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Black Sabbath : origines et descendance(s) du rock heavy


Nicolas, le 24/06/2013

Les bâtards : 18 albums qui vous font écouter du Sabbath sans que vous ne vous en aperceviez (ou presque)

Black Sabbath a engendré une progéniture innombrable, mais si nombre de ses enfants ayant recopié à peu près tous ses tics sont aisés à reconnaître, d'autres possèdent une filiation beaucoup plus difficile à appréhender. Ces groupes et ces albums n'ont de prime abord rien en commun avec la fine équipe de Tony Iommi, et pourtant ils puisent allègrement dans le corpus sabbathien pour s'exprimer. Ils peuvent s'adonner au metal, mais à la marge (nü, indu, sludge), ils peuvent à l'opposé en piller les archétypes en les détournants de leur but originel (grunge), ou ils peuvent enfin tenter de récupérer par une porte dérobée un héritage qui leur revient de droit (stoner). En tous les cas, tous partagent une même et unique volonté : subtiliser le leg sabbathien aux métalleux conventionnels et le porter dans une autre direction, la leur.


Black Flag - Damaged
5 décembre 1981

On imagine aisément votre incompréhension à trouver dans cette section le brûlot le plus définitif de Greg Ginn et de ses allumés de copains. Et pour cause : les punks ont toujours vomi sur Black Sabbath tout comme sur les autres ténors du hard rock, synonymes pour eux de passéïsme, de technicité, d'ostentation et de fossoyage de l'esprit rock n' roll. Sauf qu'à y regarder de plus prêt, Black Flag partage bien plus avec l'équipe Iommi que la simple couleur noire. Les thématiques des deux groupes, tout d'abord, s'avèrent étonnament proches, et si les textes de Ginn ne causent pas spécialement de démons (mais ceux de Butler non plus, d'ailleurs), ils expriment en revanche une certaine vision maladive de l'être et de la société. Ozzy conspue l'horreur de la guerre en transpirant l'angoisse et la peur, et on ne niera pas à Henry Rollins cette capacité à vous transpercer de harangues hardcores glauques et anxiogènes ("Six Pack"), particularisme encore plus mis en valeur par d'incessants soli de gratte dissonants ("Damaged II"). Autre point commun, bien sûr : la lourdeur des cordes qui, bien que s'exprimant surtout à des tempos élevés, brillent par leur présence écrasante ("Rise Above", à l'intro d'outre tombe, ou encore "Gimme Gimme"), notammant la basse de Chuck Dukowski qui bourdonne comme un V8 sous nitro et qui, tient donc, génère un long doom asphyxiant pour introduire l'hystérique "No More". Enfin, ces deux groupes peuvent aussi se targuer, chacun à leur manière, d'avoir engendré une matrice nourricière à partir de laquelle s'est abreuvé un certain Kurt Cobain. Une telle filiation commune, ça crée forcément des liens.
Nicolas


Nirvana - Bleach
15 juin 1989

Kurt Cobain n’en a jamais fait son principal fer de lance mais les expressions qu’il utilisait étaient plutôt fun: "On sonne comme les Bay City Rollers après une attaque de Black Sabbath". Il est vrai qu’après le son sourd, lourd et les ambiances glauques qui définissent on ne peut mieux Bleach, Nirvana s’est beaucoup affirmé dans son identité sonore, tournant de plus en plus le dos aux figures hard rock qui l‘on quelque peu bercé. Cependant on ne peut lui enlever d’avoir largement tourné sur la platine et influencé l’imaginaire freak des jeunes Cobain, Novoselic et Channing dans leur adolescence américaine craignos et leur découverte du heavy. Et là où Cobain dénigre le côté macho de Led Zeppelin et Aerosmith, l’ambiance des premiers albums continuent à seoir aux images qu’il peut se faire de sa musique.

