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The Cure


Collectif, le 09/01/2017

Seventeen Seconds (1980)

Le début de la discographie des Cure est sobrement surnommé "Trilogy" par des fans énamourés. En effet, après les débuts explosifs de Three Imaginary Boys, les Cure livrent un triptyque composé de Seventeen Seconds (1980), Faith (1981) et Pornography (1982).

Si ces trois albums peuvent s'apprécier comme autant de facettes d'une même histoire, chacun d'eux mérite un arrêt attentif. Nous avons donc choisi de ne pas chroniquer les albums ensemble mais bien de les séparer en plusieurs chapitres du dossier.

Le début du post punk


En 1979, la vague punk retombe doucement en Angleterre. Marqué par la révolte et la destruction que le mouvement charrie avec lui, Robert Smith souhaite toutefois produire une musique bien plus riche, bien plus complexe. The Cure a fait des premières parties pour le groupe Siouxsie and the Banshees. Smith se propose pour remplacer le guitariste du groupe au pied levé. Il embarque alors dans une tournée qui va changer sa conception de la musique. Prêtresse du postpunk en Angleterre, Siouxsie sait tirer partie des technologies à sa disposition pour modifier le son des guitares. Smith va pouvoir expérimenter tout à loisir pendant ces quelques mois où il a toutes les pédales possibles à disposition.


Evidemment, le pape Bowie n'est jamais loin dans l'inspiration des Cure. Cette fois-ci, Smith revendiquera l'influence de l'album Low. Nick Drake sera également cité, probablement pour l’atmosphère crépusculaire de ses disques plutôt que pour le traitement du son lui-même.


Chris Parry, le directeur artistique de Fiction Records, se liquéfie à l'écoute de Seventeen Seconds. Qu'est-ce donc que cette musique pleine brouillard? Personne ne va les suivre! Pourtant, la révolution New Wave est en marche en Angleterre. En mai 1980, la branche qui nous intéresse ici, la Cold Wave, vient de perdre son héros. Ian Curtis, leader de Joy Division, vient de se donner la mort. Les fans orphelins cherchent un groupe capable de charrier le même malaise, de découvrir le même mal-être. Ils se reportent donc sur The Cure, séduits par les textes cryptiques, l'érudition de Smith et l'angoisse qui suinte par tous les trous des enceintes.

Une errance sous contrôle


Si Trilogy représente une forme de descente aux enferts, on peut grossièrement résumer de Seventeen Seconds en une errance nocturne. Loin des canons de l'époque, les chansons presque intégralement écrites par Smith échappent à la rassurante logique de la pop: couplet, refrain, couplet. Au contraire, rien ne semble pouvoir donner une direction précise à ces chansons floues. Comme emportées par la violence du songe, elles naviguent dans des univers inquiétants.


Les Cure ne sont pas des fanfarons, ils ne cherchent pas à impressionner, ils ne surgissent pas toutes guitares dehors. Bien au contraire, la première piste, "A Reflection" se contente de servir d'introduction. Elle nous prend par la main le temps de quelques lents accords de guitare, légèrement dissonants, complétés par un piano famélique. Elle semble être une drôle d'invitation au voyage, la référence baudelairienne étant d'autant plus nette que Smith a été très marqué par la lecture des romantiques tels Poe ou Baudelaire.


Tout au long de l'album, des pistes que nous pourrions qualifier de remplissage vont se charger de créer un pont entre les différentes ambiances. "Secrets" n'a de sens que pour la respiration qu'elle offre entre "Play for today" et "In your house". Le minimalisme de "Three", d'une simplicité presque effarante, se marie aux accords franchement angoissants de "The final sound" pour constituer une fabuleuse introduction à "A Forest". Quel album peut se targuer de nos jours de se soucier à ce point de cohérence? A l'heure où on zappe en aléatoire sur Spotify ou Deezer, Seventeen Seconds oblige à l'abandon. On branche le casque, le bon, ou on exhume la platine chinée (on vous connait, bande de petits hispters), et on accepte de lâcher prise.


Imaginons-nous être un adolescent solitaire, dans une cité-dortoir quelconque du fin fond de l'Angleterre. Il fait gris et froid (hélas, ce n'est pas tant un cliché que cela), le vieux monde minier s'écroule, le conflit intergénérationnel est brutal. Imaginons-nous donc acheter Seventeen Seconds et nous réfugier dans notre chambre pour poser le vinyle sur sa platine. Autre époque, autre rapport à la musique...

