notre humble opinion, ont bien plus à voir avec Black Sabbath que n’importe que disque de heavy metal traditionnel. Deux points importants méritent cependant d’être soulevés au sein de ce plaidoyer. En premier lieu, ce sont les groupes grunges de Seattle qui ont remis sur le devant de la scène la lourdeur du son, chacun d’entre eux ayant fièrement revendiqué l’influence de Black Sabbath sur leur musique - influence qui a d’ailleurs valu, soit dit en passant, les premières critiques élogieuses rétroactives sur les albums de la période Ozzy. En second lieu, quelques années plus tard, ce fut au tour du stoner rock d’émerger et de prendre à bras le corps un authentique modèle sabbathien. Le point commun entre ces deux mouvements, c’est qu’ils se sont tous les deux construits en opposition au heavy metal, refusant d’adopter ses codes thématiques, techniques, esthétiques et vestimentaires et mettant même parfois un point d’honneur à aller à leur encontre (Kurt Cobain, notamment). Si l’idée du grunge était d’emprunter simplement la lourdeur du son du Sabbath en la mêlant à d’autres styles (punk en particulier) et en y appliquant d’autres tournures de textes (souffrance / mal être), le stoner, de son côté, répondait clairement à un besoin de réappropriation intégrale du modèle heavy rock 70's en général et sabbathien en particulier, et réalisait donc a posteriori son prolongement légitime, valorisant d’autant plus tout un pan de la discographie du Sab’ cordialement méprisé par le metal, à savoir la période Master Of Reality - Volume 4. Plus vertigineux encore : si on part de l’origine de ces deux écoles du rock pour en arriver à leur aboutissement, on peut dès lors sans problème avancer le lieu commun suivant : sans Black Sabbath, pas de Nirvana ni de Kyuss (Josh Homme s'étant abreuvé sans le savoir à la source sabbathienne par la médiation de Black Flag), ni par extension de Queens Of The Stone Age, et donc pas de Nevermind ni de Songs For The Deaf, les deux seuls albums, avec OK Computer, à avoir vraiment redéfini la face du rock au cours des 25 dernières années. Méditez-donc un peu là-dessus.


C’est que le modèle sabbathien, et on conclura là-dessus, reste aujourd’hui tout autant fascinant qu’extrêmement simple en terme d’appropriation et de mise en application. Des racines blues respectées, même si pas forcément mises en avant de façon prédominante, une recherche de pesanteur, le riff au coeur de toute chose, une technique rudimentaire, des astuces matérielles, de la mélodie, du fun et brin de provocation pour emballer le tout. Cette profession de foi, déterrée il y a deux décennies à peine, a même permis au metal, ou du moins à certaines de ses branches, de se réconcilier avec ses vraies origines, on pensera notamment au sludge géorgien emporté par Mastodon qui connaît une vraie poussée créative depuis quelques années et qui, à l’inverse des exemples grunge et stoner précités, reste fermement attaché au milieu heavy metal, se contentant d’en ébranler les soubassements en lousedé et d’y distiller rétroactivement la bonne parole sabbathienne, la vraie. Ainsi la boucle se trouve bouclée, et la profonde divergence stylistique qui a séparé le rock du heavy metal au début des années 80 est en train de lentement s’atténuer. On est encore loin du compte, assurément, et il est clair que certains extrémistes du culte métallique (death et black metal, notamment) ne réintégreront jamais le circuit grand public, trop attachés à cultiver leur différence et leur particularisme. Pour les autres, en revanche, la porte façonnée en 1969 par Iommi et ses sbires, bloquée dans les années 80 par Judas Priest, Iron Maiden et consors et enfoncée quelques décennies plus tard par Kurt Cobain, Josh Homme et leurs disciples, leur est aujourd’hui grande ouverte. N'en déplaise à Mr Ulrich, non, Black Sabbath ne doit plus être synonyme de heavy metal. Il est grand temps que le carré de Birmingham quitte ce monde étriqué et redevienne, aux yeux de tous, ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : un groupe de rock, tout simplement, et l'un des plus indispensables, cela va sans dire.
Commentaires
B., le 26/06/2020 à 09:55
Article intéressant, dans le sens où pour une fois il est écrit par quelqu'un vierge de tout biais heavy metal. Par contre "we sold our soul" n'est pas un live, mais une compil. Je pense que vous confondiez avec "Live at Last", qui a bien posé problème. En tant que fan de heavy metal, j'ai toujours préféré penser que black sab EST Le heavy metal, tel qu'il devrait être, le style sentant stabilisé à l'orée des années 80 du fait de la nwobhm (Iron Maiden, saxon, etc.) les groupes comme Judas priest (précédant la New wave) on ajusté leurs style (en ce qui concerne judas, style bien plus varié dans les 70's. Mais un groupe comme budgie à aussi monté le ton.)
BD, le 30/09/2017 à 02:39
Très bonne article et bien écrit!