Difficile de renier les faits devant des titres comme "Sifting" ou "Mr. Moustache" et tout simplement devant certains aspects typés Bill Ward du jeu de Chad Channing. Black Sabbath a profondément marqué la face la plus lourde et la plus primitive de Nirvana. Envolées agressives plongeant dans des riffs mid-tempo pâteux ("School"), allusions dégueulasses de vices profonds ("Floyd The Barber "), il n’y a jamais de lumière sous le ciel gris de Aberdeen. Certes, Bleach reste pour beaucoup un album largement surestimé au vu de la florissante productivité indépendante de cette fin des années ’80, mais il est tout de même imprimé d’une identité forte qui ne fera que s’affirmer par la suite, de cette rage destructrice jamais réellement apaisée et - malgré lui et ses idéaux punk encore frais - de cette aspiration mélodique caractéristique du songwriting prenant et atypique de Cobain.
Geoffroy

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Soundgarden : Badmotorfinger
8 octobre 1991

"Soundgarden est vraiment bon, on aurait quasiment pu faire ce genre de musique à nos débuts." L'éloge en question vient de Tony Iommi himself, preuve qu'en terme de légitimité sabbathienne, Soundgarden a vraiment toute sa place. Avec Badmotorfinger, sorti peu de temps après l'ouragan Nevermind, le jardin du son marque une évolution décisive dans sa discographie. Alors que Hiro Yamamoto tire sa révérence, il se voit remplacé à la quatre cordes (après un bref intérim de Jason Everman) par Ben Shepherd, un type tranquille mais doté d'un solide bagage technique et musical. L'apport de Shepherd est primordial dans l'évolution du songwriting du quatuor, les charges de hard rock puissantes s'en trouvant substantiellement améliorées par une fibre mélodique évidente portée par la voix enflammée de Cornell. Soutenu par des singles coup de poing ("Rusty Cage", "Outshined"), profitant involontairement de la censure apportée par MTV au clip de "Jesus Christ Pose" - une provocation, en un sens, toute sabbathienne, Badmotorfinger s'impose comme l'un des albums les plus réussis de Soundgarden et permet au groupe de percer un minimum en dehors de l'état de Washington. Quant à la consécration, la vraie, celle que le groupe aura gagné à la seule sueur de son front, elle ne surviendra que trois ans plus tard avec Superunknown et le triomphe sur les ondes de "Black Hole Sun".
Nicolas


Kyuss – Blues For The Red Sun
30 juin 1992

Josh Homme affirme n'avoir jamais écouté Black Sabbath avant que les journalistes ne lui en parlent à l'occasion d'interviews données avec Kyuss. Que cette assertion soit vraie ou pas, elle ajoute à la légende de Kyuss comme groupe apparu ex-nihilo dans les sables du désert, sans pairs et totalement neuf. Il n'empêche, en tant qu'auditeur il est impossible de ne pas penser au groupe de Tony Iommi en écoutant celui de Josh Homme pour la première fois. Il n'y a pas que du Black Sabbath là-dedans, évidemment. Il y a du punk hardcore hérité de Black Flag, un psychédélisme aride, une idée du blues "déclaptonisé" (l'expression est de Homme lui-même). Et bien d'autres choses encore mais Kyuss ne peut être résumé à la somme de ses influences. Kyuss n'est pas un groupe de heavy metal mais il emprunte assurément au genre, puisant à sa source sabbathienne. John Garcia est un chanteur heavy classique à la voix limitée qui dégoise des paroles étranges, mi-prophétiques mi-intimes dans la tradition établie par les textes de "Geezer" Butler. La batterie de Brant Bjork partage avec celle de Bill Ward un sens des breaks qui ouvrent la Terre en deux et des grooves à la force de frappe tellurique capables de muer en cavalcades effrénées. Tout a été dit sur la guitare de Josh Homme : branchée sur un ampli basse, elle emporte avec elle les brûlures du soleil lestées de la lourdeur du groupe de Birmingham et la pousse dans ses derniers retranchements audibles. Pour le doom c'est une autre histoire.
Pierre D

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Alice In Chains - Dirt
29 septembre 1992

Je ne voyais pas particulièrement en quoi Alice In Chains était plus profondément qu’un autre groupe de musique lourde et saturée un héritier bâtard de Black Sabbath. Et puis, rien qu’hier durant un trajet en caisse où tournait par hasard Dirt dans l’autoradio, voilà que l’intro de "Hate To Feel" se dessine claire en mon esprit usé par l’écoute répétitive du Sab’ comme presque un plagiat des lignes de guitares doublées de Tony Iommy. A écouter l’album en entier, on réalise en fait à quel point les riffs de Jerry Cantrell sont profondément marqués par le guitariste à la croix en collier, tout comme ses solos, faisant preuve d’une certaine virtuosité qui ne sombre que très rarement dans le too much. Et je sais ce que je dis, je n’aime pas les solos de guitare.

