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Ozzy Osbourne


Collectif, le 30/11/2016

Ozzmosis


Titre: Ozzmosis - Date de sortie: 23 octobre 1995 - Label: Epic - Producteur: Michael Beinhorn


Ozzmosis n'aurait jamais dû voir le jour.


Il aurait dû rester dans les placards bien gardés du cottage campagnard des Osbourne, profitant pleinement d'une retraite méritée après un baroud d'honneur flamboyant - No More Tears, No More Tours, Live & Loud. Mais c'est mal connaître le prince des ténèbres qui - une fois n'est pas coutume - envoie tout le monde balader et décide de relancer son infernale machine. Exit les ballades champêtres aux aurores, les visions bucoliques d'un jardin perlé par la rosée du matin, il est temps de revenir aux fondamentaux, aux riffs carnassiers et aux cantiques démoniaques. Le gargouille Osbourne se réveille de son sommeil de pierre.


Autant dire que chez Epic, quand on voit débarquer Ozzy pour annoncer son envie - son besoin - de sortir un nouvel album, on rit jaune. Les caprices d'un retraité moribond, déprimé par la solitude et l'ennui d'une vie rangée ne sont clairement pas les préoccupations premières d'un label plutôt occupé à suivre la profonde mutation du rock en ce début des années 90. Sans compter que No More Tears et le Live & Loud ont largement renfloué les caisses et la crédibilité d'un retour discographique, à peine deux ans après avoir "annoncé" - comprendre "braillé partout" - est plus que limite. Pour limiter la casse - et s'assurer au moins la conservation des fans de la dernière heure - l'équipe de No More Tears (Wylde/Inez/Castillo) est rappelée manu-militari afin d'envisager l’enregistrement d'un album qui n'aurait jamais dû voir le jour.


Du mixage de No More Tears, Michael Wagener passe à la production de Ozzmosis. Un changement dans la continuité parfait pour un disque dont on ne sait pas vraiment quoi faire. Les sessions commencent, Lemmy Kilmister est toujours dans les parages, houblon dans la main gauche, stylo dans la main droite, griffonnant ci et là quelques idées pour son pote. "See You On The Other Side" voit le jour. John Purdell, co-producteur de No More Tears est là aussi - le houblon est toujours dans le coin - et compose "Perry Mason", "Tomorrow" et "Old LA Tonight". L'affaire roule, No More Tears Vol.2 est en route. Et c'est bien là le problème; Epic ne semble pourtant pas apprécier les brouillons rendus par Osbourne, trop similaires à son prédécesseur. Wagener est renvoyé dans ses quartiers tout comme la section rythmique d'Ozzy, qui n'a d'autre choix que de repenser totalement son oeuvre. Ozzmosis n'aurait jamais dû voir le jour.


Le petit miracle d'Ozzmosis ne tient pas tant à sa qualité première, mais bien à l'apport d'un bassiste qu'Osbourne n'a encore jamais côtoyé dans un album marqué de son seul patronyme: Geezer Butler. Le fossoyeur de Black Sabbath, celui qui creuse avec sa basse des lignes abyssales, celui qui charpente la base mélodique des titres cultes du Sab' rejoint enfin son ancien frontman le temps d'un album aux allures de rédemption, de pardon, de réconciliation. Les deux hommes ne se sont plus retrouvés dans le même studio depuis les sessions chaotiques de Never Say Die! en 1978. Même si Butler et Osbourne ont rejoint le chemin d'une scène partagée depuis quelques années déjà (l'EP-live Just Say Ozzy en 1990), leurs retrouvailles cloisonnées sont teintées de crainte et d'incertitude, l'ambiance confinée du studio pouvant aisément raviver les braises de la discorde entre les deux hommes. Il n'en est pourtant rien, et Butler livre même deux compositions tonitruantes ("My Jekyll Doesn't Hide" et "Thunder Underground"), lourdes et puissantes dans lesquelles Wylde assènent des coups de plectre aiguisés, colossaux et autoritaires. A eux seuls, ses deux titres sauvent un disque qui n'aurait jamais dû voir le jour.


Car Ozzmosis n'a clairement pas la portée musicale de No More Tears, si tant est qu'on puisse accorder à un disque solo d'Ozzy des vertus mélodieuses notoires. Pour peu qu'on consente à adouber un Blizzard Of Ozz ou un Diary Of A Madman - voire un No More Tears - il reste abject de considérer le reste de la discographie solo - important le "solo" - d'Osbourne comme autre chose qu'un cirque grotesque dont chaque numéro déclenche un rire éphémère et un oubli instantané. Ozzmosis, c'est le rappel inutile, celui que personne ne souhaite vraiment car on a froid, on a faim, on bosse demain et les enfants sont fatigués. Poliment, on assiste à un déferlement de riffs patauds portés par des claviers obsolètes ("Tomorrow"), de mélodies redondantes au lyrisme aviné ("See You On The Other Side") et d'ambiances pseudo-orchestrales larmoyantes et pompeuses ("Old LA Tonight"). Un peu comme si le lapin s'était échappé du chapeau, en fait... Ozzmosis n'aurait décidément jamais dû voir le jour.


Plus que dans sa piètre qualité intrinsèque - et dire que l'album a été totalement ré-enregistré au moment du changement de producteur... - c'est bien le message qu'il transporte qui ne sied absolument pas au contexte de l'époque. 1995, le grunge de Seattle est mort, la britpop nouvelle émerge de Manchester, le punk nouveau semble pointer le bout de son nez et le règne de la musique électronique semble acté. Que peut donc bien apporter un nouvel album d'un mauvais chanteur, ambassadeur d'un genre - le heavy metal FM - qui ne fédère plus personne ? La réponse est simple: rien. Ozzmosis n'apporte rien au paysage musical de l'époque, il ne fait qu'en ressasser les pires aspects, ceux que la génération X a balayé sans ménagement: production typé 80's insupportable, acoustique minable, musiciens stéréotypés (tignasses peroxydés, tatouages tribaux et biscotos à gogo), il n'y a aucune chance pour que la jeune génération, celle qui fait entendre sa musique à l'époque ne prenne Ozzy et son dernier-né en amitié. Dégommé par la critique à l'époque Ozzmosis choppera la quatrième place des charts américains - quand même - et sera défendu bec et ongles par Osbourne dans un The Retirement Sucks Tour délirant. Car c'est bien sur scène que le prince des ténèbres magnifie son répertoire - solo et sabbathien - aidé par un line-up de choix et bien que le démentiel Zakk Wylde soit parti enregistrer son premier Book Of Shadows. Mais Ozzmosis n'aurait jamais dû voir le jour.


Réécouter Ozzmosis en 2016 s'apparente plus à pêcher par nostalgie plutôt qu'à se plonger avec intérêt dans un disque majeur de Osbourne. Il est un fait indéniable qu'Ozzmosis a mal vieilli, mais il est indiscutable qu'il est un tournant dans la carrière d'Osbourne. Ou plutôt un second démarrage. Car si l'annonce de sa retraite lui aura permis de sanctifier son nom auprès d'un fan base dévouée, elle aura aussi permis aux autres de se rappeler qu'Osbourne est un personnage unique de l'Histoire du rock, capable du pire, du burlesque et du meilleur. Ozzmosis n'appartient pas à la dernière catégorie, et chacun jugera de son appartenance à la première ou à la seconde. Le retour manqué et marquant d'une icône du rock. Ozzmosis n'aurait jamais dû voir le jour.


Etienne

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