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Black Sabbath - The Dio Years


Collectif, le 03/10/2016

The Devil You Know


28 avril 2009


Quand on se penche sur la discographie de Black Sabbath, et en particulier sur celle de l’ère Dio, on a tendance à considérer l’incartade Heaven & Hell (le groupe, pas l’album) comme une note en bas de page, une espèce de caprice de rock star décatie cherchant à retrouver une seconde jeunesse, ou au pire une combine visant à refaire le plein de cash sans être obligé de s’arrêter par la case Sharon Osbourne. Or c’est bien plus que ça, et à ce titre, il n’est pas inutile de revenir sur ce Devil You Know qui n’a pas fait beaucoup couler d’encre à l’époque de sa sortie, en tout cas bien moins que 13 qui, par certains côtés, répond exactement aux mêmes impératifs de réancrer le son sabbathien dans le vingt-et-unième siècle.


En 2006, Black Sabbath est bel et bien au point mort. Ozzy a mis un terme à toute idée de nouvel album - du moins à ce moment-là - afin de tenter de faire fructifier encore un peu sa carrière solo déclinante, tout en octroyant à ses pairs le droit de poursuivre quelques tournées sabbathiennes revival via son Ozzfest perso histoire qu’eux aussi puissent garnir au passage leur compte en banque. Sauf que Tony Iommi en veut plus. Cela fait près de dix ans que son sabbat noir est à l’arrêt, et ses trois albums solo parus dans l’intervalle, dont deux avec Glenn Hughes, ne suffisent pas à combler son besoin maladif (il n’y a pas d’autre mot) d’enregistrer. De son côté, Butler, ayant lui aussi réalisé trois honnêtes disques dans son coin depuis qu’il a claqué la porte au nez de Iommi à l’époque de Cross Purposes, semble avoir dit ce qu’il avait à dire pour ne pas se sentir frustré à l’ombre du guitariste. Quant à Bill Ward, il ne manifeste aucune envie particulière, mais il en a souvent été ainsi du batteur de Birmingham qui, ancien souffre-douleur de ses petits camarades, assure encore quelques lives après avoir signé un contrat “indigne” (comme il s’en plaindra au moment de la polémique 13) et ne semble pas pressé de faire du zèle. La question qui se pose alors à Iommi est : comment faire pour rempiler, et avec qui ?


La seconde se règle d’elle-même lorsque Rhino Records, qui envisage d’éditer un best-of couvrant la période Ronnie James Dio, propose à Tony Iommi d’enregistrer quelques inédits avec le chanteur américain. Sauf que les retrouvailles ne vont pas forcément de soi, et pour cause : le petit chevelu s’est séparé à deux reprises de la team Sabbath en très mauvais termes, la seconde fois en refusant d’aller assurer la première partie d’Ozzy Osbourne en solo à Costa Mesa - et comme on le comprend. De fait, Dio et Iommi ne se sont pas adressé la parole depuis presque quinze ans. Mais contre toute attente, la rencontre se passe bien et les séances de songwriting accouchent de trois morceaux pas trop mal goupillés, en tout cas faisant honneur au Sab de Ronnie. La suite coule de source, presque sans forcer : sortie de The Dio Years - le best-of en question incluant les trois inédits en question - avec l’aval de la mère Osbourne, et tournée subséquente, le tout non pas avec Bill Ward qui fait la fine bouche sur l’ensemble du projet, mais avec son suppléant de luxe Vinny Appice. Or c’est là que Iommi va se la jouer finaud. Pour ne pas froisser Ozzy et ainsi risquer une plainte pour usurpation d’identité groupesque - les Osbourne étant passés maîtres en terme de détricotages judiciaires eût égard aux nombreuses plaintes essuyées par le chanteur durant les quelques vingt années précédentes -, Tony change le nom de la formation incriminée. Ce ne sera donc pas Black Sabbath, mais Heaven & Hell, nom qui se réfère bien évidemment à au disque le plus successful (mais loin d’être le plus réussi) de la formation concernée. Tip top je t’embrouille : une fois ce pré-requis posé, les portes d’un nouvel album peuvent s’ouvrir en grand, et le couple Osbourne n’a plus qu’à se la boucler.