En fait même le chant de Layne Staley, bien que plus chevrotant et autrement plus sensible et émotif, semble tiré d’une manière ou d’une autre des élucubrations de Osbourne, jusque dans le traitement de la voix accordé à cet album, chœurs incarnés et harmonies prenantes. Bien entendu, la chose finit par se dissoudre complètement au fur et à mesure des disques de Alice In Chains, mais je me rends compte que l’aspect gloomy omniprésent dans Black Sabbath - que les anglophones sont bien meilleurs pour décrire - n’a jamais réellement disparu dans l’atmosphère d’un des plus grands groupes de la scène de Seattle. Je réalise également que ce dossier n’a pas fini de me faire découvrir des évidences auxquelles j’étais jusque là aveugle.
Geoffroy


Rage Against The Machine - Rage Against The Machine
3 novembre 1992

Pourquoi Rage Against The Machine dans cette sélection d'albums sabbathiens ? A première vue, et même si on ne saurait contester aux révoltés de Los Angeles une propension évidente pour le son heavy, on a du mal à relier les charges anticapitalistes et le rap exalté de Zach De La Rocha et le rock sombre et vaguement junkie des ploucs de Birmingham. En fait, la clé de cette filiation tient à une personne en particulier : Tom Morello. Outre le fait que le petit chauve à casquette n'a jamais caché son admiration pour Tony Iommi, qu'il considère comme l'une des personnes ayant le plus influencé ses riffs, fait particulièrement évident à l'écoute de l'intro de "Killing In The Name" ou à celle de la charge incendiaire de "Know Your Enemy", il est indéniable que Morello a également hérité de Iommi un don pour la recherche du son et l'exploration de nouvelles façons d'utiliser sa guitare. Si l'anglais amputé a ouvert la voie à une personnalisation très poussée de son intrument, l'américain a poussé le concept dans ses ultimes retranchements, parvenant à sortir de sa six-cordes des sons incroyables qui se déversent de façon chaotique par le biais de petits soli éparpillés sur tout l'album. Et puis, quand même, on ne passera pas sur le fait que Brad Wilk a été choisi par l'équipe originelle du Sab pour suppléer Bill Ward sur 13. Un choix qui, bien que fortement influencé par Rick Rubin, peut s'expliquer par un profil peu typique, une large ouverture d'esprit et une redoutable efficacité, preuve en est cette association de malfaiteurs avec Tim Commerford qui, sur RATM, cause d'innombrables ravages.
Nicolas

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Melvins - Lysol
1992

Les bâtards de Black Sabbath. Si le but est de faire le lien entre les Melvins et le quatuor de Birmingham, les pistes sont à la fois faciles à suivre musicalement mais peu évidentes au dire des principaux intéressés. Difficiles à cerner au fil des interviews, jouant toujours entre propos sérieux, ironie cinglante et absurde assumé, Buzz Osborne et Dale Crover se sont toujours démarqués de l'influence de la bande à Ozzy, préférant ouvrir leur inspiration aux vibrations rugueuses et révolutionnaires de Black Flag et au hard rock de Kiss ou encore Alice Cooper. Il y en a deux de Cooper d'ailleurs dans ce Lysol, dernier pilier de fondation de la musique des Melvins avant de signer sur Atlantic et accoucher de Houdini, déjà plus consensuel sans qu'eux soient pour autant bridés ou désuets. Ils ont encore de bien belles années devant eux.

