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Black Sabbath - The Dio Years


Collectif, le 03/10/2016

Heaven And Hell

Black Sabbath vire au hard-rock pur jus. Hautement caricatural ou pleinement jubilatoire ? Telle est la question...


25 avril 1980


Vaste sujet que l'enfer et le paradis. Parlons en justement de l'enfer. C'est un peu là d'où revient Black Sabbath au moment de sortir Heaven & Hell. Après l'excellent Sabotage, le groupe entame une métamorphose drastique de son environnement musical, nécessaire pour éviter la redondance après des albums mythiques, atteignant son apogée sur Master Of Reality, mais toujours plus ou moins dans la même veine: ajouts de claviers et de synthétiseurs, expérimentations symphoniques etc. Les échecs commerciaux et musicaux de Technical Easy et Never Say Die! ont fortement entamé la cohésion d'un groupe vicié par ses addictions diverses et Ozzy s'en va définitivement faire ses pitreries ailleurs en 1979, laissant le mythe Black Sabbath décharné de toute la folie scénique et lyrique qui constituait sa partie, à défaut de la plus impeccable, la plus originale.


Retirer Osbourne au Sabbath est équivalent à retirer Jagger aux Stones, Plant au Zeppelin ou encore Scott à AC/DC. L'aura dégagée par le leader, qu'elle soit charnelle, mystique ou délirante, effleure la curiosité avant d'entamer sa mue vers un magnétisme tourbillonnant et viscérale, ôtant tout esprit critique raisonnable de l'auditeur plongé alors en plein voyage trans-sensationnel. Alors que tout laisse à penser que Black Sabbath mourra avec le départ de son charismatique (c'est le moins qu'on puisse dire) leader, Iommi et sa bande embauche un certain Ronnie James Dio qui, sans le savoir, construira la stèle de sa légende personnelle avec ce premier album de Black Sabbath Mk.II.


Chanteur jusqu'alors de Rainbow, groupe de hard-rock fondé par Ritchie Blackmore après son départ de Deep Purple, Dio est connu pour sa très large palette vocale, son timbre très singulier et une maîtrise technique effarante. Tout le contraire d'Osbourne en quelque sorte. Surtout, le chanteur a supporté Blackmore pendant plus de 4 ans, livrant quelques albums cultes du hard-rock (Rising, Long Live Rock 'N Roll) et des prestations live à couper le souffle (Live In Munchen 1977), ce qui ajoute à ses atouts de musiciens et de leader des qualités personnelles ineffables tant le Sabbath sort à peine la tête de l'eau. En Dio, Iommi, Bulter et Ward entrevoient enfin cette stabilité émotionnelle nécessaire pour parfaire un album que beaucoup attendent au tournant, un album qui a déjà marqué l'histoire du groupe avant même sa sortie, un album partagé entre les classiques errements infernaux du groupe et un néoclassicisme stellaire. Car, qu'on se le dise, Heaven & Hell est un pur album de hard-rock, exécutés par les rois du metal.


Vous me direz, il s'agit là d'un débat sans fin qui, de plus, n'émoustillera que les plus concernés d'entre-nous, ces perfectionnistes maladifs à la recherche de la moindre influence étrangère, du moindre soupçon de nouveauté instrumentale pour déterminer à quel bien nommé courant doit se rattacher cet album de Black Sabbath. Pourtant, bien au delà de simples nuances perceptibles par les seuls enragés de l'analyse spectrale fréquentielle, Heaven & Hell porte en lui les syndromes exacerbés d'un groupe en mal de repères, à la recherche d'une nouvelle identité, d'un nouveau souffle, comme pour s'émanciper du fardeau noir qui lui colle à la peau. Déjà dans le jeu de Iommi, qui s'empreint de nombreuses influences néo-classiques ("Lonely Is The Word" et son long solo s'évanouissant dans les limbes obscures, appuyé par les claviers funestes de Nicholls) et pousse sa guitare dans les contrées mineures des gammes naturelles et harmoniques, là où un certain Ritchie Blackmore excelle mieux que quiconque. S'il fallait établir le lien étroit entre Rainbow et le Black Sabbath version Dio autrement que par leur chanteur commun, c'est par les similarités du traitement sonore de la six-cordes, pièce maîtresse des constructions instrumentales des deux groupes, qu'il faudrait commencer.


Les riffs d'Heaven & Hell sont secs et incisifs ("Neon Knights", "Wishing Well"), aux antipodes de longues notes résonnantes et des cordes vibrantes dans le nuit éternelle des "War Pigs" et "Iron Man", et Iommi touche du doigt des références inavouées, en poussant les expérimentations aux confins du Hard FM, mouvement alors peu populaire dont les premiers balbutiements californiens seront attribués à David Lee Roth et sa bande en 1978. "Walk Away" et les choeurs de son refrain auraient tout aussi bien sied aux sbires maquillés de Paul Stanley, serpents enroulés autour du cou et visages bariolés lors d'un "Lick It Up" déchainé, alors que les accords plaqués de son introduction renvoie directement au "Nothin' But A Good Time" de Poison, qui sortira plus de 8 ans plus tard. L'émérite guitariste va même jusqu'à se frotter à quelques arpèges acoustiques lors d'un "Children Of The Sea" aux faux-airs d'"Hotel California", similitudes particulièrement criardes sur l'introduction. A vouloir chercher un second souffle, le Sabbath semble noyé dans un océan de références caricaturales qui n'ajoutent qu'interrogations et déceptions à la viabilité de cette nouvelle formation. On pense le destin d'Heaven & Hell scellé quand vient alors un constat lucide, réfléchi, implacable: Heaven & Hell n'est ni ce qu'il aurait dû être, ni ce qu'il aurait pu être. Il est revanche un superbe album de hard-rock, une pièce maîtresse dans la discographie du Sabbath et comporte de grandes qualités (et quelques défauts mineurs) qu'il convient de prendre telles quelles, sans chercher à en faire un ersatz du Sabbath de Osbourne, ce qui aurait été en fin de compte un écueil facile des plus déplorables.


