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Folk n' Rock


Collectif, le 26/06/2015

The Decemberists : The Crane Wife

Octobre 2006


Commençons d’emblée par lever une ambiguïté : "The Crane Wife" ne signifie pas "La Femme Crâne" - c’est un faux ami - mais la Femme Grue, ou l’Épouse Grue, plus précisément. Colin Meloy s’est inspiré d’un conte japonais pour façonner la pièce centrale de son oeuvre maîtresse. Un homme dans le besoin trouve sur le pas de sa porte une grue blessée. Il l’accueille chez lui, la soigne, la nourrit, et lorsque l’oiseau est fin prêt à reprendre son envol, il se transforme en une magnifique jeune femme de laquelle l’indigent tombe amoureux et qu’il décide d’épouser. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais la happy end des contes de fée n’a pas lieu ici. Pour sortir son époux de la misère, la jeune femme se met à confectionner d’incomparables habits tout en lui interdisant de venir la voir lorsqu’elle travaille. Aveuglé par la cupidité, l’homme devenu riche exige que son épouse travaille encore davantage même s’il la voit décliner à force d’ouvrage. Bravant l’interdiction, il finit par entrer dans l’atelier de couture et, en lieu et place de sa femme, découvre une grue qui s’arrache les plumes afin de les filer dans le métier à tisser. Surpris, l’oiseau s’enfuit et disparaît à jamais.


On vous laisse ruminer la morale de cette histoire tout en écoutant The Crane Wife, le plus bel album réalisé à ce jour par les Decemberists, un disque qui sublime à lui seul la feuille de route que se sont tracés ces conteurs d’histoires des temps modernes. Une feuille de route qui consiste à nous entraîner dans un monde fantasmé, dans les récits et légendes folkloriques qui ont bercé le monde depuis l’aube des temps. Le dénominatif folk prend donc ici un double sens, tant littéraire que musical. Bien que n’étant pas un concept album, cette quatrième réalisation studio des décabristes (eh ouais, encore un faux ami…) brasse plusieurs histoires allant du fameux compte nippon de la femme grue à La Tempête de Shakespeare (“The Island”) en passant par le siège de Leningrad durant la seconde guerre mondiale (“When The War Came”) ou le conflit irlandais (“Shankill Butchers”). Quant on s’attaque à la musique, on se rend compte bien vite que “folk” n’est pas forcément le qualificatif qui vient immédiatement à l’esprit en écoutant le rock indie typiquement yankee du groupe et la voix de ménestrel un poil chevrotante de Colin Meloy. Ici, la folk n’est qu’un artifice parmi tant d’autres, et si les saltimbanques ne rechignent pas à faire un usage immodéré de la guitare acoustique ou d’autres instruments plus atypiques (accordéon, orgue, viole, violon, harmonica, mandoline et diverses sortes de claviers), ils n’en gardent pas moins une appétence particulière pour l’assise rock pure et dure, guitare, basse, batterie et tout ce qui s’en suit.


Dans les faits, ce disque est un bonheur du début à la fin. On peut tout aussi bien rêver avec un paquet de marshmallows à griller au coin du feu en tremblant à l’écoute des balades douces-amères du barbu à lunettes (“The Crane Wife 1 & 2”, aussi long que triste et inspiré, mais aussi et surtout “Shankill Butchers”, glaçant), ou se laisser emporter par une maestria progressive incomparablement maîtrisée sur plus de douze minutes (“The Island”, superbe). On peut remplir son quota de décibels avec le rock lourd et légèrement obnubilé de “When The War Came” qui préfigure la tonalité stoner-folk de l’album suivant, The Hazards Of Love, ou vibrer sur une verve pop qui, déjà, fleure bon le R.E.M. (“O Valencia!”, plus subtil dans l’approche que les futurs “Down By The Water” ou “Cavalry Captain”) sans oublier les manigances tout en légèreté et en balancement de tête de “The Perfect Crime #2” et le marivaudage badin, limite béat, de “Yankee Bayonet” (en duo avec Laura Weirs). L’univers musical des Decemberists est vaste, mais ce qui fait ici toute la différence, c’est la parfaite osmose entre toutes les influences disparates du groupe et la pertinence jamais prise en défaut du songwriting qui fait de The Crane Wife un disque qui s'apprécie de bout en bout.


A signaler qu’ici, Meloy and co sont une fois de plus entourés de leur producteur fétiche, Tucker Martine (le mari de Laura Weirs, justement) ainsi que de Chris Walla, guitariste et architecte studio des Death Cab For Cutie, un groupe que Meloy affectionne tout particulièrement - et ce n’est sans doute pas un hasard si son timbre de voix et sa diction semblent parfois si proches de ceux de Ben Gibbard. A la croisée de divers genres culturels américains, maîtrisant comme personne les contes et tragédies d’antan, forts d’un traitement sonore d’une parfaite modernité, les Decemberists éclaboussent de leur classe ce disque coup de coeur, pas forcément un grand disque folk, mais en tout cas un grand disque indie rock.


Nicolas



Commentaires
zawx1, le 07/04/2017 à 01:04
Il manque quand même Will Oldham.
james, le 01/07/2015 à 14:05
Merde...et Alela Diane, une gonzesse et une guitare!!!
Tom, le 26/06/2015 à 21:41
Tout le monde ne peut pas y être! mais Elliott Smith quand même !! ???
Sharvey, le 26/06/2015 à 10:55
Quel taf ! Bravo a l'equipe ! On va etre habitue a voir debarquer 20 nouvelles critiques comme ca dans une journee ? Sinon sur le contenu les Shins et les Coral seraient peut etre vexe de ne pas figurer dans les 22, mais c'est vrai qu'ils sont plutot du cote rock de la frontiere. Bon y a plus qu'a ecouter tout ce qui ne l'a pas encore ete !
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