Non, là où les Melvins se rapprochent du Sab', ce n'est pas encore exactement dans l'influence sonore mais plus dans une recherche de teneur physique, physionomique même, d'amplitude. L'amplitude... Pourquoi jouer aussi fort de nos jours si c'est pour que le public doive porter des boules Quiès ? Tout simplement pour l'amplitude. Black Sabbath jouait lent, lourd, fort et grave ? Les Melvins jouent plus lent, plus lourd, plus fort et plus grave. Vous retrouverez ce même genre de second degré dans les thèmes abordés, cette volonté de n'en faire qu'à sa tête coûte que coûte et de ne jamais se soucier de l'avis des autres. Pour autant, King Buzzo vous dira qu'il aimait presque autant Deep Purple, si ce n'est plus. Comme quoi, on peut renier sa famille sans pour autant se libérer de ses gênes - ils me tueraient s'ils lisaient cela... Lysol s'écoute la bave aux lèvres, enlisé dans ces vapeurs de souffre profondes et abrutissantes. Le ciel n'a pas toujours la couleur bleu éthéré qu'on lui accorde. Inspire toi de l'Indien de la pochette, entonne les incantations, lève les bras bien haut vers les cieux et demande leur de se rapprocher, ça peut faire peur au début mais tu finiras par y prendre goût. Il y a de la beauté ici, mais il faut avoir les tripes de venir la chercher. "They demand a sacrifice, they demand a sacrifice of your life.". Oui, les Melvins aimaient aussi Flipper, qui ne peuvent non plus réellement renier Black Sabbath. La boucle est bouclée.
Geoffroy


Nine Inch Nails - The Downward Spiral
8 mars 1994

Si, pour Tony Iommi, la fin (lourdeur de son) justifie les moyens (textes occultes), pour Trent Reznor, c'est exactement l'opposé : c'est le son heavy qui se doit de servir au mieux l'exploration de ses tourments les plus noirs. Le révolté de Pennsylvanie ne s'est jamais revendiqué explicitement d'une filiation sabbathienne, mais il apparaît évident que Nine Inch Nails a toute sa place dans cette bâtardise via le trait d'union Ministry qui, lui, arbore fièrement l'héritage du Sab' comme un étendard. On se trouve donc face à une famille dont le petit fils n'a jamais connu le grand père mais s'est vu relater ses exploits par un paternel extatique. De fait, rarement le rock n'aura fait preuve d'une telle lourdeur mise au service de sentiments extrêmes : colère, violence, dépression mentale. Si le riff ne constitue pas la mécanique absolue de NIN, la guitare tient toute sa place dans le déversoir morbide de Trent Reznor, mais elle se voit malaxée, torturée, suppliciée par le cinglé aux commandes. Là où l'indu va plus loin que le Sab' en terme de lourdeur, c'est dans l'utilisation des samples et des bruitages mécaniques qui, de rythmique robotisées en vrilles stridentes anarchiques, achèvent de créer une sensation de malaise et d'inconfort. Pourtant, la mélodie reste présente, et même centrale, dans le pathos des clous de neuf pouces : un domaine sur lequel Reznor comme Osbourne n'ont jamais transigé, et c'est cet aspect à la fois pudique, dérangeant et très intime qui crée une émotion bouleversante, granbdie encore par le chaos instrumental. Profession de foi inversée, résultat peu divergent : voilà une relecture intéressante des maximes sabbathiennes.
Nicolas

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Korn - Korn
11 octobre 1994

Black Sabbath a défini le corpus du metal, Iron Maiden l'a technicisé et Metallica l'a cloué dans le crâne des adolescents du monde entier. En 1994 Korn a prend le contre-pied total de tout ce qui s'était fait auparavant en termes de metal et fait exploser sa première bombe l'année du suicide de Kurt Cobain, inventant ce qu'on appellera, faute de mieux, le neo metal. Des hordes de beaufs en baggy qui tentent maladroitement de faire s'accoupler de bruyantes guitares heavy avec les scansions d'un hip-hop blanc-bec peu ragoûtant, Korn a engendré cela pour le pire mais il a surtout donné un coup de latte salvateur au metal moribond de son époque. Là où Black Sabbath et Metallica construisent leurs morceaux à partir d'un ou plusieurs riffs d'anthologie ("Iron Man", "Master Of Puppets") les guitares de Head et Munky tricotent des distorsions glauques, des stridences cauchemardesques et des arpèges liquides sortis de leurs 50 pédales d'effets, avant d'atomiser le tout d'un coup de riff obèse, Korn étant maître dans l'art du pont final dévastateur. En lieu et place d'une quatre-cordes brouillonne et inaudible, la basse est mise au premier plan chez le groupe. Un bouillonnement permanent de slaps presque désaccordés, des breaks jazzy et une élasticité métallique sans pareil, c'est ça la basse de Fieldy qui préfigure presque ce que Justin Chancellor pratiquera chez Tool.