Une fois occulté le lourd passif du groupe, une fois intégré que les pompes d'Ozzy étaient bien trop petites pour Dio, une fois assumé le virage musical et rythmique de la formation à des fins d'un engouement moins funeste, on peut apprécier Heaven & Hell à sa juste et grande valeur. Déjà par ses qualités mélodiques indéniables et les envolées lyriques de Dio, simplement grandioses. Le bonhomme appose sa patte d'emblée sur les huit titres du groupe, s'impliquant autant dans la composition qu'il s'approprie exclusivement le processus d'écriture. Et c'est avec une main sereine doublée d'un esprit éclairé que Dio poétise la prose noire du Sabbath, restant fidèle aux thèmes apocalyptiques du groupe tout en y apportant sa prestance solaire et ses vocalises stellaires. En atteste "Children Of The Sea", écho du "Children Of The Grave" où Ozzy dénonçait les dérives d'un monde conduisant ses enfants droits dans la tombe, qui voit le futur prophète du metal conclure ce titre imparable sur une longue tirade vindicative et chirurgicale: "Look out! The sky is falling down! Look out! The world is spinning round and round and round! Look out! The sun is going black, black Look out! It's never never never coming back, look out!". Avec Dio, Black Sabbath ne renie pas une seconde le caractère prophétique de sa noire parole, il s'emploie simplement à la délivrer autrement, en ornant les mots de la parure scintillante des mélodies ensorcelées de  son nouveau chanteur, comme pour mieux atteindre les coeurs de ces fidèles. Par le biais de ce seul titre, Dio vient d'asseoir sa complète domination sur tous les chanteurs estampillés hard-rock / metal de l'époque. Et c'est sans compter sur ses nouveaux camarades de jeux, qui trouvent en Dio, le catalyseur de leurs nouvelles aspirations musicales.


En effet, les rythmes sont élevés sur Heaven & Hell et Butler fait rugir sa basse lors de phrasés absolument dantesques comme sur "Die Young" où Iommi se repose exclusivement sur sa section rythmique pour distiller un solo aussi furieux que les aboiements de Dio sont féroces, et mis à part l'écueil "Walk Away", Black Sabbath semble avoir regagné une réelle cohérence au travers de sa nouvelle formation. "Neon Knights" assène d'entrée un coup quasi-fatal avec son riff roulant, écrasant doublé d'un Bill Ward bien décidé à taper comme un sourd sur ces fûts, pendant que "Heaven & Hell" reste à ce jour le morceau le plus réussi de l'album, fort d'un rythme ralenti et d'un refrain fédérateur bénéficiant d'un propos éloquent à tout fan du Sabbath qui se respecte. Mais là où Black Sabbath frappe un grand coup c'est dans "Lonely Is The Word", l'épilogue de ce disque, beaucoup plus parcimonieuse, plus épurée dans laquelle il transparait un sincérité altruiste et une ambiance transcendante qui clôt les yeux et ouvre les sens comme pour mieux porter l'estocade finale, cet interminable solo d'un Iommi au sommet de son art qui se savoure sans modération tant Black Sabbath semble renaître de ces cendres. La renaissance d'un groupe scellée par un titre évoquant la déchéance de ceux qui ont touché les étoiles, tout un symbole.


Évidemment, la retenue est de mise sur certains points tant Heaven & Hell semble répétitif dans sa construction (des morceaux courts aux structures assez classiques) et dans ses sonorités, son tempo général ou les mélodies de Dio lui-même. L'album a le mérite de succéder à deux piètres efforts et redore le blason d'un groupe culte en retrouvant des morceaux inspirés, puissants, lourds mais drastiquement différents de tout ce à quoi la Sabbath nous avait habitué jusqu'alors. Bien plus qu'un simple tournant musical, Heaven & Hell est un virage difficile à négocier, où le groupe tient superbement la corde avant d'en sortir lancé à toute allure vers un Mob Rules cultissime. Le reste ne sera qu'un tortueux chemin sinueux où les catastrophes ne pourront être évitées. Avec Heaven & Hell, le groupe renoue également avec un artwork sobre et symbolique qui inspira largement le 1984 de Van Halen. Malgré son penchant hard-rock exacerbé, Black Sabbath est revenu des entrailles de l'enfer pour mieux toucher des doigts la panthéon de la musique moderne. De la tournée Heaven & Hell naitra le mythe Dio, qui serait à l'origine de la fameuse main cornue du diable, symbole fédérateur des amateurs de metal puis par extension de rock péchu. C'est dans ces petites choses évidentes, ces fondamentaux de la vie musicale, cette culture ancrée profondément, qu'il faut y voir l'héritage de Black Sabbath version Dio.


Etienne

En savoir plus sur Black Sabbath, Dio
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