↓ MENU
Accueil
Première écoute
Albums
Concerts
Cinéma
DVD
Livres
Dossiers
Interviews
Festivals
Actualités
Médias
Agenda concerts
Sorties d'albums
The Wall
Sélection
Photos
Webcasts
Chroniques § Dossiers § Infos § Bonus
X

Newsletter Albumrock


Restez informé des dernières publications, inscrivez-vous à notre newsletter bimensuelle.

The Cure


Collectif, le 09/01/2017

Three Imaginary Boys (1979)

Si vous êtes tout juste familier avec la musique de Robert Smith, il est fort probable que vous soyez assez déconcertés à l’écoute de Three Imaginary Boys, voire que vous ne reconnaissiez même pas l’univers du groupe au premier tour de platine.


En effet, cet album sort en mai 1979, soit quelques mois avant que le chanteur/guitariste ait un déclic définitif en intégrant Siouxie and the Banshees le temps d’une tournée, une expérience qui transfigura complètement ses aspirations musicales et précipita ainsi la tournure sombre et existentialiste des trois opus suivants. En plus de cela, aucune trace de la basse de Simon Galup ou d’un simple claviériste dans le line-up de 1979, deux éléments pourtant essentiels au son du groupe anglais tel qu’on se le représente habituellement. Mais une fois ces différences acceptées et mises de côté, Three Imaginary Boys est un disque qui mérite malgré tout une attention particulière, tant il réussit à se démarquer du reste de la scène post-punk de l’époque tout en suggérant les prémices des transformations stylistiques à venir.


Au moment de l’écriture de l’album, Robert Smith et ses deux amis d’enfance (Lol Tolhurst à la batterie et Michael Dempsey à la basse) sont encore très influencés par la mouvance punk qui a émergée deux années plus tôt (Smith citait souvent les Buzzcocks et Elvis Costello), mais aussi par des artistes pop ou rock plus reconnus comme Jimi Hendrix, Nick Drake ou encore David Bowie. L’ambition secrète du leader est alors que son groupe devienne les "Beatles du punk", et en cela, le The Cure de Three Imaginary Boys se détache du mouvement popularisé par les Sex Pistols, étant donné qu'un certain gout pour la pop s’affirme aussi bien au niveau des textes que de la musique en elle-même. Rien que sur le premier morceau, "10:15 Saturday Night", Robert Smith donne le ton en nous racontant assez bêtement qu’il pleure dans l’évier de la cuisine à cause d’une énième peine de cœur : on peut difficilement se situer plus loin de la dimension sauvage et contestataire du courant musical qui lui sert d’inspiration. Cette rupture sémantique avec la tradition punk leur vaudra bon nombre d’accusations de "trahison" dès la sortie de leur tout premier single, "Killing an Arab", ce qui n’empêchera pas ce dernier de faire pas mal de remous dans la ville de Crawley puis dans le reste de l’Angleterre.