Metallica a édicté le heavy metal comme étant une musique de domination mais on ne trouve pas trace de cela chez Korn. Jonathan Davis a plus à voir avec le grunge et sa mise sur un piédestal du mal-être adolescent et son rejet de la virilité machiste des métalleux. Le chanteur de Korn avance avec la fragilité de son timbre de voix dont il fait une force via un talk-over désaxé, des allers-retours imprévisibles entre graves et aigus ponctués de hurlements pendant qu'il exposé morbidité, amibiguïté sexuelle ("Faget") et névroses prépubères, soit le fond de commerce de Kurt Cobain. Si l'on sent chez Korn l'influence de Black Sabbath c'est avant tout dans la manière dont le groupe s'est volontairement détaché de cette lourde influence pour permettre un renouveau du heavy metal.
Pierre D


Karma To Burn - Wid, Wonderful Purgatory
31 mai 1999

Pour être honnête, on a un temps douté de la pertinence de la présence du gang de Morgantown dans cette rétrospective, car après tout Karma To Burn n’entretient pas plus de lien direct avec Black Sabbath que les milliers d’autres groupes inspirés par le quatuor anglais. Pourtant rares sont ceux à avoir donné au riff une telle place centrale, au point d’en venir à écarter l’idée même d’avoir recours à un chanteur pour laisser tout le champ aux moulinages infernaux virilement défenestrés par Will Mecum. Les artilleurs sudistes pratiquent le riffing selon la démoniaque trinité déclinée par oncle Iommi : direct, primaire et entêtant. De fait, Karma To Burn sonne comme si on avait viré Ozzy à grands coups de pompes dans le derche et gavé les autres d’amphétamines et de bourbon après les avoir séquestrés en Virginie pendant 20 ans. Le résultat : un déferlement titanesque de power chords déboulant sur l’auditeur telle une avalanche de parpaings et que l’on subit en dodelinant de la tête jusqu’à s’en faire péter les cervicales. Qu’importe le décorum sataniste, le chant de gargouille possédée, les postures de pacotille, le titre des morceaux même (qui bénéficient d’un simple numéro de série suivant l’ordre dans lequel ils ont été composés) ! Rien ne doit faire dévier de l’essentiel. Ainsi gratté à l’os, Karma To Burn nous rappelle que le rock heavy peut se reposer uniquement sur cette épine dorsale et faire un maximum de dégâts, pourvu qu’il ait la section rythmique idoine (et la paire Mullins/Oswald remplit parfaitement cet office). Oui, Black Sabbath aurait pu tout à fait survivre au départ d’Ozzy, si Tony Iommi avait gardé l’inspiration, telle est la leçon que nous infligent ces rejetons bâtards, dégénérés et consanguins sur leur album paroxystique.
Maxime

lire la chronique du coffret Mountain Mama's


Sons Of Otis - Temple Ball
1999

Si dans le spectre métallique le doom est certainement le genre qui s’est le plus inscrit dans le prolongement sabbathien, on pourrait lui reprocher deux contresens majeurs. D’abord, pourquoi cette prédilection pour les tempos léthargiques ? Pourquoi faut-il que ce soit toujours plus leeeeeeeeeeeent, quand la paire Ward/Butler constituait une rythmique des plus véloces ? Secondo, pourquoi avoir pris au sérieux tout l’attirail sataniste que Black Sabbath n’avait adopté, de son propre aveu, que par vil opportunisme ? Pourquoi pure heavyness doit-il forcément rimer avec total darkness ? Deux scories que quelques obscurs artilleurs gravitant à la marge du mouvement tenteront de corriger, braquant leurs guitares en direction des étoiles plutôt que de les rouler dans la boue. Sons Of Otis doit probablement être considéré comme l’un des précurseurs de ce que l’on pourrait appeler le doom psychédélique, plus spatial que létal, plus hallucinogène que morbide, telle une collision apocalyptique entre le Sab’ et Hawkwind. Monster Magnet avait bien sûr lancé le mouvement, mais le combo de Red Bank œuvre finalement plus dans le registre du space rock, même si bien chargé en riffs volumineux, que du heavy traditionnel.