Cette fois-ci, tout est fait pour ménager les uns et les autres - Butler et Dio étant un tantinet susceptibles - afin que les séances d’écriture se déroulent au mieux. Chacun enregistre donc ses idées dans son coin, les envoie par mail aux autres, et la discussion peut s’ouvrir en enclenchant le processus de jam. Ainsi, le matériel de The Devil You Know provient à part égale de Iommi, Butler et Dio, Appice ne participant pas à l’écriture des morceaux. L’ensemble du processus s’étale sur six mois - avec une tournée Monsters Of Rock intercalée histoire de donner un peu d’air à l’effectif - et au terme d’un enregistrement idyllique aux désormais traditionnels studio Rockfield, l’album d’Heaven & Hell, soit le quatrième album de Black Dio, voit le jour.


Si l’on connaît le Sabbath ayant accouché du doom et de presque tout le heavy metal, on connaît moins - malgré notre dossier consacré au groupe en 2013, hé hé - son influence capitale sur le heavy rock en général ainsi que sur le grunge, le stoner et le sludge en particulier. D’autant que Iommi lui-même, une fois Ozzy lourdé, s’est souvent complus dans des allants bassement métalliques, tant en terme de style - que ce soit avec Dio ou Martin - que d’atours décoratifs - le diaable, les flahahammes de l’enfer, la moooort, toussa. Ceci dit, dans ses ultimes émoluments avec The Cat, on retrouvait dans la musique sabbathiennes quelques pamphlets qui n’auraient pas dépareillé chez Alice In Chains ou Soundgarden. Mais le fait est là : en terme de lourdeur sonore, le maître s’est depuis longtemps fait dépasser par ses tumultueux élèves, et il faut absolument que le guitariste de Birmingham prouve à la face du monde que l’on peut sonner mega heavy avec un Gibson SG bien réglée, un bon ampli Laney des Midlands et un petit Trebble Booster pour chiader les détails. C’est donc avec Ronnie James Dio qu’il se prête à cet exercice de pesanteur ultime, fait assez étonnant quand on regarde les trois albums enregistrés par les deux hommes, certes métalliques mais finalement pas forcément très denses en terme de chape sonore. On est loin, avec Heaven And Hell (l'album, pas le groupe), Mob Rules et Dehumanizer, de l’enclume Master Of Reality qui reste le monument érigé à la gloire de la lourdeur sabbathienne. Sauf que The Devil You Know remet les pendules à l’heure, bien aidé en cela par une production moderne qui se met aux ordres du couple Iommi - Butler, les deux forgerons en maître.


"The Devil you know"… il s’agit d’une expression populaire anglaise se rapprochant de “know your enemy”. En gros, mieux vaut côtoyer le diable et le connaître pour déjouer ses pièges plutôt que l’ignorer et sombrer dans le mal. Sauf que la subtilité n’est pas forcément la qualité première de Iommi, en témoigne un artwork on ne peut plus explicite sur lequel Satan, personnifié par un démon cornu à trois langues, s’apprête à dévorer un pauvre pêcheur tandis qu’en arrière fond se dessinent des silhouettes de crucifiés. Jamais Sabbath n’avait à ce point versé dans le premier degré, et cela se ressent encore davantage dans les textes coécrits par les trois hommes en charge du projet dans lesquels il n’est question que de damnation, de feu infernal, de peur et de douleur. Le trio fait ici plus fort que Tony Martin sur Headless Cross, ce qui n’est pas peu dire - d’autant qu’à l’époque, Iommi avait vivement souhaité qu’il mette le hola sur le diable pour écrire les paroles de Tyr, l’album suivant. Qu’on est loin de la plume acide de Butler qui, dans les années 70 (et sur 13, il faut le signaler), use des allégories chrétiennes pour mieux souligner les maux de notre monde moderne et le désespoir qui l’habite. Sabbath s’abandonne ici à sa propre caricature thématique, et un premier coup d’oreille discret pourrait nous achever de croire qu’il en va de même avec la musique, ce qui n’est pas tout à fait faux. Sauf que dans ce registre, les chantres du doom connaissent leur affaire, et la connaissent bien. Ne cherchez pas : The Devil You Know est l’album le plus heavy de Black Sabbath. Mais c’est aussi, malheureusement, le plus lyrique.


