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Black Sabbath - The Dio Years


Collectif, le 03/10/2016

Mob Rules


4 novembre 1981


Mob Rules n’est pas forcément un album facile à chroniquer, non pas à cause de son contenu, mais plutôt en raison de sa réception. Accueilli tièdement à sa sortie, la galette à la pochette post-apocalyptique s’est construite au fil des années une solide réputation auprès des puristes du Black Sabbath post Ozzy et du métal en général. Non sans raisons, mais comme on le verra par la suite, pas forcément pour les bonnes raisons.


Black Sabbath est un groupe tellement protéiforme qu’il est, par la force des choses, difficile de l’aborder sans connaître un minimum son histoire. De la même façon, Mob Rules doit être replacé dans son contexte, celui d’une formation qui, quelques temps plus tôt, était exsangue et au bord de la rupture. Gangrené par la cocaïne, Tony Iommi n’est plus que l’ombre de lui-même lorsqu’il décide, avec le soutien mou de Butler et Ward, de renvoyer un Ozzy Osbourne amorphe, démotivé et lui aussi complètement à la botte des stupéfiants. Sabbath aurait dû mourir à ce moment-là, avec l’éviction du Madman. D’ailleurs, Ronnie James Dio, fraîchement débarqué de Rainbow car souhaitant prendre ses distances avec un Ritchie Blackmore tyrannique, pensait avant tout à se lancer dans un projet solo lorsqu’il est présenté à Iommi par Sharon Arden, la future madame Osbourne. Finalement, après moult tribulations, le groupe prolonge son existence avec Dio à sa tête, Heaven And Hell relance la carrière du sabbat noir et se paye même le luxe d’être adoubé par la toute nouvelle génération de métalleux portée par la NWOBHM. Et ce, très ironiquement pour un groupe encore accusé de satanisme à l’époque, avec un chanteur dont le patronyme signifie Dieu en Italien. Sauf que…


Sauf que le Sabbath de Dio n’a plus rien à voir avec celui d’Ozzy, et c’est particulièrement vrai d’Heaven And Hell qui prend le contre-pied quasi complet des ultimes orientations iommiennes. Album conçu sans Geezer Butler (à l’époque empêtré dans un divorce à rallonge), le disque aux trois femmes angéliques fumeuses voit ses compositions délaisser le riff comme ciment du matériau Sabbathien pour le remplacer par la mélodie vocale, en l'occurrence le chant lyrique et maniéré de Dio qui, lui, ne manque pas d’imprimer fortement sa patte sur la musique du groupe, tant musicalement que stylistiquement, prenant la plume des mains de Butler - auparavant unique parolier ou presque de Sabbath - pour ne plus la lâcher et réintroduisant tous les éléments de mythologie surnaturelle plus ou moins malsains que le groupe avait tenté de gommer au cours des années précédentes. Alors certes, Heaven And Hell est un album efficace, quoiqu’il en a toujours été ainsi des disques de Sabbath. Mais c’est surtout un album fade, sans aucune originalité pour l’époque, totalement asservi aux canons du milieu et à la voix de son tout nouveau frontman, aux titres articulés essentiellement autour d’un riff unique, faisant très peu usage de changements de couleurs ou de rythmes et sous-exploitant de fait un Bill Ward devenu méconnaissable, enfermé dans une rythmique mécanique loin des largesses qu’il s’accordait auparavant avec la mesure.


Passons rapidement sur la tournée qui s’ensuit pour nous arrêter sur quelques points essentiels à même d’expliquer les différences fondamentales qui existent entre Heaven And Hell et Mob Rules. Alors certes, Bill Ward a claqué la porte du groupe, déprimé par le départ d’Ozzy, mais il n’était de toute façon plus que l’ombre de lui-même à cette époque - sans même parler de son alcoolisme -, et son remplaçant, Vinnie Appice, parvient sans peine à faire jeu égal avec l’ex mythique batteur de Birmingham quant au jeu ici déployé, précis, sobre et efficace. Surtout, le rapport de force s’est inversé : Iommi, auparavant miné par une carence créative - rappelons qu’il avait passé près de 6 mois sans ébaucher la moindre chanson ou presque avant l’arrivée de Dio - a été revigoré par l’accueil fait à ce Sabbath n°2 et par l’accueil filial de ses héritiers, et c’est lui qui reprend la barre de l’équipage et qui propose le socle du nouveau disque, épaulé par un Butler qui, de nouveau présent durant la phase d’élaboration, renoue avec le jam guitare - basse si essentiel à l’élaboration du mur sonore Sabbathien. Pire : Dio, sentant que la dynamique commence à lui être défavorable, réfléchit de plus en plus à une carrière solo et ne s’en cache absolument pas auprès de ses camarades. Le clash est à ce point inévitable que le groupe se séparera de ses deux yankees à la fin de la tournée Mob Rules, lorsque le petit frontman hargneux sera accusé d’avoir parasité le mixage de Live Evil, disque live consacré à cette - courte - première période Dio.


Pour la petite histoire, la genèse de Mob Rules s’articule à la base autour de la participation du groupe à la BO du film d’animation culte Metal Hurlant pour lequel Iommi and co signent deux morceaux, “The Mob Rules” qui donnera son nom à l’album en question et dont la version retenue pour la BO est légèrement différente de la version studio, ainsi que l’instrumental “E5150” qui apparaît sur le film mais pas dans le CD de l’OST. Le reste du disque est mis en boîte aux Record Plant Studios de Los Angeles avec Martin Birch aux manettes - le même que celui d’Heaven And Hell mais surtout que Killers des nouvelles gloires montantes d’Iron Maiden - après que Iommi ait acquis pour le groupe un studio d’enregistrement privé qui s’est révélé, au bout du compte, complètement inutilisable. Résultats : beaucoup de temps et de dollars perdus. Cette anecdote illustre par l’absurde à quel point le guitariste, aveuglé par sa consommation hors norme de cocaïne, n’a pas les idées claires et se laisse mener par le bout du nez par les sycophantes qui gravitent autour de Sabbath et qui veulent sucer jusqu’à la moelle le rentable combo de Birmingham.