Mais à vrai dire, l’album surprend surtout par la modestie de ses ambitions, que ce soit au niveau des compositions, de l’interprétation ou de la production. En effet, Three Imaginary Boys est mélodiquement et rythmiquement d’une simplicité effarante : ce n’est pas ici que vous vous perdrez dans de longs développements atmosphériques, des structures insaisissables ou des soli interminables. Non, The Cure va ici à l’essentiel et ne propose ainsi que de courts morceaux pop-punk très aérés à la forme évidente et à la technique basique. Tout l’intérêt de la musique de Three Imaginary Boys repose donc sur les talents de mélodiste de Robert Smith, qui réussit à rendre ces morceaux accrocheurs sans en faire des tonnes derrière son micro, ainsi que sur la variété des ambiances proposées. Car simplicité ne rime pas toujours avec facilité : malgré une production uniforme, les titres se suivent mais ne se ressemblent pas. Il n’y a en effet aucun rapport entre l’ironie de "Meat Lock", l’urgence de "It’s not you" ou la chaleur crépusculaire de "Fire In Cairo". Il faut insister sur un point : c’est bien la démarche sincère de l’album qui nous permet de l’apprécier malgré ses limites évidentes. Les morceaux n’essaient pas d’être autre chose de simples pop song, et il serait difficile de leur reprocher cela au regard de la réussite finale. Certains titres sont ainsi irreprochables pour ce qu'ils sont : le tranquille "Accuracy" porte bien son nom, tant l’air s’immiscera sans aucune difficulté dans l’esprit de l’auditeur. "Object" démontre, en étant le morceau le plus explosif de l’album, que le groupe sait invoquer ses influences punks lorsqu’il le faut. Autre morceau marquant, "Three Imaginary Boys" nous laisse déjà entrevoir le talent singulier de Smith pour mettre sa mélancolie en musique. On peut d’ailleurs noter que le frontman, qui a toujours déclaré détester sa propre voix, n’est pas encore certain du style vocal à adopter, ce qui se traduit ici par un chant beaucoup moins appuyé et habité que pour le Cure des années 80. Il faut dire qu’en 1979, Smith et compagnie ne sont que des jeunes adultes (personne ne dépasse les 21 ans) qui ne savent pas encore vraiment où ils mettent les pieds – au sens propre comme au sens figuré. N’ayant qu’un seul single derrière eux, ils demeurent donc assez peu à l’aise avec les studios d’enregistrement, ce qui leur vaudra d’être tenu à l’écart du processus de production et de tous les choix formels liés à l’album, jusqu’à ceux de l’artwork ou de l’ordre de la tracklist. Le groupe a d’ailleurs renié ce disque à plusieurs reprises par la suite, estimant qu’il ne s’agissait en rien d’une démarche personnelle ou consciente et que ce premier jet contenait ainsi certains de leurs pires morceaux. La faute n’est pourtant pas à jeter sur le dos de Fiction Records, car comme Smith finira l’admettre un jour, les trois garçons de Crawley étaient juste techniquement incapables de s’investir dans la production et le travail de studio à ce moment-là de leur carrière. C’est alors le fidèle Chris Parry qui s’en chargera et qui sera donc responsable de cette production minimaliste, dépouillée, nue de tout artifice, qu’on pourrait presque qualifier d’impersonnelle si The Cure n’avait pas été le seul groupe, en 1979, à proposer un son post-punk aussi sec et aride. Cette production, qui confirme alors l’ambition ordinaire de cet album, ne fait donc que consolider sa cohérence en prolongeant l’aspect simple et direct des morceaux jusque dans leur façon de sonner.


Three imaginary Boys est alors l’album de la naïveté pour le groupe anglais. Celle-ci a de bons côtés, puisque la liberté de ton du disque lui permet d’être le seul acte de The Cure susceptible de faire rire (au premier degré), notamment avec "Meat Hook" qui prend un malin plaisir à nous détailler l’amour destructeur de Smith pour une bouchère et son crochet à viande, le tout sur un accompagnement inhabituellement insoucieux. Malheureusement, la jeunesse des musiciens fait surtout ressortir leur immaturité, notamment à cause des textes qui peuvent se révéler assez risibles comme sur "10:15 Saturday Night" ou sur "Object", qui nous inflige son sexisme primaire et gâche donc un peu la puissance imparable de l’interprétation. La présence de certains morceaux complètement dispensables matérialise également cette innocence : "Subway Song" n’a aucun intérêt, en dehors de celui de nous agresser les tympans avec cette mauvaise blague du screamer aussi bien amenée que dans les pires films d’épouvante. L’outro typée rythm and blues n’apporte rien au reste de l’album, qui aurait gagné à se terminer sur "Three Imaginary Boys", bien plus mémorable que ce "Weedy Burton". Enfin, faut-il vraiment mentionner l’incompréhension que soulève "Foxy Lady", cette horrible reprise de Jimi Hendrix massacrée par la voix de Michael Dempsey ? Qu’est-ce qui est passé par la tête du groupe en validant cette atrocité sans nom qui, en plus d’être tout bonnement insupportable, réussirai presque à occulter la force tranquille des premiers morceaux ? L’album sera tout de même assez bien reçu par le public et la critique à sa sortie, sans pour autant atteindre des sommets de popularité, sans doute la faute à l’absence de single fort au sein du disque et à la sortie d'un certain Unkown Pleasures dans les semaines suivantes. Toujours est-il que Three Imaginary Boys est un bon premier album, toujours très agréable à écouter en 2016 même si on peut effectivement lui reprocher un certain manque d’ambition et une immaturité artistique évidente. Il ne serait pourtant pas surprenant qu’il séduise les mélomanes les moins convaincus par le Cure de Pornography ou celui de Desintregration, étant donné de la différence stylistique entre ces disques et du talent de ces trois garçons imaginaires pour construire un pop-punk simple et limpide. En cherchant bien, on trouve d'ailleurs dans la poésie brulante de "Fire In Cairo" - le meilleur titre de l'album - une évocation de ce que The Cure deviendra par la suite, avec Seventeen Seconds, Faith et Pornography. Une trilogie qui marquera bien plus les mémoires que Three Imaginary Boys, car si l'album reste sympathique et singulier pour l'époque, il est évident que ses faiblesses l'empêchent d'avoir un impact aussi fort que la suite de la discographie du groupe.