Requiem pour l'angoisse


Introduit par la méditative "A Reflection", "Play for today" débarque pied au plancher. L'introduction mérité à elle seule le détour: la batterie de Lol Tolhurst s'annonce de façon sourde mais énergique, puis la basse de Simon Gallup dessine la colonne vertébrale du titre, dont la guitare de Smith esquisse d'abord timidement, puis plus franchement, les contours cisaillés. Ces trois éléments semblent se superposer sans réelle harmonie, jusqu'à ce que Smith se mette à chanter. La voix du chanteur est reconnaissable entre mille, cimentant les mélodies, charriant un lot de souffrance démesuré. L'ego est mis en avant tout au long de la discographie des Cure, ce qui a souvent déclenché des cascades de sarcasme sur ces jeunes adultes obsédés par leur nombril. N'oublions pas que outre-manche, la pudeur des sentiments est un devoir, se lamenter sur soi, une transgression... "Play for today" initie donc leur héritage musicale par une plainte égocentrée: peu importe ce que tu penses de moi, dit Smith, ce que je ressens est la seule chose qui compte ("It's just the way I feel that matters"). Entondons ici "play" non pas comme un "jeu" mais bien comme une "pièce". Smith se moque des faux-semblants et se montre désabusé: au fond, tout le monde joue un rôle. Il prend soin de mettre la vraie vie du chanteur à distance ("It's not a case to tell the truth/Some lines just fit the situation"), pour que le personnage créé par le chanteur lui permette de décrire avec une ironie toute britannique l'hypocrisie des relations humaines. "It's not a case of aiming to please/You know you're always crying/It's just your part/In the play for today" lance-t-il avec morgue (il ne s'agit pas d'avoir envie de plaire/tu sais que ça finit toujours sen larmes/c'est juste ton rôle/dans la pièce du jour, traduction non contractuelle ndlr).


L'errance constitue indéniablement le thème central de cet album déroutant. Après la transition de rigueur, toujours caché sous nos couvertures dans notre chambre d'adolescent, nous pénétrons dans une étonnante maison vide: "In your house". Le rythme indolent est à trois temps, rappelant une valse, légèrement macabre puisque la maison semble vide ("I hear no sound/in your house/Silence/In empty rooms"). Pourtant, la lumière perce sous forme de délicats arpèges qui s'élèvent désespérément vers la lumière. La visite ne dure que quatre petites minutes mais dans notre imaginaire, les guitares se chargent de dessiner les escaliers vermoulus, la lumière qui perce derrière un épais rideaux, tandis que la basse de Gallup, implacable, déverse un air épais, anxiogène. Un coup de maître, en un mot.


Mais retenez-vous de crier encore au génie. Imaginez-vous qu'après la maison hantée, vous poussez la porte du fond, vous faites quelque pas et soudain, vous voilà dans la forêt. Introduite par une longue plage de synthé, puis quelques accords de guitare inquiétants comme au loin, une forme sombre, voici que s'annonce "A forest". La batterie, qui intervient soudain, a nécessité par moins de sept plages différentes pour arriver à ce son étouffé. La guitare reprend alors le motif esquissé précédemment, en se calant sur le rythme effréné de la batterie: l'angoisse monte. Soudain, la basse, une fois encore, soutient l'ensemble, imperturbable, oppressante. Et la fuite en avant commence. Tout se mélange parfaitement pour reproduire à la perfection l'angoisse qui monte, tandis que gémit la voix de Smith. La figure féminine est évoquée comme fuyant entre les troncs d'arbres, par essence insaisissable, indescriptible. Rêve-t-on? Est-ce le récit d'un rêve? Quelle est cette voix dont parle Smith, dont le son étouffé l'obsède, entre les arbres de son rêve? La figure de la foret a souvent été évoquée en littérature pour évoquer la puissance de l'inconscient qui enfouit nos désirs et nos secrets. Smith ressusite cette figure, bien conscient de l'image gothique à laquel il s'associe et s'inscrit dans la lignée des poètes romantiques cherchant à pénétrer dans les profondeurs de leur inconscient. Bien entendu, tout cela est servi par une section rythmique toujours aussi impeccable et des guitares cisaillées héritées du punk, rappelant l'urgence de la quête, l'urgence du rêve. 


Au fur et à mesure de l'album, Smith s'enfouit sous des couches de guitares et de réverbération, comme pour disparaître dans le puis d'angoisse que sa musique tisse. Le titre éponyme, en dernière position, se promène sur des accords et un rythme cycliques, comme on tourne sur soi-même sans trouver de porte de sortie. Les paroles décrivent le crépuscule de la conscience qui dépose les armes, épuisée d'avoir lutté.


Seventeen seconds jette ainsi les bases d'une new wave à des millénaires de l'approche pop des Depeche Mode et consorts. Devenus les rois de la Cold Wave à cause de ses sonorités glacées et sombres, les Cure vont continuer dans cette veine avec la suite de la Trilogie.


Raphaëlle

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Commentaires
patroc, le 05/05/2017 à 17:40
Le groupe que j'ai vu le plus de fois en concert (6) et mon 1er concert aussi. Presque une vie! Un très grand groupe et un leader aussi simple qu'ultra charismatique. Un chef d'oeuvre (desintegration) et des albums tous différents (The head on the door, pornography pour mon triplé personnel..
patroc, le 05/05/2017 à 17:29
Desintegration. Comment dire? Un chef d'oeuvre, non?
lolo05, le 27/02/2017 à 17:56
Bonjour, J'étais à Lyon deux jours plus tard à la Halle Tony Garnier. Vous résumez parfaitement les concerts de The Cure ... Dantesques !!!! Avec une passion et une émotion qui vous prend les tripes. Ces types sont des très très très grands ... Robert est est génie .... et d'une humilité à prendre en exemple. Trois heures de concert aussi, les musiciens étaient juste heureux d'être là, de jouer et de partager. Je les ai vu aux Eurockéennes de Belfort en 2012 ... idem.. trois heures de communion totale avec la foule... Un groupe rare et précieux.


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