Dès les premiers coups de boutoir, le ton est donné : “Atom And Evil” est une ode à la distorsion, à la lenteur, à la lourdeur, avec son riff glauque tournant en boucle et sa batterie enclume. Sauf que là-dessus, Dio, qui a tout de même 66 ans au moment où le disque sort, n’a plus la même force vocale. On le sent toujours concerné, agressif, emphatique, mais, souvent à la traîne sur les attaques vocales, il n’a plus la niaque d’antan, et dès lors le registre tonique et guerrier qu’il avait exprimé sur les trois précédents albums sabbathiens où il officiait laisse ici place à des démonstrations vocales empesées, riches en trémolos et en postures exaltées, et c’est particulièrement vrai sur ce morceau introductif tout comme sur le conclusif “Breaking Into Heaven” qui, fondu dans le même moule, lui répond en écho. Dès lors, c’est tout un équilibre qui essaye de se créer entre la surenchère vibrionnante du chanteur et la puissance herculéenne des motifs musicaux. Or à ce petit jeu, le couple Iommi-Butler sort vainqueur par KO. Il n’y a qu’à écouter l’épouvantable “Fear” avec sa saturation grasse et ses trilles engluées dans du goudron, avec son lâcher de bombes pugnace sur le refrain, avec cette réascension glaçante en fin de motif, pour s’en rendre compte. “Fear” est l’une des pièces maîtresses de The Devil You Know, et l’un des morceaux les plus suffocants du Sab, rien moins. Sauf qu’il se fait concurrencer un peu plus loin par “Follow The Tears”, avec des artificiers ayant tellement gavé leur son de disto et de saturation qu’on a l’impression que tout va exploser. C’est lent, c’est accablant, c’est assourdissant et c’est magistral, le doom avec un grand D.


La plupart des morceaux de The Devil You Know jouissent de trois riffs au minimum, en témoigne notamment “Double The Pain” introduit par une basse sépulcrale qui verse dans le heavy metal princeps sans oublier quelques chromatismes bien sentis en guise d’intro. Binaire, le morceau cogne en rythme avant de s’abandonner à des interludes en formes d’odes noires, du stupre et du venin à l’état pur. Geezer Butler, loin de jouer les seconds rôles, reprend la main sur le balancé “The Turn Of The Screw”, construit à peu près sur le même schéma mais ici complètement à la botte du bassiste, l’irlandais de Birmingham pilonnant à qui mieux mieux pour transporter les couplets tandis que les refrains, par intermittence, cèdent face aux harangues enflammées de Dio. Et puis, quand même, la gravité newtonienne se fait moins forte sur certains titres comme “Eating The Cannibals”, lancé à fond de train sans pour autant verser dans les gimmicks thrash stéréotypés, le motif musical apparaissant même étonnamment léger malgré l’airain dans lequel il est forgé. Sans parler de “Neverwhere”, son frère jumeau un poil plus cérémonieux peut-être. Petit bémol sur “Rock N’ Roll Angel”, power ballad se métamorphosant par à-coups en mid-tempo sec, aux paroles ineptes et au refrain balourd qu’une conclusion à la guitare classique réhausse cependant. Quant à “Bible Black”, il fait un honnête single dont le riff rappelle un peu celui de “Heaven And Hell” (le morceau, pas le groupe) mais ne laissera pas un souvenir impérissable.


En définitive, on retiendra surtout de cette ultime incartade de Sabbath avec Dio une certaine politesse de l’intelligentsia metal vis-à-vis de ses pères fondateurs, l’album ayant été chaleureusement accueilli mais assez vite oublié tandis que Heaven & Hell (le groupe, pas l’album), malgré les pointures à la barre, se voyait notamment relégué au second plan dans les affiches des festivals. Mais aussi, bien sûr, la conclusion dramatique de la tournée en question, écourtée une fois Ronnie James Dio diagnostiqué d’un cancer de l’estomac qui l’emportera dans la tombe en moins de six mois, mettant ainsi un terme anticipé à la vie de l’un des chanteurs de heavy metal les plus adulés et respectés à avoir vu le jour. Il est dommage, en revanche, que l’on ne voit pas - ou plus - The Devil You Know comme l’une des pièces maîtresses de ce line-up, tellement plus heavy, tellement plus gourmand en riff que ses aînés, tellement plus sabbathien - parfois jusqu’à la caricature, c’est vrai - que, au hasard, Heaven And Hell (l’album, pas le groupe… bref). Bref, un disque qui mérite indéniablement une place de choix dans le Sabbath post-Ozzy.


Nicolas

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