À l’époque de sa sortie, le principal reproche adressé à Mob Rules est qu’il s’agit d’une redite quasi-complète d’Heaven And Hell, notamment dans sa structure, avec “Turn Up The Night” qui ressemble étrangement à “Neon Knights” ou encore “The Sign Of The Southern Cross” qui mime la progression d’”Heaven And Hell”. Ce n’est pas complètement faux. Même s’il est difficile de lire entre les lignes en épluchant les déclarations des intéressés, on retrouve ici une volonté, de la part de Iommi et Butler, de rectifier le “brouillon” Heaven And Hell dont ils n’ont pas complètement géré la conception. De ce point de vue, le résultat est contrasté tant “Turn Up The Night”, avec son riff monolithique cisaillé, apparaît réussi et effectivement plus robuste que son pendant précédent, puisant de la hargne dans sa vélocité et intégrant bien mieux les soli du guitariste qui, faut-il le souligner, ont acquis une importance plus grande qu’à l’ère Ozzy. “The Sign Of The Southern Cross”, en revanche, peine à faire oublier son modèle : tempo gelé, vocaliste en free ride se laissant emporter par son emphase, ce titre majestueux n’atteint ni l’enfer, ni le paradis malgré quelques ambiances savamment distillées - comme ce vent froid soufflant dans nos oreilles et une utilisation intéressante de la wah-wah. Mais soyons clair : au moins sur cet aspect-là, les critiques de l’époque semblent fondées : Sabbath ne semble pas s’être foulé. Sauf que le reste de l’album change la donne.


Avec des morceaux hard rock de grande classe, au premier rang desquels “Voodoo”, fort d’un gimmick de guitare particulièrement mélodieux et rentre-dedans, Butler troussant dans son coin une ligne de basse fluide et robuste qui soutient au poil la charge instrumentale et Iommi développant un très beau solo jouant d’effets de dissonances saturées saisissantes. Mais il y a d’autres morceaux de bravoure dans ce disque : “Slipping Away” avec ses motifs hachés, ses harangues plantesques et sa bataille de soli guitare - basse au sein de sa section centrale ; “Country Girl” qui renoue avec la formule gagnante d’”Iron Man”, mélodie bluesy, chant au diapason du couple guitare-basse, batterie bulldozer ; et l’éponyme, dans une moindre mesure, déboulant à toute berzingue comme une Aston Martin lancée à 150 miles à l’heure sur une highway des Midlands et jouissant là-encore de partie solistes variées et inventives. La particularité de ces morceaux, c’est de redonner toute sa place au riff dans le songwriting sabbathien. Réécoutez donc Heaven And Hell et vous constaterez à quel point le matériel guitaristique y est faible, Iommi se contentant la plupart du temps d’accompagner Dio et d’(ab)user de power chords. Remarquez qu’il n’est pas question ici de technique, mais de chair : le corps de Black Sabbath, c’est le riff, et sur ce plan l’album précédent est probablement le plus faible du groupe. Mob Rules renverse la vapeur, et c’est pour cela qu’il lui est supérieur. Il n’y a pas à chercher plus loin. Et autant l’affirmer parce que c’est  vrai : “Voodoo”, “Country Girl” et “Slipping Away” se posent parmi les meilleurs morceaux du Sabbath post-Ozzy, carrément.


Après, tout n’est pas rose non plus. L’instrumental “E5150” se montre sympathique mais il n’apporte rien de bien intéressant tout en pêchant par sa longueur (3 minutes, c’est long pour du Sabbath) et en offrant une très mauvais transition avec “Mob Rules”. “Over and Over” n’est qu’une power balad de plus, longuette aux entournures, pas originale pour un sou et qui s’écoute un peu trop gratter les cordes, sans compter que dans ce registre, Dio a toujours tendance à en faire des tonnes au micro. Quant à “Falling Off The Edge Of The World”, l’animal nous surprend en se cabrant violemment après une intro toute gentille et s’emballe avec les honneurs (Butler y est au poil, si si), mais à l’instar de tous ses autres morceaux rapides, celui-ci tourne rapidement en rond - n’est pas Metallica qui veut dans ce registre. Et comme de plus Ronnie James Dio joue les castafiores en fin de piste, on a tendance à botter en touche. Peut-être à tort, remarquez.


Mob Rules est donc un album globalement réussi, et même très réussi, et même nettement supérieur à son “modèle” Heaven And Hell - qui n’est pas vraiment son modèle, comme expliqué plus haut. A ceci près que d’une, on pourra lui préférer Dehumanizer, plus rêche, plus brutal, plus aride, voire même The Devil You Know, autrement plus heavy et, intrinsèquement parlant, plus sabbathien ; et de deux, on pourra lui préférer la quasi-totalité des disques de la période Osbourne - exception faite de Never Say Die, soyons beau prince. Car en un mot comme en cent, nous n’avons plus affaire au même groupe, du tout. Sabbath n’a plus de Sabbath que le nom, un nom que Iommi colportera jusqu’à l’absurde au cours des années 80 et qui, dès après cet album, commencera à sérieusement se ternir.


Nicolas

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