Pour autant, impossible de ne pas à songer au séminal Spine Of God à l’écoute de ce pur manifeste astronomique qu’est Temple Ball, sorti sur le culte label Man’s Ruin alors que le groupe tentait péniblement de survivre (on parle d’une dizaine de batteurs essorés lors de leur première décennie d’existence) : morceaux distendus en de longues transes lysergiques, le chant braillard de Ken Baluke qui rappelle fortement celui de Dave Wyndorf, riffs filtrés par une muraille de pédales d’effets atomisés dans le néant intersidéral, c’est bien à un intense voyage à travers le temps et l’espace que l’on est convié. Les Canadiens ne feront pourtant jamais preuve du raffinement de leurs comparses de la côte est, fermement campés sur leur fuzz guerrière et leur binaire au potentiel trippesque maximal. Si Tony Iommi et ses sbires avaient testé le LSD après avoir essayé l’herbe et la coke, peut-être auraient-ils sonné comme ça.
Maxime


Wolfmother : Wolfmother
31 octobre 2005

Wolfmother, c'est grosso modo le répertoire de Led Zeppelin joué avec le son de Black Sabbath, ça n'est pas plus compliqué que ça. On parle donc de hard rock, de blues, de psychédélisme (un peu quand même) et aussi de stoner, mais certainement pas de metal. Ici, c'est principalement le Sabbath de Master Of Reality qui se déploie, ourdissant de sombres complots au son d'une section cordes étouffante et blindée d'une cuirasse en acier renforcé ("Woman"), tandis que les synthétiseurs guerriers de "Joker and the Thief" rappellent la solennité des incantations de Sabbath Bloody Sabbath. Mais c'est clairement avec "Colossal", un nom bien porté, qu'Andrew Stockdale invoque ses illustres aînés de Birmingham, écrasant nos tympans sous des charges pachydermiques titanesques. A la réflexion, la louve mère ne donne dans le rock plombé qu'en de modestes occasions, et on pense tout autant à Blue Cheers, à des succédanés zeppeliniens modernes ("Apple Tree", très White Stripes) ou même aux sables de Palm Desert ("Pyramid", plus Kyuss que Sabbath) qu'aux prolos du hard 70's à l'écoute de cet album. Remarque encore plus évidente pour le suivant, Cosmic Egg, plus stoner pop que jamais. Néanmoins le mélange reste délectable, et même si Wolfmother trouverait mieux encore sa place au sein d'une batardise zeppelinienne, on ne saurait trop vous le conseiller.
Nicolas

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Baroness – Red Album
4 septembre 2007

On ne cesse de le dire dans ces pages, l'avenir ou tout du moins la nouveauté est à aller chercher dans le metal et plus particulièrement du côté de la Géorgie. Mastodon, Kylesa, Torche, Black Tusk et sans doute d'autres publient régulièrement des manifestes brutaux et savants remplis de chansons qui ne ressemblent à aucune autre. Découvrir le Red Album de Baroness c'est se prendre d'entrée de jeu "Rays On Pinion" dans la tronche. Baroness a clairement des accointances avec le rock progressif et créé des structures complexes, des signatures rythmiques parfois difficiles à appréhender mises au service de morceaux à tiroirs qui réservent tous maintes surprises.

Avec sa production ample qui laisse de l'espace à tous les instruments le Red Album est plus proche de Sabotage que de Paranoid et offre des respirations bienvenues sous forme d'introductions ou d'interludes acoustiques tels que Black Sabbath en a souvent inclus dans ses disques ("Don't Start (Too Late)"). Bien que rempli ras-la-gueule de changements de riffs, de soli et de breaks inhumains soutenus par une batterie titanesque, le Red Album reste accessible et il faut louer le chant. Riches en rugissements d'ours, les lignes de chant comprennent peu de mots et produisent un résultat aérien pas très éloigné des prêches sous mauvais acide d'Ozzy Osbourne. Plus que la lourdeur, c'est le penchant aventureux de Black Sabbath que Baroness reprend à son compte, une tendance qui a éclaté à la vue de tous l'année dernière avec l'album Yellow And Green qui délaisse le metal comme Black Sabbath avait abandonné sa propre formule dès Sabbath Bloody Sabbath.
Pierre D

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Black Mountain - In The Future
21 janvier 2008