Boys don't Cry


A noter qu’une compilation intitulée Boys Don’t Cry a été distribuée en février 1980 aux Etats-Unis dans le but de faire accroitre la popularité du groupe en dehors du Royaume-Uni. Ce disque contient en vérité tous les titres de Three Imaginary Boys – excepté l’horrible reprise de "Foxy Lady", "So what" et "Meat Hook", jugé trop sauvage pour les américains – ainsi que les singles enregistrés avant et après ce premier album. Parmi, ces titres, on trouve le tout premier single du groupe, "Killing An Arab" (un titre finalement assez ordinaire), mais aussi le fameux "Boys Don’t Cry", l’un des morceaux les plus populaires du groupe. Malgré son riff inoubliable, il est intéressant de se rappeler que ce classique n’a pas transcendé les foules à sa sortie, rencontrant alors seulement un petit succès en Nouvelle-Zélande, et qu’il faudra donc attendre la réédition du titre sous une nouvelle version en 1986 pour qu’il atteigne la popularité qu’on lui connait aujourd’hui. Enfin, Boys Don’t Cry contient également le dernier enregistrement du groupe avant les sessions de Seventeen Seconds : le fougueux "Jumping Someone else’s Train" est un morceau fabuleux, sûrement meilleur que "Boys Don’t Cry" et que tous les titres de Three Imaginary Boys. On ne pouvait pas rêver de meilleure conclusion pour la période pop-punk de The Cure avant d’entamer le virage dépressif des albums suivants. Vous l’aurez donc compris : nous vous recommandons chaudement cette semi-compilation, qui comble une partie des défauts de l’album de base tout en renforçant certaines de ses qualités. 


Valentin

En savoir plus sur The Cure
Commentaires
lolo05, le 27/02/2017 à 17:56
Bonjour, J'étais à Lyon deux jours plus tard à la Halle Tony Garnier. Vous résumez parfaitement les concerts de The Cure ... Dantesques !!!! Avec une passion et une émotion qui vous prend les tripes. Ces types sont des très très très grands ... Robert est est génie .... et d'une humilité à prendre en exemple. Trois heures de concert aussi, les musiciens étaient juste heureux d'être là, de jouer et de partager. Je les ai vu aux Eurockéennes de Belfort en 2012 ... idem.. trois heures de communion totale avec la foule... Un groupe rare et précieux.
Application Albumrock

Albumrock sur mobile


Retrouvez votre webzine sur vos smartphones et tablettes Android & iOS


Publicité

Annoncez sur Albumrock


Votre publicité pour 50€/semaine


Album de la semaine
À lire également
Compte-rendu de concert