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The Cure


Collectif, le 09/01/2017

Pornography (1982)

Pornography constitue le dernier maillon de la trilogie, le point d'orgue de l'expression d'une douleur horrifiante. Reprenons donc: Avec Seventeen Seconds, les Cure ont repris des éléments de Siousxie and the Banshees, un peu de punk et du glam rock. En passant à Faith, ils ont progressé dans l'exploration de leur mal-être. Pornography synthétise les deux ouvrages précédents tout en les poussant dans leurs retranchements.

L'album est le reflet de tensions internes au groupe


Lorsqu'il écrit Pornography, Robert Smith n'est pas au mieux de sa forme. La dépression qui le ronge se double désormais de paranoïa, probablement aggravée par la consommation de toutes sortes de drogue. L'ambiance dans le trio est délétère: Simon Gallup quittera le groupe à l'issue de la tournée américaine. Les trois musiciens nourrissent des rancunes tenaces les uns envers les autres, les uns frustrés du rôle omnipotent de Smith, l'autre au plus profond de son mal-être. Dans ce contexte, l'écriture et l'enregistrement de Pornography est un jeu de roulette russe: Soit les membres du groupe arrivent à canaliser leurs rancœurs, soit ces dernières prennent le pas sur la qualité artistique.

Heureusement pour la postérité, les Cure (surtout Smith!) ont une assez haute image d'eux-mêmes et du rôle qu'ils sont amenés à jouer sur la scène musicale. Pas question donc de gâcher leur talent avec des querelles internes. Cette tension permanente entre exigence artistique et expression d'une colère sourde donne un album déroutant, né de sessions qu'on imagine un brin tendues.

A l'écoute, l'album est tout d'abord une véritable déferlante sur l'auditeur qui, sorti tout engourdi de Faith, ne s'attend pas à recevoir une telle déflagration. Évidemment, la première piste, "One hundred years", y est pour beaucoup: nous y reviendrons. Commençons plutôt par le reste de l'album.

Les bases du rock gothique


Chaque chanson dégage un sentiment de malaise et d'inconfort. Les sons sont dissonants et perturbants, comme ces violons ajoutés a "The Short term effect" ou les refrains aigus de "The hanging garden". Désormais, on ne se complait plus dans une douleur sourde qui nous ensevelit sous des couches asphyxiantes. Tous les thèmes les plus morbides sont abordés frontalement, avec une fascination malsaine et un champ lexical tout droit sorti des romans gothiques: le noir, le feu, le sang, les chairs, les ombres, les revenants, la mort, les apparitions troubles, etc. Smith regarde en face des cadavres d'animaux ("The hanging garden") et il donne des baisers de vampire ("Flesh and blood and the first kiss" sur "The Siamese Twins"). Les leçons tirées de Faith sont parfaitement exploitées: Ligne de basses dépouillées, lignes de guitares désabusées. Quelques effets intéressants de réverb sont expérimentés sur "The short terme effect" pour reprendre la voix de Smith en écho. Même quand le rythme ralentit ("the Siamese twins"), l'oxygène manque. Le minimalisme glaçant de "Cold" inspirera des générations d' héritiers. Quant à la longue montée en puissance du titre éponyme, il ne dépareillerait pas entre la techno industrielle de Gesaffelstein et la violence de Nine inch nails. Les différentes couches superposent des guitares saturées, des claviers, des paroles chantées au hasard, le tout dans une ambiance de fin du monde. Au terme de ce voyage au bout de l'enfer, Smith répète "I will fight this sickness/and find a cure", ce qui laisse espérer plus de légèreté par la suite (et qu'il se soigne cette fichue dépression).

Un cri de rage en ouverture


Revenons enfin au titre d'ouverture, "One hundred years". La plongée dans un album dépend souvent de cette première piste, annonciatrice d'une couleur, d'une ambiance. Jusqu'ici, les Cure privilégiaient des titres calmes et introspectifs. Cette fois, dès les premières frappes de Tolhurst, il est clair que ça ne sera pas le cas. A sa rythmique sèche et nerveuse, il ajoute des sortes de vibrations midtempo, donnant instantanément un sentiment d'urgence. Le riff de guitare est repris tout au long du titre comme un lancinant rappel, de plus en plus étourdissant. Contrairement à ce qui se faisait sur Faith, la basse de Gallup se fait discrète (quoiqu'essentielle lors d'une écoute plus attentive). Quand Smith prend la parole, on regrette presque qu'il s'avance dans l'arène: ses premières paroles sont "Doesn't matter if we all die"! Environ quarante secondes après avoir commencé notre écoute, nous voilà prévenus: on ne va pas rigoler du tout. Smith a l'ironie mauvaise ("Please love me, meet my mother", "Fighting for freedom om the television") tout en nous rappelant, au cas où on l'aurait déjà oublié, que la mort rôde ("Waiting for the death blow", "All alone we die one after the other"). Chaque mot qu'il tire hors de lui est une souffrance, la voix tremble, elle se tort pour s'affranchir de cordes vocales saturées par l'émotion. La chanson progresse pendant plus de cinq minutes dans une asphyxie totale. Les synthés enfin apparaissent, la voix s'élève vers les aigus, la guitare reprend son motif décalqué quelques tons plus haut, mais la lumière ne viendra pas. Lorsque la mélodie s'éteint après plus de six minutes, l'auditeur reste pantelant.

La trilogie est clôturée de façon magistrale


Pornography se joue des conventions et des singles qu'il faut absolument sortir (ça sera "The hanging garden", joli pied de nez). Pornography se moque du lendemain, l'angoisse a tué toute possibilité de lendemain. Smith incendie son groupe, ses fans béats d'admiration, la société toute entière. Dans la vision des fans, cet album est souvent associé au noir et ce n'est évidemment pas usurpé vu son climat lugubre. Mais il a aussi le rouge de la colère qui suinte de chacun des titres, reflet de la mésentente du groupe. Si l'album est souvent cité comme le meilleur des trois, il n'évite pas cependant le risque de la saturation de l'auditeur. Ce brulot n'accepte aucune demi-mesure de la part de son auditeur, rien d'autre que son attention totale. En cela, il s'agit d'un chef d'œuvre, d'une proposition artistique radicale dont Smith, malin, s'affranchit dès l'album suivant. Après s’être approché si près de la folie, il fera prendre au groupe le grand virage de la pop.


Raphaëlle

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Commentaires
lolo05, le 27/02/2017 à 17:56
Bonjour, J'étais à Lyon deux jours plus tard à la Halle Tony Garnier. Vous résumez parfaitement les concerts de The Cure ... Dantesques !!!! Avec une passion et une émotion qui vous prend les tripes. Ces types sont des très très très grands ... Robert est est génie .... et d'une humilité à prendre en exemple. Trois heures de concert aussi, les musiciens étaient juste heureux d'être là, de jouer et de partager. Je les ai vu aux Eurockéennes de Belfort en 2012 ... idem.. trois heures de communion totale avec la foule... Un groupe rare et précieux.
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