Même si on pourrait penser, à première vue, que Led Zeppelin constitue le point d'attache essentiel de Black Mountain eut égard au nom de la formation, l'immersion dans la discographie du groupe fait très vite tomber ce fantasme. De fait, l'effectif à géométrie variable de Stephen McBeam réalise la synthèse rare de deux immenses acteurs majeurs des années 70 : Pink Floyd et Black Sabbath. Si les premiers sont invoqués pour déployer un psychédélisme guerrier et mystique, étirant les compositions en de longues circonvolutions aventureuses et hallucinées ("Bright Lights"), élevant irrémédiablement les âmes au gré des incantations magiques de l'ensorcelante Amber Webber ("Tyrants", "Queens Will Play"), les seconds sont utilisés à bon escient en introduisant une bonne dose de plomb pour lourder toute cette félicité élégiaque. On a un temps plus ou moins rattaché la Montagne Noire au courant stoner, une catégorisation à la fois imprécise et très réductrice, et pourtant on ne saurait nier à McBeam, dans ses riffs pachydermiques ("Stormy High") et ses incartades sombres et sulfureuses ("Evil Ways"), une volonté très nette de tutoyer le sabbat primitif, de celui qui, en un coup de médiator lugubre, peut vous propulser ad patres pendant quelques minutes. La lourdeur du son au service de l'élévation de l'âme : tout un paradoxe sublimé par Black Mountain qui, avec In The Future a façonné une Pierre de Rosette apte à nous faire voyager dans d'autres univers, et ce sans prendre le moindre gramme de substance illicite.
Nicolas

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Arctic Monkeys - Humbug
19 août 2009

On se souvient de cette année 2009 qui avait vu les singes de Sheffield changer de look, se laisser pousser les cheveux ou s'habiller négligé tandis que Matt Helder arborait fièrement un T-Shirt Black Sabbath sur les photos promos du groupe. Le programme était annoncé à l'avance : fini le rock anglais énervé et kinksien à l'origine de leur succès, Alex Turner est ses collègues avaient décidé d'alourdir leur son et de ralentir les tempos, reprenant à leur compte les maximes du Sab'. Et qui de mieux que Josh Homme, apôtre moderne d'une vision à la fois pop et sabbathienne du rock n' roll, pour parachever cette mue ? Ainsi vit le jour le troisième album des Arctic Monkeys, produit en grande partie par le grand roux de Palm Desert, avec à la clé un disque effectivement pesant, moite, crasseux, aux riffs râpeux ("Dangerous Animals"), à la basse tonnante ("Crying Lightning"), aux motifs de guitare crissants et agressifs ("Fire And The Thud"), avec un petit air des grands espaces américains désertiques ("My Propeller", très western dans l'esprit). Une parfaite fusion de pop anglaise et de la conception musclée du son des Queens Of The Stone Age. Pour tout dire, l'esprit sabbathien fut encore mieux approché sur l'album suivant qui, bien que beaucoup plus apaisé et lumineux, laissait poindre plus que jamais de jolis appels du pied à Tony Iommi ("Don't Sit Down 'Cause I've Moved Your Chair", "Brick By Brick"). Heavy Monkeys.
Nicolas

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Kylesa – Spiral Shadow
25 octobre 2010

En un sens Kylesa pratique le metal comme si Metallica n'avait jamais existé. Pas de riffs supersoniques, de soli de shredder ou de refrains fédérateurs chez les natifs de Savannah. Là où Metallica cherchait le tube à tout prix (et c'est sans doute cette mégalomanie qui a permis au metal de continuer à exister et à être innovant aujourd'hui), on trouve chez Kylesa une volonté de sortir des structures couplet/refrain et de les dynamiter de l'intérieur tout en conservant une vraie volonté mélodique, un peu à la manière de l'innovation du Pink Floyd de Syd Barrett en somme (d'ailleurs Kylesa reprend "Set The Controls For The Heart Of The Sun"). À l'héritage de Pink Floyd s'ajoute la perpétuation de la fausse lenteur de Black Sabbath que Kylesa couple à des mélodies de plus en plus pop au fur et à mesure de ses propres évolutions. Ce talent a explosé sur Spiral Shadow qui laisse de côté les hurlements hardcore (la plupart du temps) et fournit des lignes de chant vaporeuses. Kylesa a beau compter dans ses rangs deux batteurs, leur présence n'est pas prétexte à des démonstrations vaines, elle ajoute plutôt une vélocité que n'aurait jamais pu se permettre Bill Ward. Entre riffs sludge d’équarrisseurs et tourneries arabisantes, les guitares n'ont plus grand chose de la rigidité de Tony Iommi mais il y a là le désir commun avec Black Sabbath d'aller de l'avant et d'emmener une musique qualifiée d'extrême aussi loin que possible en évitant l'impasse de la brutalité pure. Il est donc clairement idiot de ne voir dans le metal actuel que des gens qui "singent du trash en 2013".
Pierre D

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Amplifier - The Octopus
31 janvier 2011

On pense forcément à Black Sabbath quand on évoque le stoner rock, en revanche on se trouve parfois pris au dépourvu dès lors que les cartes se trouvent brouillées et que les formations envisagées sortent des sentiers battus. Or, sur un plan strictement sonore, les mancuniens d'Amplifier ont beaucoup emprunté au Sab, et The Octopus, labyrinthique double album ayant propulsé la bande à Sel Balamir sous le feu des projecteurs, en est l'exemple le plus saisissant. Finie la réverbération outrageuse d'Insider, ici c'est la lourdeur et le grave qui priment avant tout ("Interglacial Spell") tandis que certains tempos pesants nous assomment avec jubiation ("Fall Of The Empire"). Il n'est ici nullement question de metal, de doom ou de stoner, simplement de rock... à affinité progressive, malgré tout. De classic rock ? Balamir aime à le penser, donc pourquoi pas, mais on parlera alors plutôt de "heavy classic rock". Toute la définition du Sabbath d'Osbourne, en quelque sorte.
Nicolas

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Torche – Harmonicraft
24 avril 2012

Envie de retrouver la saine émulation des hardos seventies ? Il semblerait qu'il se trame quelque chose aux États-Unis dans l’État de Géorgie. Dans le sillage de Mastodon, on n'en finit pas de découvrir des formations parties d'une base sludge metal pour ensuite aller voir ailleurs. On n'en est pas encore à une nébuleuse similaire à celle qui gravite autour de Josh Homme mais il est clair que Baroness, Black Tusk, Kylesa et Torche partagent beaucoup de choses (design de pochettes, tournées). Contrairement aux années 70 où l'émulation existant entre Led Zeppelin et Black Sabbath consistait surtout pour Tony Iommi à faire plus lourd et plus dur que le Dirigeable, aujourd’hui les velléités pop ont le dessus. Torche s'est dès le départ positionné comme un chaudron où bouillonnent punk californien ("Walk It Off"), power pop de stades ("Kicking") et psychédélisme rêveur ("Solitary Traveler"). À cela s'ajoute la pesanteur des guitares héritée directement du Sab'. La musique que contient Harmonicraft sent le soleil, tant pour la joie de vivre estivale que pour la lourdeur des climats à la chaleur écrasante. Ces guitares grasses, moites et boueuses associées à un éclectisme de bon aloi, c'est ce qui permet à Torche d'être plus qu'un simple défouloir hédoniste pour se hisser au rang d'héritier, bâtard mais néanmoins crédible, de Black Sabbath.
Pierre D

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Commentaires
B., le 26/06/2020 à 09:55
Article intéressant, dans le sens où pour une fois il est écrit par quelqu'un vierge de tout biais heavy metal. Par contre "we sold our soul" n'est pas un live, mais une compil. Je pense que vous confondiez avec "Live at Last", qui a bien posé problème. En tant que fan de heavy metal, j'ai toujours préféré penser que black sab EST Le heavy metal, tel qu'il devrait être, le style sentant stabilisé à l'orée des années 80 du fait de la nwobhm (Iron Maiden, saxon, etc.) les groupes comme Judas priest (précédant la New wave) on ajusté leurs style (en ce qui concerne judas, style bien plus varié dans les 70's. Mais un groupe comme budgie à aussi monté le ton.)
BD, le 30/09/2017 à 02:39
Très bonne article et bien écrit!
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Album de la semaine

VOLA


Witness


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Il leur aura fallu le temps, mais on peut désormais l’affirmer sans fard : sur son troisième album, Vola a trouvé tout à la fois son style et sa force de composition. Si les danois avaient su jusqu’ici faire preuve d’éclectisme et d’ouverture d’esprit dans leur metal progressif à accointances électro-djent, on ne les avait encore jamais vus aussi robustes que sur ce Witness qui jette un très gros pavé dans la mare du milieu, au point désormais d’éclabousser à grosses gouttes les cadors du genre, TesseracT en tête. Carrément.

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